‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 139 sur 149 · LITURGIE DU SACRIFICE · texte numérisé non relu

LITURGIE DU SACRIFICE

aux boues et aussi à la chair, autre limon. Le sang coûtait si peu jadis ! Mais revenons à notre texte (i) :

« Et par les vertus du sang répandu, commencèrent les semences à germer, les plantes à croître, Jes animaux à se propager.

« Et Dieu ordonna que, pour maintenir la Terre ferme et solide, elle fût arrosée de sang à chaque saison nouvelle. Ce qu'ont fait toutes les générations qui nous ont précédés!

« Assise sur une pierre, un jour Tari mangeait des pommes. Voilà qu'en les pelant, la déesse se coupe le doigt et le sang tomba sur le sol, humecta le terrain aride. Et tout aussitôt, de chaque goutte, de chaque gouttelette poussèrent des plants de riz^ et la campagne se prit à fleurir (2).

« Tari considéra le riz si dru, le riz si verdoyant. Elle comprit combien étaient grandes les vertus du sang. Si quelques gouttes seulement avaient fait cette abondance, quelle fertilité ne découlerait pas dé ses veines largement ouvertes ! Tari pensa donc à s'offrir en sacrifice. Tari se présenta, tendit le front au couteau, disant : « Me voici, je suis la mé- « riah, je viens pour être immolée (3). »

« Les Dieux et les hommes répondirent : « Tu dis « bien, tu fais bien, ô Tari Pennou ! Mais si nous « t'immolions une fois pour toutes, la vertu de ton € sacrifice irait s'affaiblissant de jour en jour. 11 vaut « mieux te sacrifier tous les ans et chaque fois « qu'on en aura besoin. »

« C'est pourquoi, ô Pennou, tu entreras dans le « corps des mériahs à la saison des semailles, ou « quand les mauvais esprits désoleront la terre,

(1) Plusieurs textes de rédaction légèrement différente ont été reproduits ci-après, sous une forme quelque peu condensée.

(2) Des fleurs jaillirent de la blessure faite à Odin par un sanglier. Ainsi les roses surgirent du sang de Vénus, quand elle se piqua aux ronces, en courant vers Adonis qui se mourait. Au même endroit, la Mère de Grâce, Notre-Dame marchant sur le rocher, se coupa au talon, et laissa derrière elle une traînée de ces fleurs qu'on a. depuis, appelées les « Roses de Jéricho», Sepp. Ht'idenlhum unil Clirislenlhiim,

(3) Cfr. Héhr. x. 7, etc.

€ souffleront les vents emiM>isonnés de la sèche- € resse, les miasmes de Taridité, de la pestilence. « Tu seras alors sacrifiée pour le bien de tous. »

€ E^jt la chose fut agréée entre Tari» lés Dieax et les J^ommes. Depuis, 6 Khonds, il en fût toujours ai^si,

« Pourquoi donc, peuple, te lamentes-tu? Et toi, mériali, pourquoi cner, pourquoi sangloter? Ce n*est pas ta faute ni la nôtre, ni celle des parents qui ront vendue. Tu as été achetée, tu as été payée. Nos sueurs et notre travail ont acquis ta i>er8onne, nous n^avons donc point péché contre toi. Il faut un sacrifice — toi, lui, elle, qu'importe ? Le sort est tombé sur toi, le Destin a prononcé. Quand, lasse et épuisée, la Terre doit porter des moissons nouvelles, comment lui rendre la force, sinon avec du sang? Donne le tien, donne-le donc, comme Pennou donna le sien sans hésiter ! »

Ouvrons une parenthèse. Soit que les aborigènes aient emprunté aux Indous cette partie de leur culte, soit que les deux religions aient même nature et même origine, on constate que la théorie khonde du sacrifice est identique à celle que développe le Bhagavat-Gita :

« En môme temps que Thomme, le Créateur créa le sacrifice, disant : C'est par la vertu du sacrifice que vous vous propagerez. Hommes, le sacrifice sera votre vache d'abondance. Par lui, vous ferez vivre les Dieux et les Dieux vous feront vivre. Vous faisant ainsi vivre les uns les autres, vous jouirez d'une heureuse existence. Mais qui mange, sans faire part aux Immortels de la nourriture qu'ils ont fait surgir, n'est autre qu'un voleur. Ceux qui sont honnêtes et probes pensent aux Dieux d'abord, à eux-mêmes ensuite. A ne se soucier que du ventre, on avale le péché. Il n'est de vie que celle qui provient des aliments, lesquels dérivent de la pluie causc^o par le sacrifice. »

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