‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 115 sur 149 · PARURE · texte numérisé non relu

PARURE

Du costume, nos autochtones se soucient médiocrement ; ils tiennent pour suffisants un mouchoir, un mauvais chiffon, quelque méchante lanière d'étoffe, une mince ceinture ; les femmes se contentent d'une écharpe qu'elles enroulent une ou deux fois autour du corps ou des épaules, et qui leur retombe sur les seins. Ce qu'on économise sur là véture, on le reporte sur Tornementation. Tatouage discret, consistant en points de couleur, et traits sur le front, le nez, le menton ou les bras. Fleurs dans les cheveux, colliers, bracelets, chevillets, graines coloriées, dents et coquillages, anneaux de laiton, et surtout de fer, les seuls que Manou ait permis. Elles ont profité et même abusé de la permission. Kolhes et Khondes, rivalisant avec les Guinéennesetles Achantisses, s'annoncentdeloinparun cliquetis déchaînes, par unjingli jinglo de ferrailles, plus lourdes qu'un boulet de forçai. Les Pandjas, hommes et femmes, se chargent de huit à dix kilogrammes de cuivre ; et l'on affirme qu'en certains districtsles belles chancellent sous leur quincaillerie. Le capitaine Sherwilleut un jour la curiosité depeserles affiquets et colifichets dont une demoiselle sonthal avait affublé sa personne : la balance accusa 341ivres. LesDchouangues,qui tenaient, comme tant d'autres, que le tatouage est de tous les costumesle plus léger, le plus économique et môme le plus élégant, qui le regardent comme un meilleur préservatif contre les rhumatismes que camisoles de flanelle, les Dchouangues avaient conservé jusqu'à ces derniers temps le tablier de feuilles auquel Eve a donné son nom. De même les Couroumbas du Malabar, les Dchantchous du Masoulipatam, les Weddahs de Ceylan (i).

(T/ Samuelles, Journal of the Asialie Society, i856.

Cela choquait les ladies de Calcutta. Elles remontraient que Sa Gracieuse Majesté la reine Victoria ne pouvait tolérer que telles de ses sujettes ne portassent qu'un collier de graines, plus une ramée par devant et une autre par derrière . La vicereine des Indes décréta que le scandale finirait; le christianisme et la civilisation supprimèrent l'innocente nudité dans les jungles d'Orissa. La chose mérite d'être racontée :

En 1871, une compagnie, sur le pied de guerre, prit position et appela toute la tribu à Tordre. Devant Testrade du capitaine, dix-neuf cents individus défilèrent et ployèrent le genou. Roulements de tambours. Manœuvre en quatre temps, six mouvements. Quatre caporaux et deux sergents procédèrent, toujours au nom de Sa Pudique Majesté, à la toilette du beau sexe. Le premier estampillait la femme agenouillée, la marquait au front d'une tache rouge, lui instillait la première pudeur. Elle se relevait, faisait quelques pas, et le deuxième galonné lui mettait la main sur Fépaule et arrachait le feuillage antérieur, — inclinez-vous devant la vertueuse souveraine qui préside aux levers do Saint-James. Le troisième pioupiou débarrassait la sauvagesse du feuillage postérieur, et toute cette verdure était jetée dans un feu allumé exprès. Le quatrième passait k la pauvrette un jupon, le cinquième le lui bourJait autour des reins, le sixième voyait à ce qu'elle passtU la porte. Enfant de la nature elle était entrée, civilisée elle sortait, ayant dépouillé la sauvagerie et revêtu la cotonnade de Manchester.

Il n'y a que les simples pour dire que « l'habit no fait pas le moine ». A prouve nos Khonds. Tant qu'ils croient aux faux dieux, ils tirent vanité de

Page 1