COUTUME
de fructueuses pèches, s'épargneraient des lamines longues et cruelles. Et quand ils sont à bout de ressources et réduits à la dernière extrémité, ils feraient mieux qu'attacher leurs traîneaux les uns aux autres, les lancer à l'eau» système dangereux autant qu'incommode... » Notre observateur ne s'explique ce manque de bateaux que par l'hypothèse d'une dégénérescence : la peuplade, mieux lotie autrefois, aurait connu Fart de la navigation ; pour une cause ou une autre, elle l'aurait désappris.
Cette insouciance extraordinaire semble dépasser lé vraisemblable, chez des gens qu'on ne voit en aucune autre matière se montrer plus stupides que leurs congénères et proches voisins. Jusqu'à mieux informé, et sans prétendre trancher la difficulté qui embarrassait des observateurs aussi fins que Ross et Bessels, nous adoptons l'explication suggérée par Rink. Tout au nord, dit-il, la mer est gelée trop souvent pour que les bateaux et kayaks y soient de profitable usage. Poussant très loin la division du travail, les Itayens se seraient jetés exclusivement dans les pratiques de la chasse, négligeant celles de la pêche, estimant, peut-être à tort, qu'ils perdraient leur temps à la construction et la manœuvre difficiles des kayaks, baïdarkas et oumiaks.
Très pratique dans son genre, le costume dos Inolts est même susceptible d'élégance, — demandez plutôt aux officiers et matelots qui ont eu l'honneur de danser avec de coquettes Groenlandaises. A première vue, il paraît de coupe identique pour les hommes et les femmes, mais ces dernières l'allongent en forme de queue et le garnissent d'un plus large capuchon, où la mère loge son petit qui s'y blottit confortablement, à moins qu'elle ne le
fourre dans une de ses bottes. Le surtout (i), fabriqué avec des intestins de phoque, égale en imperméabilité nos meilleurs caoutchoucs et les surpasse en légèreté. En certaines localités, le sexe masculin adopte un vêtement de plumes; le féminin, de fourrures ; ailleurs, l'habit est double : plume par-dessous, poil par-dessus. Les jeunes personnes portent des bottes blanches , de peau souple et douce , les mariées des bottes rouges. Pour indiquer leur tribu, les hommes se taillent les cheveux, et les femmes se font à la figure des tatouages spéciaux.
Sans recourir au peigne, la maman fouille les cheveux du mioche et se paie de sa peine par le gibier qu'elle recueille. Souvent, les commères s'accroupissent en cercle et organisent une battue générale. Prestes comme guenons, elles fourragent dans les tignasses poissées ; les mains vont et viennent de la tète à la bouche et de la bouche à la tête. Sitôt vu, sitôt croqué.
Ce soin est une des fonctions de la femm^ primitive : tout amateur de contes et d'antiques légendes n'a pas été sans remarquer comment, dans toutes les grandes scènes d'amour, le héros s'assied aux pieds de la vierge, qui lui prend la tète entre les genoux, l'épouille et, de doux propos en doux propos, le magnétise et Tendort.
Les belles Esquimaudes usent d'un bâtonnet terminé en spatule, faisant office d'un doigt allongé ; elles s'en grattent le dos, fouillent les profondeurs du vestiaire. On dirait le petit instrument copié sur les grattoirs en ivoire, que les fournisseurs du monde élégant exposent dans leurs somptueuses vitrines de la rue Richelieu, de Piccadilly et de Régent Street :
(i) Okouschek,