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Probablement un pavillon au centre d’un labyrinthe

LES MAITRES MINIATURISTES (i3gi-XVI' SIECLE)

Le t. II est arrivé à M. van Praet d’une source ignorée. Acheté par les frères de Bure, les grands libraires du wiii' siècle le léguèrent à la Bibliothèque impériale où il entra en i852.

Le t. III était en Touraine. Il fut acheté par le libraire Techener, qui le revendit au duc d’Aumale en 1 854-

Ils sont ornés d’exquises miniatures ; la Société des Bibliophiles français les a fait reproduire en i8g4, à vingt-neuf exemplaires. Le baron de Noirmont qui fut chargé de celte petite édition, les a présentés à ses confrères dans une préface pleine d’érudition et d’aperçus intéressants ; elle demande à être ici brièvement résumée.

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Cliché H%.

Fig. 3oo. — Signature de Godefroy le Batave sur la carte des Commentaires de la Guerre Gallique (t. III).

(Musée Condé, Chantilly.)

» Les Commentaires des Guerres Gallicjaes portent en eux-mêmes leur origine. Au bas de la première et de la deuxième carte du t. III [à Chantilly] on lit en effet :

« Albert Pigghe les a terminés avec la collaboration de Godefroy « le Batave, peintre, sur l’ordre de François Du Moulin, au mois « de novembre i520 » (fig. 3oo).

Cette inscription est plutôt facile à lire. Elle fut relevée pour la première fois parle duc d’Aumale ( Manuscrits de Chantilly, t. I, p. Personne, d’ailleurs depuis, n’avait songé à l’utiliser avant que je l’aie publiée dans la Gazelle des Beaux-Arts (1907, 1).

L’auteur du texte est donc Albert Pigghe, de Campen en Hollande, né vers 1490, mort en i542. II travaillait sous la direction de François Du Moulin, ancien précepteur du roi François Ier, son aumônier, abbé de Saint-Mesmin, mort en 1 53 1 .

Quant à Godefroy le Batave, peintre qui enlumina le volume, en 1807 Aug. Bernard l’identifiait avec Geofroy Tory, le célèbre gra-

veur. Depuis on a prétendu [Bouchot en 1892, nous l'avons dit plus haut], cpic Jehan Clouet était l’auteur des délicats portraits qui ornent le t. II. Mais M. de Noirmont ne peut voir là deux mains différentes : l une qui aurait exécuté les compositions, l'autre les portraits. Laborde d’ailleurs n’a pas hésité à les attribuer à un même artiste ;

le duc d’Aumale était également convaincu qu’un seul et même artiste avait exécuté tout l’ouvrage. Quand Bouchot les donne à Clouet. il reconnaît lui-même que son opinion ne repose que sur des conjectures.

Il semble que personne n'ait pris connaissance de cette préface érudite.

Feuilletons les volumes.

A l'examen, toutes les miniatures sont signées: G. 1O19 et G. 1020. Au t. III, f° lu, une miniature porte GODEFROY. — G. i520 (fig. 3oi)*.

C’est dans le t. 11 que se trouvent les délicats portraits attribués à Jehan Clouet (pl. xxvni) : Boisy, p. xxv ; Bonnivet, p. xxxv ; Lautrec, p. xxxvi ; Chabannes, p. xlii ; Anne de Montmorency, p. lu ; Fleuranges, p. lxxiii; Tourner), p. lxxxvi; mais personne, pas même M. de Noirmont, n’a pensé à signaler le portrait du Boi, François I", à la page I du t. I. Il n’était pourtant pas de ceux qu’il fallait négliger : nous en verrons tout à l’heure

Cliché Mély.

Fie. 3oi. — Miniature des Commentaires de la Guerre Gallique, signée GODEFROY. G. i5ao.

(Musce Coudé, Cbanlilly.)

l'importance extrême (pl. xxvm, fig. 1).

Jusqu’en 1892, personne non plus ne s’en était préoccupé, sauf Laborde — qu'on cite toujours d'après autrui, mais qu'on oublie si souvent de relire. A cette date, Bouchot reconnut dans une

1. Dans la Revue de l'Art du io mai 1913, M. P. Durrieu adopte mes conclusions, mais sans citer mon étude delà Gazette des Beaux-Arts, dont il reproduit cependant, presque textuellement, le passage.

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acquisition de dessins que le duc d’Aumale avait achetés à Lord Carlisle en 1889, quelques études qu’il crut préparatoires des miniatures du t. Il qui nous occupe, et il écrivait : « On sent à les voir quelle dextérité merveilleuse le maître apportait à son œuvre, quel souci de ne rien omettre, quelle intuition aussi dans la façon de sousentendre ce qui lui sera plus tard nécessaire à la transcription finie et parachevée. Depuis ils ont été exécutés en miniatures dans les feuillets du manuscrit fr. i3/|2g, et copiés si parfaitement sur les crayons, si minutieusement calqués on pourrait dire, que pas un ruhan, pas un ornement n a été omis et que même l’artiste a tenu compte des repentirs signalés dans son œuvre de premier jet. Lorsqu ü n’a pas eu le loisir de se reprendre, il se contente décrire les changements à apporter : il note les nez plus rouges, les lèvres plus grosses, les barbes plus épaisses, les couleurs du pourpoint, la grosseur des bijoux ; ce sont donc bien là des originaux, munis de tous les sacrements, sans parler de leur franchise d’allure, de leur liberté, de ce je ne sais cpioi qui ne trompe guère. »

C’est ainsi qu’ils sont devenus des Jehan Cloue! !

Telle est I origine de l’attribution : et comme ces dessins sont

ainsi reconnus de Jehan Clouet (?), il en résulte’ — nécessairement

que les miniatures du ms. fr. 1.3429, sont de Jehan Clouet.

Que les trois dessins de Chantilly reproduits ici (pi. XXIX, lig. 2, .3, 4)- — car en résumé, on n’en trouve réellement que trois à rapprocher des miniatures, — soient les modèles des petits portraits du t. Il des Commentaires de la Guerre Gallique (pl. XXVIII), c’est indéniable; Bouchot ne s’est pas mépris; nous sommes parfaitement d accord. Mais où nous allons cesser de nous entendre, c’est dans la conclusion : « Ces dessins sont de Jehan Clouet. donc c’.est Jehan Clouet qui a peint les miniatures ». Sur quoi repose le raisonnement .* Sur I hypothèse que les dessins sont de Jehan Clouet. Comment le sait-il ? Aussi, à ce raisonnement, sans aucune base, vais-je me permettre d'en substituer un autre.

Les esquisses et les miniatures sont de la même main, tout le

monde est d’accord ; or les miniatures sont signées Godefroy. Jusqu à preuve contraire, Godefroy-le-Batave doit donc être regarde comme l'auteur des miniatures, par suite, 1 auteur des crayons de Chantilly. La proposition, rigoureusement scientifique, s impose en effet. Car je pars d'un point indiscutable : une signature que personne ne peut songer à nier, mais que tous les critiques ont négligée, sauf deux, dont on n'a pas lu les travaux.

Tout de suite, par exemple, je prévois une objection. Nous acceptons parfaitement, me dira-t-on, (pie les miniatures des manuscrits sont de Godefroy ; mais qui vous dit quelles n'ont pas été calquées — puisque Bouchot a prononcé le mot — sur les dessins de Clouet?

Clouel? Mais c'est admettre qu'on connaît une œuvre authentique de Jehan Clouel: et son faire on ne le connaît... précisément que par ces dessins. Comme criticjue, c’est assez curieux.

On me dira encore que si toutes les miniatures des trois volumes sont signées G. i5iq, G. i52o, les petits portraits, eux, ne sont pas signés.

11 est très facile de répondre.

Dans l'ensemble de l'enluminure, les petits portraits ne sont au fond qu'un mince détail, — ce que dans l'illustration nous appelons des « lettres » : et, si admirables soient-elles, elle n’ont pas plus d'importance dans l'économie générale, qu’une bordure dans un manuscrit du xvc siècle. Les miniatures à pleine page sont signées ; mais pas plus (pie les délicates médailles romaines semées au travers du volume, et que personne ne songe à enlever à Godefroy ne sont signées , pas plus nos petits portraits 11e le furent : l'objection tombe donc naturellement. Pour comprendre comment Bouchot fut amené à prononcer le nom de Jehan Clouet, il 11e faut que se rappeler qu’en 1892 les Primilifs étaient insoupçonnés, que tout l’art de ces premières années du x\T tournait autour de trois ou quatre noms, et que les attributions se faisaient, — au petit bonheur — : telle celle de M. A. Wauters que je ne saurais cesser de

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citer, quand il expliquait l’attribution à Roger van der Weyden du retable de Beaune, parce qu'on ne connaissait pas d’autre nom pour occuper une place entre les van Eyck et Memling. Au moins c’était de la franchise !

Mais tel que j’ai connu Bouchot, je suis certain que s’il eût étudié l’inscription, — beaucoup plus importante qu’une signature — jamais il n’eût admis un moment que Jehan Clouet, peintre du Boi, artiste célèbre, eût consenti à prêter une anonyme collaboration à un peintre étranger, pour disparaître derrière une personnalité orgueilleuse qui n’hésitait pas, elle, à magnifier son œuvre1.

Mais cela c’est encore du raisonnement.

Examinons donc les preuves objectives.

Dans le t. II, nous trouvons au t“ IX v°, une miniature à pleine page, SENATUS, signée, G. 1 5 1 9 (fig. 3oa). Aucun doute; elle est de Godefroy. Elle est surmontée,

(Jlichi Alély.

comme en-tête, d’une médaille romaine Fic- 3°a- — Miniature do ia Guerre om-

que, signée G 1 5 1 9.

qui fait corps avec elle. Nul ne songera, (Biti. m,. h. ,34=9.) je pense, à nier quelle sort également de la main de Godefroy. D’ailleurs, remarque qui n’a pas été faite encore, dans le même volume, un peu plus loin, nous trouvons, à côté d'une médaille identique, l'annotation suivante de la main de l’artiste qui a peint les miniatures ;

« J’ai peur que ce ne soit (pas le portrait) de Cassius qui fut conjurateur de la mort de César, car il avait nom Caius Cassius, et j’ai trouvé en la médaille Quintus Cassius » (t. II, page vin). C'est

1. Il y a ici une coïncidence assez intéressante à signaler. A l’occasion du baptême de sa fille, on trouve dans l’acte de Saint Jacques la Boucherie, dressé le mardi 12 novembre i532, le nom d’un Geoffroy Guillaume peintre, à côté de celui de P. Jehan Clouet, peintre. Ce Geoffroy aurait-il quelque rapport avec notre Godefroy qui signe une miniature Godefroy. G. i5so (fin. 307l 3 (Cabinet de l’Amateur, 1 863, p. 177). " v u

De Mély.

Cliché Mély.

Fig. 3o3. — Jules César. Miniature des Commentaires de la Guerre Gallique (t. I).

(British Muséum, Londres.)

là vraiment une signature comme la note de Kemiet (p. 70) : donc Godefroy a fait les médaillons romains.

Or, prenons le premier volume. A la première page, nous trouvons un délicat médaillon, celui de Jules César, I. C. (fig. 3o3).

Qui se refusera de croire qu’il est bien de Godefroy ? Personne. Levons alors simplement les yeux et nous trouvons au-dessus, une miniature (le n° 1 de la pl. xxvm) — celle dont personne ne s’est préoccupé — simplement le portrait du Maître, de François I". Il est impossible de dire que Jules César et que François Ier sont de deux mains différentes. Or, c’est la main qui a exécuté François I", qui a fait aussi les six Preux du t. II. Comment supposer d’ailleurs, que le portrait du Roi aurait été fait par un artiste ordinaire, quand ses serviteurs avaient les honneurs du peintre du Roi, de 1 artiste célèbre?

N'est-il donc pas évident maintenant, que moralement, documentairement et techniquement, les dessins de Chantilly — il y en a six de la même main — sont de Godefroy le Batave et non de Jehan Clouet ?

Nous est-il alors possible de pénétrer quelque peu la personnalité de cet artiste admirable, connu seulement jusqu'ici par un prénom : Godefroy? Plusieurs savants l’ont signalé. L. Delisle1, M. Henry Martin2; mais c’est le comte de Laborde, — auquel en résumé il faut toujours revenir — . qui l’a le plus longuement étudié.

Il existe à la Bibliothèque de l’Arsenal un petit volume du même artiste, que M. Henry Martin a précieusement décrit : ce sont les Triomphes de Pétrarque, illustrés de treize miniatures signées G également; également aussi, une, celle du P 108 v° est signée en toutes lettres GODEFltOY, dans le bas à droite.

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