Laborde, Revue archéologique, i85o, p. 4o
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVI‘ SIÈCLE) 3Gt
le manuscrit 4 12 de la Bibliothèque de Carpentras, la Concorde des deux Langaiges, ne nous donnait au f° 4 une peinture, que Lambert regarde comme une œuvre de Jean Lemaire, représentant le Temple de Vénus, au-dessous duquel, de la main de l’auteur, on lit : « L’acteur descript, en la première partie, le temple de Vénus, ouquel il ne fut pas du tout bien recueilli ; Par quoy il s'adressa depuis au chemin du temple de Minerve. » Alors au f“ 20, on voit une peinture représentant la Montagne de Sagesse avec celle devise : « Icy est le hault roch que les nues surpasse des plus haulx du monde. » Le volume se termine par la devise de Jean Lemaire « De peu assez, l'an mil cinq cens et onze ».
A la description du Temple de Vénus l’artiste se fait véritablement connaître en écrivant : « Je doneques, présentay ung petit tableau de mon industrie, assez bien écrit et enluminé de vignettes et tlourettes, pour lequel planter et dédier devant l’ymage de ma demy déesse. »
C’est à quelques siècles de distance une dédicace comme celle de 1 Album de Villard de Honnecourt (fig. 25) ; c’est, au même temps, une inscription semblable à celle du Pommier de doulceur, de Robert du Ilerlin (fig. 2 53).
La bibliothèque bodléienne d’Oxford possède une Bible en cinq volumes in P enluminée (Mss. Can. Bibl. 65-6g) qui fut écrite aux frais de Guichard de Pavie, dont on voit les armes à tous les volumes.
L’enluminure se compose de belles initiales et d’une lourde bordure de fleurs et de feuillages. Elle est de la main de Pierre Vanye, comme en témoigne la souscription.
L’écriture en avait été commencée par Henri de Beaujardin, qui mourut au cours do son travail. L ouvrage se termine ainsi :
« Scriptor fuit Johannes Broquet, clericus Cameracensis diocesis, patria Llannomensis ; illumina torque fuit magister Pelrus Vanye, civis Lugduni, anno Domini millesimo quingentesimo undecimo die ultima mensis Decembris. »
De Mély.
Le dernier scribe Jean Broquet est donc de Cambrai, et Pierre Vanye l’enlumineur, de Lyon b
5ig.
Répétera-t-on assez jamais l'excellence de l’oeuvre accomplie par Bouchot, avec son Exposition des Primitifs français. Saura-t-on jamais toutes les difficultés morales et matérielles qu’il eut à surmonter pour faire aboutir son projet ? Puis, quand l’organisation fut accomplie, soupçonnera-t-on jamais le travail nécessité par un catalogue qu’il dut terminer en trois mois, alors que plusieurs générations n’arriveront certainement pas à mettre au point les attributions qu’il dut présenter en quelques semaines à un public qui n'admet pas les hésitations ? C'est donc un cadre, simplement, que les travailleurs ont le droit de réclamer de son érudition. Et si. dans les détails, il s’est glissé des erreurs, nous n’en devons pas moins grandement remercier sa mémoire, puisque sans lui. probablement, nous ne connaîtrions même pas encore les objets en litige.
Et je pense aux heures qui eussent été brèves, si j’avais pu reprendre avec lui cet article de son catalogue :
i jS. Jean Clouet. i520.
Cliché Méljr.
Fig. 399. — Miniature des Commentaires de la Guerre Gallique, signée
(Bibl. nat
ms. fr. 1 34^9.)
« Portrait d'un seigneur âgé, à la figure émaciée (pi. XXIX, fig. I) ; il porte le collier de Saint-Michel, une robe fourrée et un chapeau maintenu par un ruban. IL 0,37, L. 0,20.
« Ce tableau, fort important, montre la descendance de Fouquet poursuivie jusqu'au xvi” siècle. C'est ici le portrait de Guillaume de Montmorency, chevalier d honneur de Louise de Savoie, mort en 1 53 1 . Il fut le père du connétable Anne de Montmorency. Un por-
1. Je prie M. S. Gibson, assistant de la Bodléienne, de trouver ici mes remerciements pour les renseignements qu’il a bien voulu me communiquer.
LES MAITRES MINIATURISTES (i39i-XVP SIÈCLE)
Irait de la même date et de la même taille est au Louvre1. Ce dernier provenait de Saint-Martin de Montmorency. Ce sont deux œuvres dues au peintre miniaturiste qui a dessiné les crayons de cette date conservés à Chantilly et les portraits miniatures si remarquables du manuscrit français de la Bibliothèque nationale sur les Commentaires de la Guerre Gallique (Bibl. nat., ms. fr. 13429).
« Bois, peinture à l'huile. Musée de Lyon. »
Il y a là trois affirmations.
D’abord, un rapprochement entre le portrait du Musée de Lyon et celui du Musée du Louvre. J'avoue que, au premier aspect, j’ai quelque difficulté à l'accepter. Mais, comme je ne parle maintenant que des miniaturistes, je laisse la chose de côté ; ensuite, que Jean Clouet est l'auteur de ces tableaux ; enfin qu’il a exécuté les miniatures des Commentaires de la Guerre Gallique.
Ici, c'est différent ; car cette dernière identification, dont l’origine remonte à un article de la Gazette des Beaux-Arts (1892 (2), p. 122), a si fortement pris racine, que dans un article de la Gazelle (1906 (2), p. 507), M. Dimier croit pouvoir imprimer : « Le portrait de Charlotte de France, fille de François I", appartenant à MM. Agnew, de Londres, et exposé en igo4 aux Primitifs français, est un des cinq tableaux à l'huile qu’on peut avec sécurité tenir pour l’œuvre présumée de Jean Clouet, auteur de quantité de crayons à Chantilly et des miniatures des Preux dans le manuscrit de la Guerre Gallique. »
Malgré cette sécurité, il est peut-être utile de reprendre l’examen du manuscrit des Commentaires de la Guerre Gallique.
Le manuscrit français 1 3429 de la Bibliothèque nationale est le I. II d’un merveilleux ouvrage intitulé : Commentaires de la Guerre Gallique. Le t. I est au British Muséum, le l. III. à Chantilly, dans la bibliothèque du Musée Condé.
Le lendemain de Marignan, François I" se souvenant que quinze