‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 113 sur 149 · DIGNITE MORALE · texte numérisé non relu

DIGNITE MORALE

rieur qu'à Textérieur. Nul ne les avait conquis ; depuis vingt siècles, leur peuple n'avait jamais courbé la tête devant aucun étranger : noble orgueil qui se lisait dans leur attitude et leur physionomie. Ils évitaient toute parole obséquieuse, toute politesse qui eût pu paraître humiliante ; pour saluer, ils se bornaient à lever la main. Le plus jeune disait : « Je vais à mes besognes. — Va ! » répondait Tancien.

Le trait le plus agréable de leur caractère est encore l'affection mutuelle. Les civilisés de la plaine se donnent pour passe-temps les procès qu'ils s'intentent, ils se provoquent devant les tribunaux sous des prétextes futiles ; dans leurs duels judiciaires, ils rivalisent de menteries et perfidies. Mais chez les Kolhs et les Khonds, autres mœurs. Rares d'homme à homme, les querelles sont encore plus rares d'homme à femme. L'époux qui se permettrait de blâmer sa moitié devant le monde, de la menacer, voire de l'insulter, soulèverait la réprobation, exciterait l'indignation générale. Il n'en faudrait pas tant à l'épouse pour la faire se détruire ; trop souvent il a stiffi d'un reproche discret pour provoquer un empoisonnement ; une parole ironique, un compliment mal compris, et plus d'une s'est pendue. Elles se figurent que l'âme du suicidé revient tourmenter l'offenseur : idée qui a cours dans l'Inde entière, dans l'extrême Orient, et qui a certainement inspiré aux Japonais leur pratique bien connue du harakiri.

Dalton dit de ces sauvagessos qu'elles gagnent les cœurs par des manières franches et ouvertes, une naïve gaieté. Frayant dès leur enfance avec l'autre sexe, elles n'ont rien de la pruderie des Indoues et des musulmanes, élevées dans une réclusion rigoureuse, pruderie qui par moments fait place â des

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propos grivois et abonde en sous-en tendus obscènes. On vante, au contraire, les grâces décentes des fillettes Hosou Moundah, des petites Larka... Patience! Bientôt la civilisation les guérira de cette barbarie, les corrigera de leur ignorance.

Jusqu'à la seconde moitié du xix® siècle, les Khonds abominaient toute espèce de commerce, ne voulaient faire usage d'argent ni de monnaies, rejetaient les coquillages comme moyen d'échange. Au lieu de mesurer en espèces la valeur des choses, ils la supputaient en « vies », même les objets inanimés, même haches, riz et farines. Quels arriérés !

Aucun peuple ne pousse plus loin la religion de l'hospitalité. De ce chef ils en remontrent aux Bédouins, aux Arabes du désert. Pas d'honneur qu'ils ne rendent à l'hôte, pas de complaisance qu'ils ne lui témoignent, mettant sa vie avant leur vie, son honneur avant leur honneur. « L'hôte, avant l'ami, même avant lenfant ! » dit un de leurs proverbes. Dès que se montre un étranger, quelque misérable soit-il, les chefs de famille viennent le saluer, lui offrent gîte et repas; il séjournera tant qu'il lui plaira : jamais invité ne fut renvoyé, jamais on ne lui fit sentir que sa présence devenait gênante. Ils étendent l'hospitalité jusqu'aux Dombangous, basses castes et populations déchues qui les entourent ; ils les traitent avec bonté, les font asseoir à leurs festins, les défendent envers et contre tous, les protègent comme s'ils appartenaient à leur communauté.

étendu leur hospitalité jusqu'à des tribus entières. En certaine fête, il arriva qu'on se prit (le querelle, et qu'après rixe sanglante un clan fut écharpé, mis en déroute. Poursuivis, la lance au

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