RAPT POUR RIRE
semblant de ne pas y prendre garde, niais les sœurs ot camarades attaquent bravement, crient qu'elles feront lâcher prise aux insolents :
Nous étions trois filles^ Filles à marier :
Nous nous en allâmes Dans an pré danser.
Au pré mes compagnes, Qu'il fait bon danser !
Nous nous en allâmes Dans un pré danser :
Nous fîmes rencontre ITun joli berger.
Il prit la plus jeune, Voulut l'embrasser; Nous nous mimes toutes A l'en empêcher...
Mais voilà, ces malandrins, moins timides que le Petit Bergerde la chanson, font mine de sauter sur les bonnes amies ; celles-ci, pour ne pas être ellesmômes faites prisonnières, battent en retraite.
Chez les Ouraons, le combat finit en danse, comme il avait commencé. Après avoir échangé leurs pupilles califourchu-califourchant, les oncles se prennent d'une querelle qui se passe en sauteries et entrechats et finit par gigotements de réconciliation. Aux jeunes gens, bien frottés, d'huile, on présente une lampe allumée, symbole de l'amour conjugal dont l'époux entretiendra la flamme. Le jeune homme appuie, lui aussi, son orteil sur le talon de l'accordée, laquelle se renverse en arrière, la tète
sur Tépaule de son amant, qui, avec une goutte de son sang, la marque au front d'une tache rou^e : acte solennel, annoncé par la décharge d'une arme à feu. Draps tendus cachent le groupe, autour duquel les guerriers choquent leurs lances, histoire de mettre en fuite les démons qui rôdent, cherchant qui dévorer. Les beaux-parents présentent la « coupe d'amour », emplie d une liqueur fermentée; les coajoints y font tournoyer le doigt, boivenTchacun la moitié. Ces trois symboles : la coupe de communion, la marque cramoisie, l'orteil vainqueur,on les retrouve dans toute cette région de l'Inde, et, s'il ne fallait se restreindre, nous indiquerions plus d'un trait similaire dans les rits matrimoniaux d'Europe. Quand les idées se confondent, s'étonnerait-on que les signes se répètent?
Les enlèvements peuvent être autres que fictifs quand des parents « trop chérant » s'obstinent à de mander de leur article un prix que les amateurs déclarent exagéré. Au marchédeSingbhoum, des jeunes gens bien armés se précipitent sur une fille : « La belle, il faut nous suivre ! > Bon gré, mal gré, ils l'entraînent au pas de course et gagnent le large. Le public s'abstient de toute intervention matérielle, mais applaudit si le gars et la garse sont bien découplés et de belle tournure. Nantis de l'objet convoité, -- beali possidenles, -- les ravisseurs rouvrent les négociations sur de nouvelles bases, et force est aux parents d'en rabattre.
Trois jours après son enlèvement, la Sabine fuit le toit conjugal et se réfugie chez les parents qui Font vendue. L'époux arrive et redemande son bien; l'épouse pleure et crie, tape, mord, égratigne et finit par suivre ce brigand d'homme — à son corps défendant, bien entendu, car le monstre s*est
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fait accompagner d'une bande tapageuse, qui se donne de grands airs menaçants ; -- il faut céder. Si on les poussait à bout, qui sait les extrémités auxquelles ces chenapans pourraient se livrer? En définitive, toutes les convenances ont été observées, la jeune femme a fait étalage de sentiments filiaux, et le jeune mari s'est montré épris de sa conquête, tout farouche et mal subjuguée qu'elle paraisse.
Une loi salique, aussi juste et intelligente que celle qui régissait naguère le royaume de France — « le plus beau sous le ciel » — interdisait à la Khonde de détenir aucun avoir, par la raison : « Inapte à défendre, inapte à posséder. » Forclose de la propriété, par suite déchue de tout droit, la femme ne disposait pas même de sa personne, capturée et emmenée de force. Mais il importe peu que la propriété soit déniée à qui s'empare du propriétaire. La fille d'Eve n'y manqua point, et malgré l'orteil brutal qui lui racla le talon, elle n'est rien moins qu'une esclave. Nous la voyons arbitre des disputes, juge de paix, conseillère toujours écoutée en affaires privées et publiques, admise même aux conseils de la tribu avec voix consultative (i). On la voit en communications incessantes avec les femmes des rajahs, traitant ensemble des intérêts publics. A leur tour les rajahs, quand ils voulaient gagner des alliances, enrôler des auxiliaires, dépêchaient des chargées d'affaires, prises dans leurs sérails, belles ambassadrices que les patriarches et les guerriers écoutaient avec complaisance. L'ennemi les eût trouvés intraitables, mais devant la beauté ils rendaient les armes.
(i) Rowney.
334 LES KOLAR1ËN8 DU BENGALE.
C'est Texogamie bien comprise qui donne à la Khonde sa haute position de conciliatrice. Son père et son beau-père se rencontreront sur un champ de bataille ; ses frères et ses beaux-frères échangeront peut-être des coups de hache ; mais elle sera toujours admise à panser les blessures de celui qui est frappé, à baiser les lèvres pâlissantes. Elle sera la première à suggérer la paix, la plus ardente à la recommander, la plus habile à la faire conclure.
Achetée à deniers comptants, troquée contre des objetsmobiliers, cette femme devait être une esclave : c'est une maîtresse. On Ta vendue cher et bien cher, on prendra garde à ne pas la détériorer. A mesure que le rapt se transforma en achat, la question d'argent prédomina; par suite, les convenances particulières du jeune homme furent subordonnées à celles des parents qui soldaient. Consultant leurs préférences, ils se donnaient une bru à leur dévotion, se procuraient ménagère entendue et forte au travail. Afin de se prémunir contre les déceptions, ils la prenaient de quatorze à seize ans, Age auquel la fille de ces cantons est déjù formée de corps et de caractère. Pour que le fils n'eût j)as la prétention d'en faire à sa tt^te, on le mariait quand il n'avait que dix à douze ans ; Tonton le cliargeait à cambelarge sur la nuque : « Et hop dada ! ot hop dada ! nous allons enlever une demoiselle, hop dada! Et nous la donnerons àToto, hop dada, hop dada !* La comédie de l'enlèvement ayant été menée à bonne fin, le petit homme attendait la consoninialion du mariage, que papa retardait toujours pour des raisons à lui connues. Cependant on ne nous dit pas que le père khond fasse e\'act(Muent coninio les Reddies de Tinevally, les Velhilah de Coimbatorc et tant de moujiks russos, {(îsquels prennent la peine de dresser