‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 83 sur 149 · M' ROGIER · texte numérisé non relu

M' ROGIER

(Musée de Cologne.)

1913). Autant de miniatures citées, autant de mains différentes et infiniment supérieures aux pages attribuées à Bourdichon, reproduites dans les études que nous venons de citer.

Alors, où rencontrer — avec certitude — dans cette réunion d artistes si différents, la main du maître? Car certainement, Bourdichon avait un atelier. Non seulement la chose était courante — tels les ouvriers de Jean Pinchon, qui reçoivent 5o sols pour avoir collaboré à l’enluminure du ms. fr. 681 1 de la Bibliothèque nationale — . mais un texte précis nous apprend que Bourdichon était un véritable éditeur :

« Plus au dict Bourdichon, pour avoir fait escripre ung livre en parchemin, nommé le Papaliste, icelluy enluminer d'or et d'azur et faict en icelluy dix-neul histoires riches, et pour l'avoir faict relier et couvrir.

XXX escus d’or1 ».

Ce qui nous ramène aux ordonnances et jugement de 1427. l457, i5oo, relatifs aux marques des chefs d ateliers (p. 79), dont les collaborateurs avaient des classifications si nettes, que les uns n’avaient le droit que de peindre les figures ( schilders ou beeldemakers) , tandis que les autres 11e pouvaient peindre que les vêtements ( cleer scriwers et hiiiscrnvers ).

L'histoire d'un tableau copieusement signé, identifié par un procès2 où Albert Cornelitz, le peintre des figures et ses aides poulies vêtements sont traînés devant la justice, précise un état social auquel on n’attache pas assez d importance.

Mais je sens bien que ces arguments, appliqués aux Heures d Anne de Bretagne, sont également hypothétiques, que je n'oppose rien de positif au rapprochement du mandement de 1507 avec les Heures il' Anne de Bretagne, rapprochement qu’on va défendre, au contraire,

1 . Douet d’Arcq, Comptes île l'Hôtel îles rois de France aux XIV’ et XV’ siècles , Paris, Renouard, 1 865, in-8°, p. 365.

2. Weale (W.-H.), Le Couronnement de la Sainte Vierge par Albert Cornelis dans la Revue de l'Art chrétien, 1901, p. 36i, grav.

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-X\T' SIÈCLE)

par une preuve très objective. On nous montre, en etTet, une étroite parenté artistique entre les Heures d’Aragon et les Heures d Anne de Bretagne1. M. Emile Mâle signale sur la chasuble du prêtre célébrant la messe (f1 78 v°) du premier des deux manuscrits, les deux lettres I. B. brodées, initiales de Bourdichon.

Malheureusement la photographie ne répond pas du tout à l’aflirmation. Il y a, comme on peut le voir (fig. 270), non pas I. B., mais 1. R. sur l'aube. Enfin, pour bien affirmer la chose, au folio 386 v°, à la fin du volume, nous trouvons, comme colophon, un grand R; d’ailleurs l’erreur est excusable, quand 011 connaît par exemple la marque de Berthold Rembolt, imprimeur à Paris, en 1 49 1 ; 1 R est en effet simplement un B, au bas duquel est attaché, comme ici, un fleuron.

Qu’en conclure, puisqu’on affirme trouver là la signature de l’artiste ? Ou les deux manuscrits sont de la même main, et alors I. R. contredit I[ean] B[ourdichon] ; ou ils sont do deux maîtres différents, et voilà une pierre, et non des moindres, qui se détache des fondations de l'édifice. Mais certainement, ce sont les Heures d’Aragon qu’il faut sacrifier, puisque c’est simplement la manière du maître I. B. (maintenant I. R.), rapprochée du faire des Heures d’Anne de Bretagne qid les firent attribuer à Bourdichon, après 1 identification avec le mandement de 1507 ; nous en reparlerons plus loin (p. 358)

Cliché Mcly

Fig. 270. — Un prêtre célèbre la messe. Miniature dos Heures d'Aragon, signée I. R. sur la broderie du bas de l’aube.

fBibl. nat., ms. lat. io532.)

. Mâle (Km.), Gazelle des Beaux-Arts, 1902 (t. I), p. 192.

avec Jean fie Rome. Pour l'œuvre reconnue du maître, il ne reste donc plus maintenant que le manuscrit français 9^74» seul.

Si on tenait absolument à signaler, de la même époque, une signature I. B., il fallait montrer celle de l’aumônière du personnage de droite de la dernière miniature du Boèce de la collection Dutuit pl . XX, flg. 3), imprimé sur vélin par Antoine Vérard en 1 4‘j4 - pour le Roi Charles VIII représenté à la première page. Mais, bien que nous sovons là en présence d’un exemplaire royal, que la miniature ail coûté un écu, somme importante pour 1 époque, nous ne nous sentons pas autorisé à la rapprocher de 1 œuvre de Bourdiehon — que nous commençons à voir ainsi peu à peu s’évanouir comme dans un brouillard. D’autant que le monogramme I. B. du Boëce ressemble étonnamment à la marque bien connue de Jean Belot (i5oi)‘.

Maintenant que l’I. B. des Heures d’Aragon se trouve écarté, qu’il paraît vraiment difficile de faire état des termes « Petites Heures » ou <C Grandes Heures », qu’il n’est pas niable que de nombreux artistes aient collaboré aux Heures d’Anne de Bretagne, nous nous croyons scientifiquement obligé de feuilleter de nouveau ce manuscrit, et de rechercher si les miniatures des Heures d'Anne de Bretagne, ne nous fourniraient pas elles-mêmes quelques renseignements.

Dans la première miniature, la Vierge de Pitié (pl. XX, fig. i), et nous avons vu l’importance de l’examen de la première page enluminée pour la recherche de la marque d’atelier, auprès de la tète du clou, dans le bas, à gauche, nous apercevons un signe très caractéristique, qu'on ne saurait, je pense, regarder comme l’effet d'un simple hasard de pinceau (fig. 271). Il est tellement net, tellement précis, qu’il est impossible de n’y pas voir un II grec dont le premier jambage s infléchit comme un J, absolument comme le JM, de Jean de Montluçon (p. a4g). On dira, on a dit, qu’à cette époque d’artistes humbles et naïfs, il est bien difficile d’admettre que l’un d'eux ait

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