‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 117 sur 149 · L ETAT NAISSANT · texte numérisé non relu

L ETAT NAISSANT

se met à la remorque de celui-ci ou de celui-là. Les préférences de cet organe politique se tournent vers le chefqu'il s'applique à absorber, en attendant qu'il entreprenne le peuple. Selon les circonstances, le gouvernement se transformera en aristocratie militaire, oligarchie féodale, magma de gros censitaires, syndicat d'exploiteurs privilégiés de la fortune publique. Que viennent brocher par-dessus les sorciers, prêtres et faiseurs de pluie, brouillant temporel et spirituel, parbrouillant les affaires d'en haut et d'ici-bas, la petite tribu sera bouleversée par les mêmes complications qui agitent et troublent les États faisant grande figure sur la scène du monde.

Nos Khonds tendaient à se grouper en nation.

Déjà se constituaient des confédérations formées de tribus qui se membraient et s'articulaient, contractaient alliances offensives et défensives, obéissaient à un conseil suprême composé des chefs respectifs. Sitôt qu'elle fonctionne, pareille confédération oblige ses ennemis et rivaux à former des combinaisons opposées, mais de même ordre. Après de vaillantes campagnes, après de terribles batailles, dans lesquelles gagnants et perdants se couvrent de gloire, les vaincus sont rendus tributaires, et, pour les maintenir dans la soumission, les vainqueurs restent sous les armes, serrent les rangs, s'astreignent à la même discipline que pendant la bataille, et, après quelques générations, le groupe national a gagné de la consistance et généralement adopté la forme monarchique. En Khondic,le chef habite au centre du village, dansja maisonnette qu'ombrage le grand cotonnier planté par le prêtre. L'arbre est la demeure aérienne du saint patron, le temple de la divinité protectrice ; sa crois-

sance et sa vigueur réagissent sur la population doc:^^ il est le symbole. Les indigènes sont notés poi^ ^ l'attachement qu'ils portent à leurs chefs de clai^ qu'ils n'ont aucune raison de redouter, aucune de ja^

louser. Patriarcale est l'idée qu'ils se font du pou

voir comme soutien de la justice, défenseur de 1^=^ propriété, arbitre des conflits. Les différends son <=^

portés devant le conseil des notables, qui pronon

cent l'arrôt, puis mangent du bon et boivent du^» meilleur aux dépens de la partie perdante. A la mor fc du cacique, ils acclament son successeur, le fils aîné^ le plus souvent, à moins qu'un frère ou tout autrc:^ individu ne soit jugé plus digne. Quand les gouver — nants ne se montrent pas trop au-dessous de leuR* tâche, le peuple que l'inconnu n'attire point, et qum innove le moins possible, le peuple s'en tient volon — tiers à la famille régnante. Les Khonds vénèrent ur^ Dieu Terme. Chaque année, les clans s'assemblen ^ sur une montagne, aspergent de sang le sommet • implorent du Dieu Soleil qu'il les maintienne telf^ qu'étaient leurs aïeux, le supplient de leur donner ^ des enfants qui ressemblent à leurs pères. Tels quels, ils se trouvent parfaits.

Plusieurs tribus ont pris carrément — honnêtement, allions-nous dire — la profession du vol ; elles ne s'en cachent point ; leurs hommes brigandenl sur les chemins et détroussent les gens en bonne conscience.

« Le pays nous appartenait. Des conquérants nous l'ont arraché. Les alléger, maintenant, de quelque bagatelle, où serait le mal ? Nous aurons beau faire, nous ne nMitrerons jamais dans notre bien î »

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