Paris, Plon, 1908, in
De Mély.
A inçois est d’avoir pacience N uit et jour, et querre science G lorieuse, pour Dieu amer,
R equerir, servir, honnorer,
E t la doulcc Vierge Marie S ur tous les cielx d’anges chierie,
E n qui divine pourveance S e mist et ot double substance M erveilleuse pour nostre amour :
A usquelz prierons sans demour,
I ointes mains que ds gardent d yre L i villans homs cpii fist escrire L e livre : assez bien compassez E t les âmes des trespassez V ueillent garder de maux liens R . dit Amen d’Orliens.
Q ui cest escript à droit verra,
N om et seurnom y trouvera.
En admettant même que la signature pût être discutée comme celle d'un miniaturiste, on 11e saurail nier que c’est celle d’un artiste, qui se dit « esmailleur ». Mais la profession d’esmailleur demande une si grande finesse de dessin qu elle peut bien faire supposer un artiste capable de peindre une miniature. Ne trouverons-nous pas d’ailleurs un peu plus loin, à la bibliothèque de Tours (fig. 307 et p. 370) un charmant petit Livre d’Heures (ms. 219) signé dans une miniature, Jean Vian, connu seulement jusqu’ici comme peintre verrier.
Aussi, je ne puis vraiment admettre l’hypothèse de Léopold Delisle qui prétend voir là le nom de celui pour qui le volume a été exécuté. D’autant qu’à la fin du xiv” siècle, nous trouvons justement parmi les artistes qui travaillent pour le duc de Bourgogne un Jean de Langres, orfèvre, alors plus que probablement émailleur1.
Lorsqu’il a été question des manuscrits à bordure tricolore
1. Prost (B.), Inventaires des ducs de Bourgogne, Paris, Leroux, 1908, in-8", t. II, p. 38.
LES MAITRES MINIATURISTES (iSgi-XVI- SIÈCLE)
(p. 71), j ai signalé un précieux volume de la bibliothèque Sainte- Geneviève de Paris (111s. 1028). Il n'est pas daté, mais il pourrait avoir été exécuté vers i44°' ainsi que le témoigne le nom de son possesseur, Charles d’Orléans, inscrit à la fin (1407 f 1 466) .
De tous les manuscrits de cette catégorie, aucun n’est signé plus ouvertement que ce volume de La Propriété des choses (Bibliothèque Sainte- Geneviève de Paris, ms. 1028; h. 385 mm., 1. 255 mm.). A la fin de la table, au lias de la deuxième colonne (P 12) on lit en effet en lettres d’or :
Mettait de Dhiènes enlumine 1
absolument comme tPartinus apifes, dont nous avons vu le nom inscrit au bas du premier feuillet de l 'Histoire de Troie (fig. i4G).
Le volume commence par un large frontispice, divisé en quatre compartiments quadrilobés à bordure tricolore ; on voit dans le premier le Père éternel tenant le globe terrestre dans un phylactère sur lequel est écrit :
J’ai fait le ciel et la lumière Pour estre à home chamberière :
Dans le second, Dieu crée la mer et les cieux, avec cette inscription :
J’ai fait le feu, l’air et la mer Pour home, bien me doit amer.
Dans le troisième. Dieu crée la terre, représentée par un cheval, un chien et un lion :
J’ai fait la terre bien garnie,
Pour donner à home sa vie.
Enfin dans le dernier, l’auteur à genoux présente son volume au Roi.
On trouve ensuite seize miniatures de 75 mm. de largeur, de 70 de hauteur sur des fonds qui rappellent ceux de Johannes (fig. i5i)
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et des Heures Branicki (fig. i4§ et i5a), dans un léger encadrement
qui prendra au xviii' siècle le nom de Glomy, qui croyait l’avoir inventé et le mit à la mode.
Quelques-unes sont ordinaires, bien quelles semblent toutes de la même main : mais le Médecin qui soigne ses malades (f° 61 v°), des oiseaux délicieux (f° 20g v°), sont d'une délicatesse extrême qui nous eno-ase à classer Jean de Nizières parmi les bons artistes français de la première moitié du xvc siècle.
Dans ses Notes pour l'enlumineur dans les Manuscrits du Moyen Age', M. P. Durrieu donne la signature d’un peintre qui a inscrit son monogramme Io. M.. dans un Livre des Psaumes du Brilisb Muséum (19. d. yi).
Le Catalogue of loan Collection of illuminated mss. 48 [to. M. E. Quaille, esq.] (Liverpool, 1876), décrit un Livre d' Heures duxv” siècle, qu’il m'a été impossible de retrouver. Une des miniatures était signée « Petrus Lassus ». tandis que l’artiste s'est contenté d'inscrire ses initiales dans les seize autres pages qui décoraient le volume.
Quelques manuscrits flamands, principalement ceux qui furent enluminés pour Louis de la Grutbuyse, ont des encadrements de pages formés d’enroulements de llcurs et de feuillages. Aux angles, des rinceaux de feuillages détachés forment de véritables lettres. Les manuscrits français 33 1, 45G, 502 de la Bibliothèque nationale nous en donnent notamment de précieux exemples. Ces fleuron-
i . Mémoires des Antiquaires de France, 1892, p. i5.
Cliché Mély.
Fig. a5g. — Miniature par Jean de Nizières dans La Propriété des choses.
(Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, ms. 1028 )
LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI- SIÈCLE)
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nages, absolument identiques dans ces trois manuscrits, sont en réalité un L et un V. tracés comme des lettres brodées, tel que le V, surmonté d’un coq (Bibl. nat., ms. fr. 457), dont nous venons de parler (fig. 206).
Si on avait quelque doute sur l’interprétation de cette marque, celle du ms. 456 est authentiquée d’une bien curieuse manière. La jeune femme de gauche de la première miniature, vêtue de bleu, porte une large ceinture noire, brodée d'or; et. dans la broderie,
M. Blochet lit très distinctement un ‘l lamed (L) et un S vao (V), sous leur forme rabbinique (fig. 260).
Ces deux lettres ne peuvent donc laisser place à aucune hésitation et très vraisemblablement c’est le chef de l’atelier dont la marque L. V.
est en clair sur la première page, qui a exécuté personnellement cette miniature et y a mis alors sa signature. Cette page est donc à rapprocher de la Vierge Bancel du Louvre, sur laquelle 011 lit en caractères romains les lettres I P, tandis que l’inscription du lapis porte en caractères hébraïques ’E X tips soit I Px 1490 (fig. 1). Et cette constatation, extrêmement scientifique, nous engage alors à présenter comme marque d’atelier les Q. M. tleuronnés qu’on voit dans la bordure de la première page du ms. fr. 9071 de la Bibliothèque nationale (fig. 261), qu’on retrouve identiques dans la bordure du Valère Maxime de la bibliothèque de l’Arsenal (ms. 5 1 96), ou alors ces initiales sont accompagnées de la date 1407.
Serait-ce par hasard la marque de l’atelier des Quint (Quynt.
Qwynt), dont nous trouvons la trace à Bruges au milieu du xve siècle ?
Le copiste et l'enlumineur du ms. fr. 445 de la Bibliothèque nationale, Le Château périlleux et l’Orloge (le Sapience , se sont fait ainsi connaître dans l'explicit du second traité au f° 68 1 :
« Cy fini l'orreloge de Sapience escrite de la main de Thomas Valéry, prestre à Bourges en Berry, que lit escrire messire Estienne Chotard, procureur de Mesdames de Saint- Laurent. Priez pour eulx. »
Puis en belle encre d Outre-mer, dit Paulin Paris :
« Anluminé de la main Jean Pierre. »
Or il n’y a pas Jehan Pierre : mais, comme on peut le voir sur la photographie (fïg. 262), Jan Pion ; ce qui est bien différent. Car nous ne connaissons pas de Jean Pierre enlumineur, tandis que nous retrouvons au xv' siècle, parmi les peintres dont les œuvres sont parvenues jusqu'à nous avec leur signature, un Nicolas Pion, assurément de la même famille.
Le Trésor des histoires de Baudouin d Avesnes ( Bibl. roy. de Bruxelles, ms. <jo6g), qui appartint à Charles de Croy, comte de Chimay, eut dit-on pour scribe J. Pilavaine2. Mais une note à la fin du volume nous apprend que ce scribe était en même temps enlumineur :
« Expliciunt les hysloires Martiniennes escriptes par Jacquemart Pilavaine, escripvain et enlumineur, demouranl à Mons en Haynaut, natif de Péronne en Vermandois3. »