‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 118 sur 149 · GARDES CHAMPÊTRES · texte numérisé non relu

GARDES CHAMPÊTRES

Curieuse circonstance : certains s'engagent comme i Policiers et gendarmes, louent leurs services pour ^ xirveiïler, sur les routes et le long des clôtures, les ?^ gissements de leurs pères, les allées et venues de ^ ^urs oncles, frères et cousins : ce qu'ils font sans fai- -^^lesse et avec une exactitude irréprochable. Les fa- ^~:nilles se disjoignent, les membres tirent au hasard : 4 es uns pour braconner, les autres pour faire le ^Tiétier de garde champêtre. Pourvu qu'ils gagnent ieur vie, ils n'imaginent point qu'il y ait vertu à dé- Cendre la propriété, crime à l'attaquer ; deux avocats ;^laidant, l'un pour la veuve, l'autre contre l'orphelin, n'y mettent pas plus de bonhomie. Pas de sot métier, pourvu qu'il nourrisse son homme. Nul qui les blâme en un pays où les Brahmanes déclarent bonnes toutes les religions, pourvu qu'on les suive, ordonnent que chacun continue le métier de ses pères ; voleurs et pillards pour commencer (i).

Douanier ou contrebandier, il n'en chaut pas davantage au paysan de nos frontières, qui, pour une bouffée de tabac, donnerait l'économie politique et tous les économistes, la doctrine et les doctrinaires. Maraudeur et filou, il fait bon l'être, alors que jeune, souple, hardi, entreprenant, on est dans la plénitude des moyens physiques ; mais il vaut mieux vaquer à la répression, se retirer dans les fonctions officielles, quand l'Age mûr vous fait moins agile et ingambe, plus prudent et avisé ; et quand on eoiinaît, pour les avoir pratiqués soi-même, les trucs et cautèles des coureurs de blocus. Il est dans l'idéal c'est-à-dire dans la destinée vraiment normale du brigand, de finir commissaire. Pourraient en témoigner les Arnautes, les Palikaros, et l'illustre Vidocq.

(i) Journal des Mi^sioiiK èvniun'luiups^ 1SH8.

Ils se font la main à leurs risques et périls, et quand ils sont passés maîtres, l'administration les engage. C'est parmi les Bhils et les Poiigars, les Koukies et Paharias que le gouvernement anglais recrute de préférence les bataillons de police (i).

Les Bhils des monts Yindhya, de même que les Maravers de la province de Madoura dans le Tinevelly, se sont donné la double spécialité du policier et du truand ; ils inquiètent les routes et les pacifient. Joseph Prudhomme leur emprunta le fameux sabre, avec lequel il défend nos institutions, et les détruit au besoin. Il sortait de leurs rangs, Jean Hiroux, qui rabrouait un gendarme incivil : — « Hé I le tricorne, respect à Tancien ! De quoi donc vivrait la maréchaussée, n'étaient ceusses de la pègre?» On les voit donc s'enrôler dans la police urbaine et la garde rurale, s'entremettre comme veilleurs de nuit, geôliers, informateurs, espions et délateurs. Ils fournissent au village indou un de ses fonctionnaires principaux, le manker ou garde champêtre, qui garantit contre la maraude, moyennant la jouissance d'un champ communal ou le paiement d'une subvention prélevée sur les récoltes. En cas de vol, — les mauvaises années fournissent de nombreuses déprédations, — au manker d'en deviner l'auteur, de ramener à restitution ou de le produire en justice. Ce fonctionnaire a pour fonction d'être incorruptible et de sévir avec une impartiale justice contre les fraudeurs, fussent-ils membres de sa propre famille. Volontiers deux frères prennent le même champ d'opérations, ils pillent et filoutent de concert, se montrent habiles à faire du dégât, jusqu'à ce qu'on trouve intérêt à engager les services de l'un

(i) I\o\viiev.

Page 1