COMEDIE DU RAPT
plus gai de la fête, les oncles maternels des futurs conjoints, — rappelons que dans le droit primitif ils ont la tutelle des enfants à l'exclusion du père,
— les oncles chargent sur leurs épaules, jambe de-ci, jambe de-là, qui son neveu, qui sa nièce ; ils piaffent et caracolent : — « Messieurs, n'oubliez pas que je sons à cheval î » disait le capitaine Pelil Faust,
La fille emportée à califourchon sur les épaules — cette gesticulation éminemment symbolique du rapt
— n'est point d'occurrence accidentelle ou isolée. Nous la constatons en divers pays éloignés les uns autres, et en particulier chez de nombreuses tribus des africaines. Comme par une fantaisie subite, les danseurs échangent leur charge, et celui qui prit la fillette décampe brusquement. Une rumeur s'élève ; l'assistance se partage en deux camps ; il pleut des horions, mais le parti brigand donnera les derniers coups. Un prêtre, loué pour la circonstance, accompagne les ravisseurs, pour écarter de la route les mauvais sorts. Sur les ruisseaux traversés il tend un fil, pont magique à l'intention des Esprits Protecteurs, qui font conduite à la jouvencelle jusqu'en sa nouvelle demeure ; précaution sans laquelle ils ne sauraient traverser les eaux courantes (i). Dits Anges Gardiens reviendront de temps à autre, retraverseront les passerelles, regarderont la femme allaiter son nouveau-né sur le seuil, lui donneront une bénédiction qu'elle reconnaîtra par quelques
(i) Lewin, ///// Tracts. Même croyance chez les Karènes et chez maint campagnard d'Eiirope. Chez les Mosquilos de l'Anirriquo centrale, le mort qui veut rester en communication avec les siens, demande que de sa lomiie à la maison on tende une ficelle audessus des marais et courants d'eau, des ravins et précipices. Uellwald, Nnlurgeschichle des Menarhen.
poignées de riz. Elle ne peut davantage, parce que son culte appartient aux pénates de rhomme qui 6-est emparé de sa personne ; son adoration s'adressera aux lares du clan qui l'a ravie.
L'enlèvem&nt simulé, modeste affaire chez les Kolhs duTchota Nagpour. Les amies delà bru jettent des mottes à la tête des assaillants qui répondent par quolibets, agaceries et propos ironiques; la dispute finit en éclats de rire. Se voyant si mal défendue, la fille ne résiste pas longtemps, s'abandonne après quelques démonstrations de violence, finit par sourire aux vainqueurs, et tout le monde va prendre un bain fraternel dans la rivière voisine. Le jeune homme prend un broc déposé là ïout exprès, et le cache dans les roseaux i — «ClMNdbee, la belle, cherciiezi » L'mÊkmmm flnsMfue pas à démtÊmmiHMÊftiL^ynm le musse à son tour^ — « Trouvez, beau jouvencel, trouvez î » Il n'a garde de se montrer plus maladroit qu'il ne faut, et cette cruche pleine, il en charge les épaules de la jeune personne. Il fait mine de la pousser rudement hors du ruisseau, puis, de propos délibéré, il lui marche sur les talons et la saisit par le bras. Mais sa main se fait bientôt caressante, et il ralentit son allure. Tandis qu'elle troltini», il décoche une flèche entre la cruche et le bras qui la soutient : « Avance sans crainte, mon arc te fait chemin libre î » Quand elle arrive à la flèche, de l'orteil et du premier doigl elle la ramasse délicatement, l'offre avec une révérence au maître et protecteur qui remercie par un signe de têtc(i). Rapt tournant en idylle.
Les Gonds non plus ne veulent j)as s'échauffer. Quand la fille est enlevée, ses IVèros et cousins font
il Dalton,