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LE TYPE DE LA CASTE

j ours gênants, nombre d'indigènes réclament le saint baptême, se convertissent à Jésus, bien qu'ils n'osent le prier dans leur propre langue. C'est le renouvellement du miracle que Moïse opéra devant le Pharaon ; les verges jetées par les magiciens se transformaient en serpents, mais la verge de Jéhovah se faisant dragon engloutissait vipères et serpenteaux (i).

Mais n'insistons pas sur les côtés exceptionnels do la situation : il est incontestable que les Brahmanes avaient si bien élargi et développé leur supériorité qu'on pouvait la croire éternelle. Ils disaient le fossé infranchissable, ne fût-ce qu'en raison de l'impossibilité à l'engeance soudra, repue de nourriture inférieure, d'égaler jamais la race si bien nourrie et formée d'aliments de choix. Suivant la théorie qu'ils avaient rai«e«n cours, la caste n'était pas seulement un fait extérieur, mais l'expression du tempérament, la différence des natures. Servi par une législation sévère et rigoureusement appliquée, le système a certainemeut contribué à la formation de types distincts ; ce qui n'était, à l'origihe, qu'un avantage peu marqué, devint à la longue disproportion évidente, affectant les chairs et les muscles, môme les os du squelette.

Ces particularités ethniques, que nous constatons et signalons, sans vouloir les diminuer, on s'étonne de ne pas les voir fixées plus profondément. Ainsi on a fréquemment observé que les Moundahs semblent partager avec le caméléon la faculté de prendre la couleur de Fentourage, et, dans les villages mixtes, leur teint se confond presque avec celui des Indous. Les Ouraonnes pâlissent, dès qu'elles ont fait un

(i) Grundemann, Klc'mc Missions Bibliotliek.

court séjour, comme domestiques, dans les maisons européennes (i). En même temps que les cantons se civilisent, le type s'améliore et s'embellit ; la taille, il est vrai, reste petite assez longtemps, mais les traits s'adoucissent, et, comme les gens sont d*un naturel jovial, le visage prend bientôt une expression agréable. Les missionnaires, très compétents dans l'espèce, ont noté plus d'une fois qu'une alimentation plus régulière, une habitation plus salubre, un travail modéré et soutenu, embellissent promptement le corps et le faciès ; les edfants surtout prennent meilleure tournure. Aux physiologistes de prononcer sur la question.

L'ignorance forcée dans laquelle ces aborigènes ont croupi si longtemps, n'a pas eu non plus l'effet désastreux qu'espéraient leurs ennemis. Les castes ultimes, il est vrai, les plus misérables des hordes, sont affolées et abruties, mais le grand nombre ne paraît pas détérioré dans les œuvres vives. L'intelligence, quoique limitée et restreinte à un petit nombre d'objets, reste saine et susceptible de développement. Nous comparons l'Indou à l'arbre fruitier que des horticulteurs ont soigné pendant de longues générations, lentement développé et ennobli. Appartenant à la même famille, les sauvageons croissent dans la forêt, ne donnant que fruits aigres et coriaces, mais les racines sont vigoureuses, le bois jeune ; il suffirait de quelques bonnes greffes pour transformer le produit. Ainsi des Kolhs et Khonds. Les classes supérieures, les nations civilisées, s'endorment facilement dans le luxe, versent dans l'immoralité, le factice et le convenu, dans le byzantinisrae sous toutes ses formes, dans la séni-

(i) Zcilsrhrift fur Klhnoloifie, 1874.

PLASTICITE DE L ORGANISME. 309

lité niaise et vaine. Mais les classes dites inférieures, mais les nations incultes sont, de par les nécessités de l'existence, contraintes à toujours agir, toujours travailler et par suite à se tenir dans les limites de la réalité et d'un certain bon sens. Les missionnaires déclarent que la jeunesse de leurs écoles, pourvu qu'on sache la prendre, se montre accessible à l'instruction, deux ou trois générations la mettraient au niveau des enfants brahmanes.

Nous ne prétendons pas trancher la question ; il nous suffît d'en avoir indiqué les termes. Une certaine école scientifique s'est trop hâtée de proclamer immuables les types dont la constance pourrait fort bien n'être motivée que par la fixité relative du milieu. Les conditions générales d'alimentation, de climat et d'habitat, loin d'être primordiales, ne sont que contingentes et accidentelles, varient facilement. On représentait les types comme coulés en bronze : ûe seraient-ils qu'un masque complaisant qui s'adapte à des chairs plastiques, à un squelette relativement flexible?

Mais assez de théories, assez d'hypothèses ; rentrons sur le terrain des faits constatés.

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Si les qualités morales l'emportent vraiment sur l'instruction et sur les facultés intellectuelles, nos barbares Khonds sont, en somme, fort supérieurs aux civilisés leurs voisins. Véridiques et sincères, ils ne daigneraient échapper à un péril, obtenir quelque avantage au prix d'un mensonge ou seulement d'une inexactitude volontaire. Que de fois les juges anglais ont à regret fait exécuter de braves gens, contre lesquels ne se dressait que leur

propre témoignage ! Ils s'étaient dénoncés et livrés, avaient raconté les faits avec une franchise absolue, une exactitude scrupuleuse, mettant leur point d'honneur à ne rien taire de ce qui pouvait leur être préjudiciable. Quelle diflFérence avec ces Bengalis, fourbes incomparables, artistes en dissimulation! Une des rares erreurs de Stuart Mill fut d'avancer (i) que les non-civilisés se complaisent dans le mensonge, semblent incapables de dire vrai. Certes, nous ne contesterons point que la vraie civilisation se développe parallèlement à la sincérité et à la justice ; mais le grand philosophe se fût exprimé autrement, si son séjour aux Indes Tavait mis en contact avec les Gonds et les Khonds, avec les Maleis, Birhors, Sonthals et autres, qui tiennent la vérité pour sacrée et ne contractent pas d'engagemen! qu'ils ne remplissent. Nulle offense plus grave que celle de suspecter leur parole, insulte qu'ils lavent dans le sang, et, s'ils ne peuvent tuer l'offenseur, ils se tueront eux-mêmes. Ces Sourahs, ces Poulayers, respirent la candeur. Ceux qui les traitent de € rebut » et d' « ordure », les disent incapables de rien imaginer, incapables d'inventer quoi que ce soit en dehors de l'exacte réalité (2).

Avant d'être entamés par la civilisation, avant d'avoir subi la conquête anglaise, ces sauvages se distinguaient par une virile fierté, une joyeuse indépendance, ne rendaient compte à personne de leurs faits et gestes, ne payaient redevance ni à chef, ni à gouvernement, ni à propriétaire ; chacun avait l'entière jouissance de sa personne, de sa maison et de son champ. Indépendance complète, tant à l'inté-

[i) Essays, 5t.

(2) Shoill, ///// Ranges

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