FONCTIONS DIVINES
lunaires qui, ne nous entendant pas toujours, en prennent à leur aise. Se souciant peu d'un dieu impersonnel, être de raison, pure métaphysique, ils se sont donné un Dieu de leur race, qui est chair c3e leur chair, os de leurs os. Dieu-Homme et Xlomme^Dieu.
Par son entremise, le peuple entretient de bonnes Relations avec le Soleil, la Lune et les Vents, converse avec les puissances du ciel, de là terre et de l'Am Nor, invisibles, mais toujours présentes. Avec ^lles le Palal entre en communication. Quand il ^*est réveillé de son sommeil, — il dort comme ^out le monde, — quand il s'est relevé de sa couche, élisons-nous, il salue In nature et dit : Bonjour ! Calme et tranquille, il jette sur ses entours le regard paisible de l'être qui a le « Bon Œiil ». Grâce aux rayons qui émanent de son front, les veaux pros-^ pèrent, les cornes durcissent, les pis gonflent, les herbes montent et les arbres fruitent. Le « Grand Mascot»Se lave les mains et la face — bon exemple; — il se frotte les dents de la main gauche, — les Todas, simples mortels, se les frottent de la main droite, — puis il transforme une feuille en lampe à cinq becs qu'il allume après l'avoir remplie de beurre clarifié. — Pourquoi ? ~ Pour inviter son frère le Soleil à donner au monde sa lumière. Ce devoir accompli, d'un geste auguste, il saisit... un trident? les carreaux de la foudre?— il saisit baguette blanche, mince et fragile, sceptre pacifique, prend un seillon, et va aux vaches qui, rangées d'elles-mt^mes, l'attendent devant la porte. Le Palal étend sa baguette, — la Westphalie et la Normandie ont encore do vieux paysans qui racontent merveilles d'un certain bAton de sorbier ou de genévrier dont il faut « loucher » les vacher malades, — le Palal promène lentement
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sur les chefs cornus sa gaule qu'il fait tourner de droite à gauche.
Quand il rentre avec les seaux pleins, il libationne aux dieux, ses amis et compagnons, à la Terre bénigne ; il asperge chaque clochette. Ces clochettes € fades » venues de l'Am Nor sont en i*elation sympathique avec ranimai qui les porte : ayant du précieux liquide plus qu'elles n'en peuvent contenir, les pis devront gonfler et déborder.
Remercions ces excellents Todas d'avoir érigé devant nos yeux l'image d'un « Dieu qui fraie avec les hommes et marche devant leur face ». Ce Dieu, ils l'ont fait berger, étant bergers eux-mêmes. D'autres dieux on n'en manquait pas : des méchants et terribles, des mangeurs d'hommes et buveurs de sang; des massacreurs et exterminateurs. Même quelques-uns avaient travaillé à métier utile : parmi lesquels, des laboureurs et semeurs comme le vieux Saturne, des potiers comme Kneph ou des forgerons comme Ilmarinen. Le Dieu préconisé par Jean- Jacques Rousseau, citoyen de Genève, est un horloger, qui a établi le monde à la façon d'un chronomètre. Mais le Dieu laitier, fromager et fabricant de beurre, la conception est originale.
Les souverains qui régnaient sur le Nil, autant d' « épiphanies » ou apparitions divines. Sous l'empire romain, les artistes donnaient aux dieux et déesses les traits du monarque régnant et de son épouse : flatterie de haut goût que de représenter Apollon sous les traits d'Octave ou de consacrer à Octave les statues du bel Apollon. Les divins Césars, ainsi Caligula ou Héliogabale,les divins Césars ne mouraient pas, mais entraient en apothéose. Et combien de cabocèros négrillons, combien de Sou-
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louque café au lait que leurs peuples tiennent pour des dieux, pour de vrais dieux î Dieu, ce roi du Loango, qui commande à la foudre et à la pluie. Son ^rand-oncle, du côté maternel, avait créé le ciel avec son armée d'étoiles, la terre avec la mer, les montagnes et les fleuves. Au cacique qui, en 1729, régnait dans une forêt du Marahon, un missionnaire, se disant l'ambassadeur du grand Dieu des chrétiens, montrait un crucifix. — « Qu'ai-je à faire de ton Dieu pâle ? Je suis Dieu moi-même, et Fils du Soleil. Chaque nuit mon esprit voyage de la terre au ciel, où je vaque à Tadministration de l'uni-' vers (i). » Le gaillard croyait en sa propre divinité. Un de ses confrères, potentat en quelque endroit perdu de la Magdalena, racontait gravement avoir créé le monde.
4 Le Dieu qu'ils adorent en Californie, est différent en chac[uè village. Ils choisissent eux-mêmes un vieil Indien qu'ils élèvent à cette haute dignité... pour obtenir de la pluie, un temps favorable pour les moissons et autres travaux... Ils lui offrent des sacrifices, les prémices de la récolte et du gibier. Quand il y a guerre, ils placent le vieillard sur un monticule au milieu d'une enceinte, faite de pieux fortement attachés, et dans laquelle ils pénètrent au moyen d'un souterrain, dont l'ouverture est à quinze vares de la palissade, de sorte qu'ils sont toujours en communication avec leur dieu, auquel ils portent des vivres, et qu'ils défendent contre les attaques des ennemis (2). »
L'empereur du Mexique jurait d'être Houitzilopochtli sur terre, de faire briller l'Astre du jour, les rivières couler et courir les fleuves; il donnerait riclies
fi) Bastian. (^ullnrlacmler Americns.
(2; Don Pedro Fa^res, Voynje en Oihjornie.
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et abondantes moissons (i). Le principillon des Antaymours, un Malgache, a la complaisance de faire pt>usser les forêts, et c^est à lui que les brebis doivent de mettre bas. Le maître de Ouiddah expliquait : — « Moi, je suis Tégal de Dieu. Tel que tous me voyez, je suis tout son portrait (2). » Plus modeste, Oppokou, le roi des Achantis : < Le Dieu du ciel est peut-être un peu plus puissant que moi (3). »
A ces prodigieux et mirifiques seigneurs, le Grand Natchez de la Floride n'était pas inférieur d'un cheveu. La confédération, qu'il avait l'honneur de présider, était menée par une haute noblesse, orgueilleuse oligarchie, ^composée de cinq cents guerriers, dont chacun par son bel air, ses exploits à la chasse, ses hauts faits à la guerre, avait prouvé être de race solaire. Ce demi-millier de héros gravitait autour du Grand Soleil, centre des constellations, chef des peuples. Et chaque matin, le Roi des rois. Maître de -l'Empyrée, sortait de sa tente, saluait amicalement les quatre points cardinaux ; complimentait Notiis et Borée, Eurus et Zéphyre. Il se postait sur le rocher qui lui servait de trône. Calumet en main, il attendait que Phëbus eût fait son apparition, le saluait de la main, lui tendait la pipe pour qu'il en tirAt quelques bouffées. Grave et tranquille, il lui montrait le chemin qu'il aurait à parcourir, du Levant au Ponent : — « Entends, Soleil ! Fais ton devoir î Ne t'arrête ni ne te retarde ! N'oblique ni à droite, ni à gauche ! Salut! »
Les civilisés, chez lesquels la croyance en un dieu personnel s'affaiblit de jour en jour, les civilisés
(1) Gomara.
(2) Allen.
{'.^) Basiian, Voelkerpxychologie .