‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 20 sur 149 · INTÉRIEURS · texte numérisé non relu

INTÉRIEURS

en un étroit espace, sans ventilation par portes ni fenêtres, au milieu d'une accumulation multiple : herbes, viandes pourrissantes, poissons qui aigrissent, huile rance, débris et déchets de toute nature, que devient, que peut devenir la propreté ? Ces huttes que nous ne pouvions trop adiAirer quand elles venaient d'être terminées,^t qui, du dehors, nous plaisaient si bien par leur forme ovoïde et leur blancheur immaculée, et vues de dedans, par la lumière pâle et suave qui les traverse ; ces huttes, à peines habitées, ne sont plus que des bouges infects, ignobles réceptacles d'immondices. Notoirement sales et malpropres, les Inoïts prennent à l'occasion un bain de vapeur ; mais, en temps ordinaire, ils éprouvent une répugnance insurmontable à l'endroit des ablutions, préjugé dont on devine les résultats au milieu d'une agglomération de digestions en travail. Par suite des ordures et du manque d'air, l'intérieur des huttes répand une puanteur presque insupportable, à laquelle contribuent des sacs de peaux ; la viande attend pendant plusieurs mois, se faisande de la belle manière. A l'entour, le sol est jonché d'innombrables ossements de morses et de veaux marins, mêlés à des lambeaux infects, à des crânes de chiens, d'ours et de rennes, même à des débris humains.

Le mobilier de ces demeures est à Tavenant. Ross décrit les outils et instruments comme mesquins à l'extrême : traîneaux non pas en bois, mais en os, lances qu'appointe la dent du narval (i), pauvres couteaux dont la lame est incrustée de fer météorique (2) , parfois à l'état de minerai.

[i) Monodon monoceros.

(2) Pallas.

« Un Esquimau, ayant entendu sonner une pendule dans un établissement danois, demanda si les montres parlaient aussi. On lui présenta une montre à répétition :

— Demande l'heure toi-même !

— Madame et très excellente personne, serait-ce un efïet de votre bonté de vouloir biea me dire rheure ?

Onpressa le bouton, et... « Troisheuresun quart», fît la montre.

— C'est bien cela, répondit le brave homme.

Madame, je vous suis fort obligé. »

Particularité des Itayens : ils ne connaissaient les arcs et les flèches que de nom, bien que les autres Inoïts soient dhabiles archers, et même que plusieurs aient appris à manier adroitement le fusil.

Autre observation importante : Ces Itayens n'ont aucune espèce de bateau. Ross n'en revenait pas. Comment une population du littoral maritime, Comment une population de pécheurs peut-elle être dénuée des moyens de navigation qu'on possède dans le voisinage ? Comment n'ont-ils pas imité un instrument nécessaire, un instrument des plus simples, au moins en apparence, et qu'ils connaissent de vue ou par ouï dire ?

Xane confirme ce renseignement, dit qu'ils ne connaissent les kayaks que par tradition, bien que les Esquimaux comptent parmi les plus hardis marins, les plus experts canotiers, et que leur existence soit tellement liée à la mer que la barque constitue leur unité sociologique. Dans un village hyperboréon, on compte les barques, comme ailleurs on compte les feux : tout chef de famille doit être maître de bateau. — « Si les Itayens avaient des barques, observe Hessels, ces pauvres gens poursuivraient les bandes de narvals, se livreraient à

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