‹ Les primitifs et leurs signaturesChapitre 93 sur 149 · ROMA. I. F. A · texte numérisé non relu

ROMA. I. F. A

Mais ce qui est bien plus curieux, c'est que nous avons montré (p. 3 1 5 et fig. 270) que la chasuble du Prêtre célébrant la Messe portait, non pas le monogramme 1. B. où M. Em. Male voyait la signature de Bourdichon, mais I. R.; et en plus à la fin du volume un colophon formé d'un R, suivi d'un fleuron. Ces initiales ne rappellent-elles pas le nom de Jean Rome?

M. Em. Male a judicieusement remarqué les bijoux admirables,

Fig. 298. — La date de i4g4 sur le ceinturon d’un bourreau du retable de Jean Borroman.

(Musée du Cinquantenaire, Bruxelles.)

Fig. 297. — Signature de Jean Borreman : IA.N, sur le sabre d’un bourreau du retable du Musée du Cinquantenaire (Bruxelles.)

lat. io532l: au

collaboré du reste, un des personnages voisin.

Ce mot ROME, dans des miniature pas l'existence de ,1 jourd'hui les deux prétend d origine fra des Heures d'Anne de la main de Bon même. Quand je le des Heures de la Pria ils me paraissent ses très proches pai

Ce sont d'abor Heures d’Aragon (Bi f’ 332 sur le dos d

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIÈCLE) 35g

les fleurs délicates en trompe-l'œil, qui décorent les encadrements de pages des Heures d’Aragon ; n'oublions pas alors d'en rapprocher les marges merveilleuses des Heures de la Princesse de Croy, sur lesquelles nous avons appelé l'attention.

Enfin, détail bien particulier, nous pouvons constater que là aussi, comme dans le manuscrit des Heures de la Princesse de Croy, les miniatures sont rapportées ; il en est de même pour les Heures Branicki (voir pl. XXXIII), qui à première vue devraient être rattachées à l’école de Bourdichon; mais pour elles nous aurons bientôt un autre nom, une autre date à proposer.

Alors, ne faudrait-il pas se demander, en présence de cette série de miniatures rapportées, si Jean de Rome n'exécutait pas d’avance des enluminures qu'on pouvait acquérir et insérer ou coller dans des manuscrits écrits autre part. N’est-ce pas d'ailleurs l’hypothèse que nous avait déjà suggérée l’admirable album qu’est le Bréviaire Grimani ?

Une autre fois enfin, nous lirons le mot ROME, absolument détaché , dans Y Annonciation des Heures du baron Edm. de Rothschild que M. Em. Male croit également être l'œuvre de Bourdichon :

ROME. NOREIS AMENOSNPRVSMION :

Assurément il y a là, à la suite, un cryptogramme dans le genre de celui que nous avons expliqué plus haut (p. 85) ; mais je ne le comprends pas.

Comme, d’un avis unanime, les Heures d’Aragon )tig. 270I et les Heures du baron Edm. de Rothschild (pl. XXVII) sont très proches parentes, il me paraîtrait, après ces constatations, beaucoup plus nature] de les rattacher à l’atelier de Jean de Rome qu’à celui de Bourdichon qui, en réalité jusqu’ici, 11e nous offre réellement pas encore de points de comparaison absolument solides.

L année i5oq nous fournit un Kalendarium enluminé qui porte la mention suivante : « Arte vero ac industria Pétri Meghen Mono-

3Go

culi Teuthonis, Natione Brabantini, oppidi Buschiducensis, Leodionsis diœcesis. Y1II° die mensis septembris, anno Dominicæ iacarnationis millimo quingentesimo el novem. regni vero illustrissimi roe;is Henrici oclavi anno primo. P. M.1. »

« Ceci est l'œuvre de l’art et de l'industrie de Pierre Meghen, Monoculus l’Allemand. du Brabant, de la ville de Bois-le-Duc, au diocèse de Liège, le 8 du mois de septembre de l’an do l’Incarnation i5og, la première année du règne du très illustre roi Henri VIII. P. M. »

Vers Jean Lemaire de Belges, ou a Delrjis, né à Bavay en Flandre (en 1 5 1 1 . latin Belgi), en i ^ 7 3 , est connu surtout comme historiographe et poète2. Il était neveu du célèbre chroniqueur Molinet; mais en même temps, il fut comme artiste, à la solde de Marguerite d’Autriche.

Il habitait Villefranche en Beaujolais, où il était clerc des finances de Pierre de Bourbon à la fin du xv' siècle, quand il passa en i5o3, au service de la Gouvernante des Pays-Bas. En i5o6, on le trouve chargé de la surveillance des travaux de l’église de Brou : les archives de l’Ain et du Nord conservent non seulement les pièces du payement de ses gages, mais aussi les traces de ses démêlés avec Jehan Perréal, à ce moment maître de l’œuvre de Brou3 4.

En i5og, Marguerite charge Jean Lemaire de porter à Tours, pour que Michel Jean Colombe en fit un modèle en relief1, le dessin du tombeau de Philibert de Savoie dont Jean Perréal, assisté de « maistre Henriet et maistre Jehan de Lorraine, Ions deux très grands ouvriers en l’art de maçonnerie » avaient arrêté les proportions.

On pense qu’il esl mort en i525.

Bien qu’il soit réputé comme artiste, on ignorerait son faire, si

1. Les Evangiles, British Muséum, i. e. y. La signature est à la fin de l’Evangile de saint

jean- Voir Catalogue of Antiquities exhibitcd at Ironmongers' Hall, London, 1869, I, 257.

2. Sa bibliographie a été dressée par Stecher, qui a publié ses œuvres dans la Collection des grands éci'ivains du pays, édilée par l’Académie royale de Belgique, 1891.

8. Finot (Jules), Louis van Boghem, dans les Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements , XIIe session (1888) p. 188.

Page 1