IMMOLATIONS VARIEES
Sensiblement le môme quant au fond, le rituel variait quant aux détails de Texécution. La plupart des cantons avaient leur méthode particulière. La Divinité fêtée portait différents noms. Les uns invoquaient la Terre et les autres le Soleil, et dans ce dernier cas on immolait au moins trois hommes placés en ligne de Test à l'ouest. On lapidait, on assommait à coups de casse-téteou de lourds anneaux de fer achetés exprès ; on étranglait, on écrasait entre deux planches. On noyait en une mare de la jungle ou dans un baquet qu'emplissait le sang de porcs. Il y en avait pour tous les goûts. Ici, on administrait un narcotique à haute dose pour abréger les souffrances ; là, tout au contraire, on les voulait augmenter, prétendant que le sacrifice serait d'autant plus efficace qu'il avait été plus douloureux- Parfois la victime était rôlie à petit feu, supplice choisi comme cruel entre tous ; parfois elle était expédiée en un seul coup au cœur, et, dans la poitrine béante, le prôtre plongeait un marmouset de bois, le gorgeait de sang. Ailleurs, la mériah était attachée au poteau par les cheveux, quatre hommes écartaient ses jambes, étendaient ses bras en croix et le djanni la décollait. Ou bien, la saisissant par les quatre membres, ils la tenaient horizontalement, le visage tourné vers le sol ; le prêtre prononçait une courte prière, tranchait la nuque qui s'égouttait dans un trou; le sang s'épanchait à flots, lattant à la déesse chthonique. D'autres employaient un procédé plus compliqué : pour faire tomber la victime, tête baissée; dans la fosse, ils la suspendaient, sur le vide, par les talons et le cou. Afin de ne pas être étranglée, instinctivement, elle se retenait par les mains aux côtés de la tranchée, et le prêtre, avec la serpette, de la taillader aux chevilles, aux cuisses
et dans le dos ; au septième coup, il la décapitait. La chose faite, il fichait au poteau le fer rouge et gluant, Vy laissait jusqu*au prochain sacrifice. Après la troisième exécution, la lame avait bien mérité; on venait la détacher, en grande pompe lui donner ses invalides dans un temple. Autre méthode : le djanni forçait la tête du patient dans un bambou fendu, dont un assistant serrait les moitiés avec une corde. La foule n'attendait que le moment ; avec cris d'ivresse et rugissements de fauve, elle sautait à la curée, et chacun de travailler des ongles et du couteau; tous arrachaient un lambeau de chair palpitante, tous dépeçaient et déchiquetaient.
L'emploi du coutelas, observons-nous, témoigne encore d'un certain adoucissement de mœurs, car maintes hosties étaient déchirées à belles dents : témoin le chevreau qu'on lacérait vivant aux mystères de Bacchus Zagreus. Tout anciennement, c'était un homme qu'on mettait en lambeaux sur l'autel de Dionysos Omostès, Dionysos le Mange-Cru (i).
Tari, digne cousine de Moloch et € autres dieux de sang », n'est point la seule de son espèce parmi les divinités khoiides. A plusieurs autres génies, aériens, terrestres, souterrains, il faut du sang, beaucoup de sang. Si on ne les en gorge, le sol restera infertile et aride ; ni la pluie ni le soleil ne viendront en leur temps.
Les Celtes, nos anccHres, avaient aussi leurs mériahs ; ils achetaient des esclaves qu'ils traitaient largement, et, l'année révolue, les conduisaient au sacrifice en grand apparat. — Tous les douze
(i) Pliilarquc. Vitn Themisl.. XHI ; Pelojnm, XXÏ. — Cleinens,
Cohoiititiones tul (jenlett.