L ADULTERE A BON MARCHE
au jouget d'instruire dans la physiologie conjugale la grande fille qu'ils ont mariée au « gosse » et laquelle, en attendant épousailles officielles, mène le petit mari tambour battant. Au jour des noces, on fera remise à répoux de sa femme et de plusieurs enfants à lui, déjà grandets (i). Pendant les années d'apprentissage, Khondet s'habitue à marcher sous la direction de Khondette, sa légitime et sa prétendue tout à la fois. Quand il aura enfin le droit de parler en maître, pourra-til rattraper l'avance qu'efie a sur lui? ^
L'épouse est si peu traitée en esclave que, après six mois de cohabitation, le droit lui est reconnu de planter là le mari qui n'a pas su lui plaire. S'il lui prend fantaisie, elle s'en va pour ne plus revenir. En certains endroits, on lui permet de partir, qu'elle soit grosse ou non des œuvres de son mari ; elle emmène ses enfants en bas âge, sauf au père de les réclamer quand ils auront grandi. Ailleurs, on y met moins de complaisance; elle ne peut quitter élant enceinte, ou avant d'avoir sevré le nourrisson; mais on ne lui fait aucune difficulté si elle est sans enfants. En tout état de cause, le père de la malcontente est tenu de rembourser jusqu'au dernier sou que paya le mari divorcé. En réintégrant la maison paternelle, la jeune personne déclare par le fait reprendre son ancienne condition de fille. Mais si elle entend convoler en secondes noces, elle n'aura plus besoin de se faire enlever. Cent individus adultes fournissent une moyenne de soixantequinze célibataires, qui la recevront à bras ouverts si elle demande hospitalité. Si l'homme qu'elle distingue se dérobe aux avances, le clan tout
(i) Shorlt, Xeilghcrnj Tribcs.
entîep répond pour lui, se déclare Thôte de la belle, à laquelle on donne bon gîte et le reste, jusqu'à ce qu'elle se déclare satisfaite. Souvenir de polyandrie.
Au cours de sa carrière conjugale, la Khonde qui se; respecte a exercé son droit de mutation trois, quatre ou cinq fois. Rare anomalie, — la récipcoque n'est point admise pour le mari. S'il veut s'adjoindre une concubine, qu'il obtienne le consentement de sa légitime. Ne pouvant, comme sa compagne, arguer de l'incompatibilité d'humeur, il ne saurait divorcer qu'en cas d'adultère notoire, d'inconduite flagrante ou prolongée de la part de madame, à laquelle l'opinion est loin de tenir rigueur pour quelques coups de canif au contrat. S'il la surprend en conversation criminelle, toute voie de fait lui est interdite. Ce serait une honte, s'il frappait sa femme, lui manquait d'égards ou seulement insultait Tamant. S'il use de rigueur, il exclura Tinlldèle de son foyer pendant un jour ou deux, jusqu'à ce que l'autre ait soldé l'amende : un cochon, douze têtes de bétail, prix fixe et connu d'avance. Après encaissement, l'époux qui ne se tiendrait pas pour indemne, passerait pour ombrageux et difficile à vivre. En quelques endroits, cependant, le point d'honneur exige que, sans attendre la remise des dommages-intérêts, l'amant et le mari se prennent aux cheveux, se secouent gaillardement devant une impartiale assemblée qui applaudit aux bons coups. Toutes armes autres que les naturelles sont interdites; entre frères, concitoyens et cogentiles, coups de poing et coups de pied doivent suffire. D'ailleurs il n'y a pas eu adultère à proprement parler : un cousin a pris la place qui appartenait à un autre -cousin, mais tout s'est passé