‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 124 sur 149 · INFANTICIDE SENTIMENTAL · texte numérisé non relu

INFANTICIDE SENTIMENTAL

^i l'aient Thoroscope au moyen d'un livre : ils jetaient le poinçon avec lequel, pour écrire, ils égra- ^ignent les feuilles de palmier , le passage touché <lécidait de la vie ou de la mort. — La mort ?... Les parents prenaient l'innocente, la bariolaient de raies rouges et noires, l'introduisaient dans un grand pot neuf qu'ils bouchaient et couvraient de fleurs, — Testhétique enjolive jusqu'à Fassassinat, — portaient le tout dans la direction du vent désigné comme menaçant ; ils enfouissaient la marmite, saignaient un poulet par-dessus. Tout fini, il n'était question de rien.

On Ta déjà remarqué plusieurs fois : l'infanticide féminin est plus répandu chez les nobles races que chez les pauvres et les misérables. Les Radjpoutes aussi, peuple aristocratique et guerrier, qui a plusieurs traits communs avec les Khonds, fatigués de se ruiner en cadeaux de noces à leurs sœurs ou à leurs filles, auxquelles ils envoyaient magnifique dot, même quand on les leur avait enlevées (i), avaient imaginé de noyer les pauvres créatures dans un bain de lait tiède. Elles demandaient du lait, eh bien ! on leur en donnait du lait. Du lait tiède, remarquez-le ; car on eût manqué de cœur à les asphyxier dans un liquide froid au toucher. Où la sensibilité va-t-elle se nicher?

Faisons taire l'indignation qu'excitent ces actes dénaturés. Les primitifs, ne disposant que d'insuffisantes ressources alimentaires, ne croyant pas que les nouveau-nés aient une âme dont il vaille la peine de parler, font peu de cas des avorlements et des infanticides. Et combien de civilisés, dans Tlnde, en Chine et même ailleurs, qui regardent comme

(i) Elliot, Races of the N. W. provinces of India.

342 lES KOLARIENS DU BENGALE.

un malheur la naissance d'une fille ! Combien l'exposent ou la font mourir de faim lente ! Une secte doctrinaire a préconisé la pratique malthusienne, la disant un acte de haute prévoyance domestique. Que de réponses absurdes et cruelles a provoquées le problème social ! Les filles qu'on marierait difficilement dans leur rang, leur caste ou leur fortune, les peuples chrétiens et les nations bouddhistes les € mettent en religion », s'en débarrassent, les cloîtrent en couvents. Mais les non-civilisés préfèrent les tuer d'emblée : c'est moins hypocrite. Et les Khonds d'ajouter qu'ils ont à contre-balancer la consommation d'hommes qu'emportent guerres incessantes et combats héroïques. Infanticides à part, les parents montrent affection et tendresse pour leur progéniture. Soucieuse d't^lre mère, — d'un garçon s'entend, — la jeune femme importune les divinités pour avoir ventre béni. Si la grossesse se fait attendre, elle va pèleriner au confluent de ruisseaux ou rivières, où un prêtre l'asperge en prononçant des paroles sacramentelles. Longtemps à l'avance, elle s'inquiète du nom que le sort réserve à l'enfant, nom qui sera celui d*un des grands-parents, car les aïeux s'arrangent à renaître dans la famille. A la moisson ou autres travaux urgents, la mère s'attache au dos le nourrisson et le trimballe, ajoutant cette fatigue à celle de la faucille. Mais a-t-elle vraiment la simplicité de croire ce qu'enseignent les théologiens et astrologues de l'endroit? Que le Dieu Soleil, ayant constaté les funestes effets produits par la passion sexuelle, ordonna de limiter le nombre des femmes? Que les Jaisser vivre toutes, rendrait impossibles la paix et l'ordre social ? Que moralement et intellectuellement, elles sont inférieures aux seigneurs et

Page 1