PIETE
quelles, après avoir été dégrossies, élucidées et groupées, doniHjraiont un système, ni meilleur ni pire que tant d'autres, — mais ce système, ils ne Ton! pas élaboré, précisément parce qu'ils sont encore primitifs.
Les annonciateurs de rÉvangile peinèrent pendant deux générations pour inculquer la notion du péché, prêchèrent, reprochèrent les tourments de l'enfer, le diable et l'éternité des peines. Mais voilà, ces pauvres gens ne peuvent comprendre la possibilité de crimes irrémissibles, protestent contre le ver qui ne meurt point et le feu qui ne s'éteint point, contre les rancunes toujours dévorantes et les haines qui jamais ne pardonnent. En fait de châtiments outre-tombe, ils n'ont encore voulu accepter qu'un marais, où les coupables seront livrés aux sangsues, mais seulement pour un temps proportionné aux fautescommises.Jusque-là ils avaient pensé, comme les Badagas, que pour se débarrasser de ses fautes il suffisait d'en charger vache ou veau. O « Frayeur d'Isaac (i) I » Dieu do Bossuet, et toi. Christ de Calvin, quelle naïveté ! quelle ignorance !
Cependant tous les actes de leur vie sont imprégnés de dévotion. Le Toda s'incline devant le Soleil qui se lève à l'orient, s'incline devant la Lune, met la main au front, et, se couvrant le nez avec le pouce, récite une prière qui résume ses besoins, SOS désirs, toutes ses affections :
« Puissent nos garçons grandir et prosi)érer ! Puissent nos hommes se portei' bien, ainsi que les vaches et les génisses! Puisse chacun être en santé et avoir ce qu'il désire I »
(1) Genèsf, 342. 5, XXXI.
276 MONTICOLES DES MLGHERRIS.
Spectacle émouvant, raconte M. Marshall, quand le père de famille sort au clair de lune et implore la bénédiction de Tastre, fontaine de lumière. Avant de commencer le repas, chacun prend un morceau, le porte aux tempes et le consacre en disant: — € Regarde, ô Seigneur ! » puis le dépose sur le sol, en offrande à Boumo-Taï, la Terre maternelle.
Comme culte secondaire, ils révèrent dos Esprits, petits dieux, patrons des villages, protecteurs des sources, habitants des forets et cavernes. Tels le Sylvain Betikhân, faune et chasseur. Ils jeûnent pendant les éclipses. Les missionnaires leur ont fait dire que le Créateur des mondes s'appelle Asoura-Souami, et qu'il est Feu-Lumière, mais ils n'en savent pas davantage. Du sacrement d'ordination, les théologiens todas enseignent, contrairement au dogme catholique, qu elle est muable, toujours révocable, ne vaut que par la fonction, qu'il est loisible de la déposer, mais que pour la reprendre, il faut la renouveler. Nous les renvoyons au Concile de Trente. Comparée aux grandes dogmatiques, ensemble complexe où la logique et le bon sens se débattent dans un magma de mystères, dans un labyrinthe de métaphysique, la religion que nous dirons « de la Vache y^ est d'une simplicité rafraîchissante. Sa bonhomie vous désarme. < Sans doute, disent ces braves montagnards, notre religion n'est pas faite pour vous, mais elle nous suffit, et nous la préférons à la vôtre. Nous croyons en notre Palal. La divinité que nous lui avons conférée, il l'exerce à notre entière satisfaction, — et s'il nous mécontentait, — eh bien ! nous lui donnerions son congé, nous en prendrions un autre ! ^
Cependant, la majesté de ses fonctions fait au dieu une vaste solitude ; son isolement rigoureux ne