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Le Manuscrit, t. I, p

Vers

Le Livre d'Heures n° 72 de la bibliothèque de S. A. S. M*r le duc d'Arenberg, à Bruxelles, fut exécuté, ainsi que nous l’apprend une savante étude de M. Ed. Laloire1, pour Philippe de Clèves et de La Marck, seigneur de Ravestein, de Herpen, de Wynendaele, de Thourout, duc de Coïmbre, appelé aussi Philippe Monsieur (i456 f i5i8). Les armoiries, les initiales P, alternant avec une pensée autour de la Salutation Angélique (P 33) comme les lettres A. N. E., du charmant petit Livre d'Heures d'Anne de Bretagne Belm (pi. XX), enfin une Salutation Angélique en français, dans laquelle Philippe demande l'intercession de la Vierge, confirment l'identification.

Il est probable que le feuillet 121 v° représente Philippe de Clèves avec son Ange gardien. D après ce portrait Philippe paraît avoii à peine une trentaine d'années, le volume pourrait donc avoir été exécuté avant 1 485 .

Ce manuscrit que M. Laloire attribue à 1 époque de splendeur de lecole du Rouge-Cloître, débute par un calendrier dont les pages sont encadrées comme le reste des peintures du volume, de 1 iches rlo tVin'fs de fleurs, d'insectes et d’oiseaux sur fond dor. Au

bas des pages sont les signes du Zodiaque et les travaux des mois.

Les saints du calendrier sont pour la plupart ceux honorés en Belgique : s,e Gudule, s. Hubert, s. Brixius, s. Arnulphe, s. Landoald. s‘° Amelberge. D'autres noms sont déformés, mais cependant on les peut reconnaître. En mai, s. Torpetus, c’est Torpès ; en Juillet, s. Kyliaun. c’est Chilian ; en septembre, s. Ferreosus, c’esl s. Ferréol ; en novembre, s. Grisogem, c’est s. Cbrysogone ; en décembre, s. Messiadis, c est s. Miltiade.

Le volume est décoré des plus fines miniatures. Nous voyons au p 1 5 saint Jean l'Évangéliste, assis au bord d'une rivière; au bas les armoiries de Philippe de Clèves, avec heaume et cimier, supportées par des anges; f° 17 v°, sainte Barbe portant une tour, en robe rose, avec manche verte aux revers bleu tendre, coiffée d’un hennin mar-

1. Le Livre d'Heures de Philippe de Clives, Bruxelles, Verbecke, 1906, in-4 (Extrait des Arts Anciens de Flandre, t. I).

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ron à crête rouge piqueté d'or (fig. 226); P 29, une bordure couverte de bijoux ; f” 32 v°, la Conception de Notre Dame ; f° 33, ta Salutation Angélique. Avec le f° 34 commence la Passion, suite des plus intéressantes d une représentation des plus rares et des plus réalistes. C'est d’abord la Crucifixion ; ensuite, f° 35, la Croix seule, avec une ville dans le fond ; P 36, le Christ en buste, couronné d’épines, vêtu de rouge écarlate, d’une douleur profonde; f1 37, la Main droite transpercée, sortant d’un nuage ; f° 38, la Main gauche ; f° 4°> fe Pied droit transpercé ; P l\i, le Pied gauche ; P j 2 , la Vierge avec l'Enfant sur ses genoux, la bordure est couverte de médailles et d’ex-voto ; f° 43, saint Jean l’Évangéliste ; f1 48, saint Alhanase, admirable tête d’évêque, d’une expression des plus artistiques ; P 53, la Sainte Trinité, en grisaille. Au f° 55, commencent les Heures de la Vierge ; elles débutent par /' Annonciation ; à Laudes (f* 68 v°), la Visitation; à Primes (f° 77) la Nativité; à Tierce, l’Annonciation aux bergers, avec bordure d'oiseaux; à Sixte, l’Adoration des Mages, d’une technique des plus curieuses, en traits d’or sur fond gris, comme un émail ; à None (P g3), la Présentation au Temple ; à Complies (P io4) le Couronnement de la Vierge. Aux Sept Psaumes de la Pénitence (P 169 v°), David.

Le P 12 1 v° nous montre très probablement Philippe de Clèves; P 123, saint Christophe, dans la bordure des sauvages s’élancent contre un chevalier monté sur un dragon (fig. 223) ; P ia4 v°, saint Sébastien, sur fond vert, assurément un portrait, de l’exécution la plus fine; P 126. saint Georges, qui combat un dragon gigantesque; f” 127 v°, saint Laurent ; P 128, saint Adrien, assurément encore un portrait ; P 1 3 1 v°, un dessin à la plume sur papier, collé sur le feuillet, représente une Tête de Christ, couronné d’épines ; P i32, Groupe de saintes, d’une tonalité absolument blanche ; P 1 34 v°, sainte Anne, la Vierge et l’Enfant; P 1 35 , dans la bordure, une merveilleuse feuille de betterave peinte en trompe-l’œil, semble passée à travers le parchemin ; P i36, sainte Barbe; f° i38, Groupe de saints et de saintes suivant la Vierge (fig. 224), sujet identique à la Procession du Bréviaire Grimani (fig. 245) ; P i4o, Groupe de saints, saint Denis, saint Georges,

saint Biaise, saint Gilles, saint Christophe ; f° i\Z v°, la Mort et sa pourriture. Plusieurs mains ont assurément collaboré à ce précieux ensemble ; mais quels sont les artistes de tout premier ordre qui ont prêté leur pinceau à son exécution? Le manuscrit va nous répondre lui-même.

Au P 4i v°, on Lt, au bas de la page, à l’encre rouge, d’une écriture ancienne :

HVGONIS VERGOVS ILI DEPICT riA MANVS

M. Laloire lil Hugonis Vergouslj (?) depict [ propr]ia manus. Mais je crois voir, non pas lij mais bien Ædv LI, car il y a un grattage avant L. Or, comme cette inscription se trouve ie me demande s'il ne faudrait pas lire

Fig. aa3. — Saint Christophe. Miniature du Livre d'Heures de Philippe de Clèves.

(Bibl. de M&r le duc d’Arenberg, Bruxelles.)

iustement à la liage !\i.

simplement « Hugonis \ergous [usque ad] xli depicit [propr]ia manus ». D’autant plus que quand nous comparons sainte Barbe (f° 17) (fig. 225), la Salutation Angélique (f° 33), les détails de la Passion qui partent du f° 34 et s’arrêtent précisément au f° 41. dans leur exécution, dans leur tonalité, avec la Mort de la Vierge du Musée de Bruges, puis, que nous constatons que le portrait de Philippe de

Fig. 224. — La Procession de la Vierge. Miniature du Livre d'Heures de Philippe de Clèves.

(Bibl. de Mer le duc d'Arenberg, Bruxelles.)

Clèves qui ne fait point partie de cette

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première série — il est au P1 12 1 v° — nous donne une date antérieure à i485, enfin que nous nous rappelons que Hugo van der Goes meurt au Rouge-Cloître en 1/182, nous pouvons alors admettre que l'inscription, tracée peut-être par une tierce personne contemporaine cependant, pourrait vraisemblablement indiquer que le manuscrit s’arrêtait à cette page, quand la mort a surpris l’artiste.

Si nous en croyons alors une autre inscription, tout aussi intéressante, écrite plus loin à l’encre noire, le Livre d’Heures aurait été continué par un artiste non moins célèbre.

HIERONIMI BOSCH BELGAE PROPRIA F». *»5. - &**> »,*. Minium *. u»

d Heures de Philippe do Clèves.

MANUS. G'jO sols (Bibl. do Mtf le duc d’Arcnborg, Bruxelles.)

lisons-nous au f° 122 v°. Cette mention est-elle bien de la main du

peintre de la Tentation de saint intoine, né entre i45o et 1470, mort en i5io? C’est une question bien difficile à trancher. Elle est par exemple d’une valeur au moins égale à l’inscription tracée par Robertet à la suite du t. I

Fig. 32G. - — Bordure du Boêce, avec la Chouelle de Jérôme Bosch, ^6S Antiquités des Juifs et

(Bibi. „atnr“Sa„d»is 1.) que personne n’a jamais

récusée (p. 232). Mais nous avons des œuvres de Jérôme Eosch, signées : nous savons qu’il aimait les scènes d’hallucinations folles, qu’il peignait des sorciers, des sauvages, qu’il précéda Callot ; or nous en avons ici un

De MiSlt.

spécimen (fig. 225); mais en même temps, il peignit les décors les plus riches1, tel le Boëee, ms. 1 du fonds néerlandais de la Bibl. nat.. où nous retrouvons sa Chouette (fig. 226). El ces larges feuillages sur fonds d’or, on les voit également ici. Enfin lorsqu’en étudiant le célèbre Livre d'Heures de Cassel, composé pour Jean Albert de Mecklembourg en 1 539- avec des fragments des Livre d'Heures de l’archevêque de Mayence, Albert II. margrave de Brandebourg, dont d’autres parties sont en Amérique (Coggiola. Bréviaire Grimant, p. 1^2), et du Prévôt de Nurenberg Melchior Pfinzig, pour le comparer au Bréviaire Grimani, dont il est si proche parent (voir la Descente du Saint-Esprit, pl. XVI, n° III et fig. 243), et que je l’ai vu signé du monogramme H B2 (pl. XVI), attribué par les uns à Hans Brosammer, par d'autres à Horrebout3, quoiqu'il s’appelât Gérard4, je me suis demandé, si ces jolis oiseaux, ces encadrements fleuris, identiques dans les trois manuscrits, n'étaient pas également l'œuvre de cetHieronymus Bosch, dont nous trouverions ainsi à Cassel les initiales, à Paris, la marque (fig. 22G) et à Bruxelles le nom tout entier.

Quant au nom de Belgæ, qu’on n’a pas expliqué, il me semble que c'est simplement celui que portaient au moyen âge les habitants des Pays-Bas (Baudran, Dictionnaire de Géographie).

Cependant, celte deuxième partie paraît bien l’œuvre de plusieurs mains. Alors la mention, « 670 sols ». me semblerait être le prix de l’œuvre entière, payée à Jérôme Bosch, qui ainsi aurait été l'éditeur de la seconde partie du volume, sans l'avoir probablement exécutée lui-même entièrement.

1 Martin Schongauer cul également d’abord une période de charme, telle sa Vierge au Buisson de roses, de l’église Saint-Martin de Colmar: puis plus lard, il peignit une Tentation de saint Antoine, qui est comme l’œuvre de Jérôme Bosch, une véritable hantise (lie, me de l'Art, 1911 (2), p. 455 et 459).

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