LAMPE-FOYER
zone torride, on ne fait moindre usage du feu qu'au milieu de ces neiges presque éternelles. Occupés constamment à brCder de Thuile et de la graisse dans leur estomac, les Inoïts, d'haleine ardente, ne recherchent pas les feux de bois ou de charbon. « Ils sont toujours altérés, dit Parry. Quand ils me visitaient, ils demandaient toujours de l'eau, en buvaient de telles quantités qu'il était impossible de leur fournir la moitié de ce qu'ils eussent voulu. » — Le froid, remarque Lubbock, est plus nécessaire que la chaleur aux habitants de ces maisons en neige dans lesquelles la température ne peut s'élever au degré de la glace fondante, sans que le toit ne dégèle et ne suinte, ne menace de pleuvoir et de s'écrouler sur ceux qu'il devrait abriter. Inconvénient grave, auquel on remédie tant bien que mal en tendant des peaux sous la voûte et sur le pourtour de la muraille, qu'on a eu soin de ne pas faire trop épaisse, pour qu'elle reste pénétrée de la froidure extérieure. Appendus aux parois, des sacs, comme en ont les équarrisseurs, renferment des viandes qui, pour se conserver fraîches, devraient rester constamment gelées, mais qui ne tardent pas à exhaler des miasmes puissants et subtils, qui transforment bientôt le taudis en un charnier inhabitable pour des Européens. Môme dans leurs cabines étanches, les officiers deVAlerle accueillaient mal toute hausse du thermomètre. Vêtus de leurs fourrures, la chaleur les fatiguait dès que la température extérieure montait à.plus d'une quinzaine de degrés an-dessous de zéro (i).
La saison la plus malsaine, nous dit-^on, est le printemps, alors qu'il fait trop chaud pour rester,
(i) A.-II. Markham. la Mei (ilnrèe du jiôlc.
36 LES INOÏTS ORIENTAUX.
trop froid pour sortir. Dans ces huttes soigneuse'' nient calfeutrées, où Ton ne pénètre que par de^ passages souterrains, la chaleur que dégagent 1^^ respiration et la combustion des huiles et graisse^ dispense presque de toute autre source de chaleur* Au milieu du bouge brûle une lampe sur laquelle on met à fondre la neige qui servira de boisson. Au-dessus, le mari fait sécher ses bottes, dont le cuir racorni est ensuite ramolli par l'épouse, qui le mâchera bravement entre ses puissantes molaires. On cuisine à cette lampe, on s'y éclaire pendant la longue nuit, qui, du soleil couché à son lever, ne dure pas moins de quatre mois.
Spectacle digne d'intérêt que ces pauvres gens groupés autour d'un lumignon fumeux. Tous les auteurs ont fait remonter les civilisations à l'invention du feu, et ils n'ont pas eu tort. L'humanité, autre que la bestiale, naquit sur la pierre du foyer. Le feu rayonne la chaleur et la lumière, double manifestation d'un même principe de mouvement. Sans trop réfléchir, on a donné à l'action calorique une prédominance qui appartient plutôt, nous semblet-il, à l'action éclairante. Nous le voyons bien par l'exemple de ces Hyperboréens, qui, dirait-on, auraient plus que personne besoin de recourir aux sources artificielles de chaleur ; ce qu'ils ne font guère. Mais ils ne se passent point de lumière. Et s'ils s'en passaient, on ne voit pas en quoi ils seraient réellement supérieurs aux ours, leurs rivaux, et aux phoques dont ils font leur pâture. Nous attribuons à la lampe, plutôt qu'au foyer, moins à la chaleur qu'à la lumière, la transformation en hommes des anthropoïdes plus ou moins velus.