LE PHOQUE
tent, et qu'hivers exceptionnellement rigoureax dressent des barrières de glace à travers certains passages, comme il advint en 1879-1880, alors que des villages entiers furent emportés jusqu'au dernier habitant, notammaat eo Hle Saiiii-Laurent(i), dans les eaux d*ALtti», à mi route entre l'ancien et le nouFfiSii 4COSfinent. Le morse et les phoques (2) nsàenlt à Tlnoît les oiémes services qu'au Polynésien le cocotier, à FAustralien le kangourou et la myikiffviiée ; ils le fH>urrissent, rhabillent, passent eo sa personne et sur sa personne, le chauffent et réclairent, tapissent sa hutte à Textérieur et à l'intérieur. Avec la peau il construit ses bateaux et barques : kayaks, oumiaks, baïdarkas ; avec les intestins il se confectionne des surtouts ; avec les os il fabrique toutes sortes d'armes et d'outils ; l'ivoire du morse constitue la principale valeur d'échange. L'Esquimau relie l'homme au phoque, il a de cet animal, amphibie lui aussi, les habitudes, le caractère, l'apparence, même la physionomie ; ce n'est pas étonnant, puisque sur lui se dirigent constamment sa pensée et son désir. Il avoue avoir construit sa maison d'hiver sur le modèle que le phoque lui a donné dans son iglou. L'un comme l'autre est trapu, tout en tronc, vorace, mais gai, familial, avec de grands yeux doux et intelligents. A première vue, on n'a pas haute opinion de ces lourdes masses, mais en les observant de près, on s'étonne de leur voir tant de jugement et si bon caractère. Il est h noter que l'animal a l'amour plus jaloux que son compatriote humain :
« Au premier printemps les femelles sortent de la
(1) Autrement dite Eivngen.
(3) Phoca vilnlina. gnjpu'i grœnlnndira, etc.
20 LES INOITS ORIENTAUX.
mer, et les mâles se trouvent sur le rivage pour les recevoir. Ils les saluent en soufflant Tair par les naseaux, faisant un bruit terrible, signal de bataille. Ces monstres se soulèvent sur leurs nageoires, engagent une mêlée générale, dans laquelle les dents formidables de leur large gueule font terribles blessures. Couchées entour, les femelles sont les spec tatrices du combat dont elles sont le prix ; celui qui restera vainqueur sera leur époux, exerçant autorité absolue et se démenant avec fierté. Cependant, son domaine est suiet aux invasions ; les frontières sont souvent franchies par de petits détachements; les mâles qui avaient été écartés une première fois, rôdent aux environs, font des signaux que met à profit quelque femelle légère, tandis que le seigneur et maître est ailleurs occupé. S'il s'aperçoit du manège, il gronde dune voix furieuse, se précipite sur son rival et, s'il ne peut l'atteindre, tombe sur l'infidèle, lui laisse cuisants souvenirs. Néanmoins sa domination est rarement de longue durée, un des vaincus rentre en lice et l'évincé à son tour (i). »
C'est aussi une physionomie originale que celle de l'Ours polaire (2) ; si gauche d'apparence et pourtant si adroit en tout ce qu'il entreprend ; une fine et astucieuse tète de renard sur un grand corps dégingandé; son épaisse fourrure est un sac à malices. Sa chair fraîche est délicate, mais des plus indigestes ; aussi la laisse-t-on attendre, si la faim le permet ; quant à son foie, il passe pour un poison très dangereux, ce qui le fait rechercher par les sorciers. Les Inoïts reconnaissent Martin comme leur maître dans la chasse au phoque, racontent merveilles de son savoir-faire. Du haut d'un rocher où il a grimpj'î sans se laisser apercevoir, il guette les morses et veaux marins qui s'ébaudissent sur la
(1) Malte^Brun. Xauvellca Anniiles des Voyages, i85r»
(2) Ursus mariiimus, Thahissarrtos polaris.