UN PALAIS DU NORD
Les huttes OU iglous montrent de notables différences, et varient suivant les matériaux. Fréquemment, il y a maison d'été et maison d'hiver ; celleci établie avec un soin particulier, car les froids de 3o à 5o degrés ne sont pas rares. Un type fort approuvé est celui de la maison-cave. Les parois s'enfoncent dans le sol jusqu'à la hauteur du toit ou à peu près; le toit lui-même est recouvert d'une couche de mottes gazonnées ; on pénètre dans le terrier par le trou de fumée. Le bois, s'il yen a, est économisé le plus possible, et ne s'emploie qu'en châssis, montants et travées. Pour autres usages, on lui substitue divers matériaux, tels que plaques de schiste, côtes d'ours et vertèbres de baleine, dents de morse ; on remplace briques ou planches par des peaux tendues le long des parois.
Voici la description que nous fait Haycs d'un palais du Nord, la plus somptueuse bâtisse de toute TEsquimaudie :
« La maison du gouverneur danois d'Upernavik, construite dans le même style que celles du village et de toutes les habitations mdigènes du Groenland, est relativement grande et commode. Le vestibule, moins long que dans les huttes ordinaires, ne sert pas de chenil aux chiens de tout âge, le propriétaire étant assez riche pour donner à ces membres de la famille esquimaude le luxe d'une demeure séparée. Ce corridor est haut de quatre pieds au lieu de trois, et l'on court moins de risques à se heurter le crâne en entrant. Le toit, le sol, les parois, tout est garni de planches apportées des entrepôts danois. Les huttes du commun ne mesurent que douze pieds de long sur dix de large. La maison du gouverneur a, comme celles-ci, une seule chambre, mais de vingt pieds sur seize. Les murs, hauts de six pieds et épais de quatre, sont, comme partout, construits en pierre et gazon. Le toit est formé de planches et de
madriers à peine équarris. Le tout est recouvert de mottes. En été, à cinquante pas de distance, la cabane a l'air d'un monticule verdoyant, et se confondrait avec la pente herbeuse, n'était le tuyau de poôle qui fait saillie, et la fumée du charbon danois qui s'en échappe. Le pays ne produit d'autre combustible qu'une mousse sèche, les natifs Timprègnent d'huile de phoque, la brûlent dans le plat de stéatite^. qui sert à la fois de lampe et de foyer. Au milieu de la chambre, le sol s'élève d'un pied ; sur cette estrade nous prîmes place avec les différents membres de la famille. Au fond, des sacs d'édredon étaient empilés. Quand vient l'heure du sommeil^ chacun étend sa couchette où il veut. Ni murs, ni paravent ; les jeunes filles prennent un côté de la case et les garçons l'autre. »
Plus au nord, les huttes de mottes gazonnées deviennent plus rares, au moins pour les habitations d'hiver. La terre presque toujours gelée, étant trop difficile à travailler, on se construit des ruches ou fours, en cubes de neige, disposés en couches annulaires qui vont s'amincissant. Les Itayens disposent leurs blocs en spirales conduites avec une rigueur géométrique. Ce mode parait unique, et l'on ne cite aucun autre exemple de ce système architectural. John Franklin s'écrie qu'une de ces huttes fraîchement terminées est une des plus belles choses qu'ait formées la main des hommes :
« La pureté des matériaux, 1 élégance de la construction, la translucidité des parois à travers lesquelles filtre la plus douce des lumières, réalisent une beauté qu'aucun marbre blanc ne saurait égaler. La contemplation d'une de ces huttes et celle d'un temple grec orné par Phidias laissent la môme impression : triomphes de l'art l'un et l'autre, ils sont inimitables chacun dans son genre. »
Mais avec une ou plusieurs familles claquemurées