Labarte, Arts industriels, t. II, p
Le manuscrit est en effet de la même époque que le précédent, car la prière pour Hermentrude, femme de Charles-le-Chauve, qu on y lit, ne peut avoir été récitée qu’entre le 1 \ décembre 842, date du mariage du Roi, et le 6 octobre 869, date de la mort de la Reine.
L’admirable Bible du monastère de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome, date des environs de 875. Son frontispice est également orné du portrait de Charles-le-Chauve, et le volume contient encore vingtquatre miniatures.
A la suite des vers qui relatent l'hommage du livre par le roi Charles-le-Chauve « au Christ et aux siens », on lit:
« Ejus ad imperium devoti pectoris ortus Ingobertus eram referens et scriba fidelis,
Graphidas Ausonios æquans superansve tenore Mentis, ut auricomum decus illi crescal in ævum. »
Ainsi, Ingobert, scribe appliqué et fidèle, déclare que la délicatesse de son esprit le met au-dessus des peintres de l’Italie. Il a donc en même temps écrit et illustré le volume. Cependant alors que des critiques comme M. H. Janitschck n’hésitent pas à voir là un artiste, qui fut en même temps, comme tant de scribes d’ailleurs, copiste et enlumineur1, d’autres ne trouvent dans ces vers que « l’aplomb superbe » d’un scribe vaniteux2, ou simplement un grand calligraphe3. Mais si les avis sont ainsi partagés entre l’école allemande et l’école française, c’est simplement, je crois, parce que celle-ci était, jusqu’à ces temps derniers, liée par l’axiome formulé par elle-même : qu’il était interdit aux miniaturistes de signer leurs œuvres.
1. Geschichte der Deatschen Malerei, Berlin, 1890, in-4, p. 44-