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LE PARLER PHOQUE

plage. Que Tun arrive à portée, il lui cassera la tète avec une grosse pierre ou des blocs de glace lancés avec force et adresse (i). Martin parle phoque, flatte et fascine la pauvre béte qui pourtant devrait le connaître de longtemps, il l'endort par une incantation dont les Inoïts ont surpris le secret et qu'ils répèlent aussi exactement qu'il leur est possible. On pourrait croire que nous exagérons. Citons un témoin oculaire, le véridique Hall :

« Coudjissi « parlait phoque». Couché sur le côté, il se poussait en avant par une série de sautillements et reptations. Dès que le phoque levait la tête, Coudjissi arrêtait sa progression, piaffait du pied et de la main, mais parlait, parlottait toujours. Et alors, le phoque de se soulever un peu, puis, nageoires frémissantes, de se rouler comme en extase sur le dos et sur le flanc, après quoi sa tête retombait comme pour dormir. Et Coudjissi de se pousser à nouveau, de se glisser, jusqu'à ce que le phoque relevât encore la tête. Le manège se renouvela plusieurs fois. Mais Coudjissi s*approchant trop vivement, le charme fut rompu, le phoque plongea et ne fut plus revu. « I-ie-oue ! » fit le chasseur désappointé. Ah ! si nous savions parler si bien que rOurs (2) ! »

Si le phoque, si Pours devaient croire ce qu'on leur chante, les < mots qu'on leur parle », prendre ces animaux, les tuer, les écorcher, les manger, ne seraient que détails accessoires, formalités obligées pour fournir aux Inoïts l'occasion de les appro-^ cher, de leur présenter les hommages les plus sincères et respectueux. Cependant le chasseur qui a fait le coup se tient généralement ren-

(1) Salare, i883, J. Rae.

(2) Hall, Life wilh ihe EsquimniiXt

22 LES INOITS ORIENTAUX.

fermé dans sa hutte pendant un ou plusieurs jourg, suivant Timportance de Tanimal abattu. Il craint le ressentiment de sa victime. Mais, comme il est toujours des accommodements avec les pouvoir» de Tautre monde, si le temps presse et que la chasse donne, il sera licite d'additionner les pénitences encourues, et de faire toutes les expiations en bloc ou par série, en semaine plus opportune. En attendant, on hisse, au plus haut des perches qui soutiennent l'iglou, la vessie de Tours, poche dans laquelle le chasseur dépose ses meilleures pointes de lance et de harpon. Si la béte était une ourse, la vessie contiendra les verroteries et colliers de la femme, ses joyaux en cuivre. Le paquet ne sera descendu qu'après trois jours et trois nuits. Magie rudimentaire : puisque la vessie est pour les Esquimaux le siège de la vie, elle communiquera aux objets qu'on y place, les vertus physiques, morales et intellecluelles de l'ûme qui l'habitait naguère. Il n'est pas inutile de nientioimer, h ce propos, qu'une vessie attachée au-dessus de leur célèbre bateau, le kayak, le rend insubmersible, épargne à cette périssoire d'innombrables chavirements. Ajoutons que les lanières attachées aux harpons, sont toujours pourvues d'une vessie gonflée qui fait surnager le tout quand Tanimal plonge sous l'eau, après avoir été blessé.

Ce n'est pas à dire ([ue la doctrine inoïte fasse de la vessie l'unique réceptacle de l'esprit. Le foie, 4c l'immortel foie », pour emprunter une expression de Virgile, est un autre siège des destins. Le chasseur qui vient d'assommer un phoque, communiquera de sa chance au camarade revenu bredouille, s'il remet le foie à un sorcier qui, séance tenante, l(^ passe à l'cnguignonué ; l'engiiignonné lentement

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