‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 25 sur 149 · MALPROPRETE · texte numérisé non relu

MALPROPRETE

. ^'<^norme alimentation développe une clialenr

inlériçypQ qui a pour résultat inattendu de rendre

^^uimaux et Esquimaudes remarquablement pré-

^^ces. En ces contrées arctiques, la puberté s'acquiert

{^''esque aussi rapidement que dans les pays tropi-

^^iix, et il n'est point rare de voir des fillettes,

^^nie de dix à douze ans, se marier avec des gar-

. ^^ns à peine plus âgés. Les éphèbes des deux sexes

^^ tiennent à part autant que possible, tout au

f*^oins pour les jeux ; une stricte réserve leur est

*^posée.

La maisonnée n'aime pas à renoncer aux services '^^ SCS jeunes filles. Nombre de contes populaires ^ous les montrent empêchées par les frères d'épouser ^^amoureux (i). Ce n'est pas la dot qui arrête : elles apportent un couteau comme en ont nos selliers, ^n coupoir, un racloir, et enfin, si les moyens le permettent, une lampe; en retour elles recevront un Costume complet; quand elles l'acceptent, affaire conclue. Presque toujours, le jeune homme simule le rapt et la violence ; il est, jusqu'à un certain point, sous l'obligation de se livrer à des voies de fait sur la personne de sa préférée. Sitôt après les noces, les conjoints ne gardent plus de ménagements, semblent étrangers à toute pudeur, et les missionnaires de s'indigner (d de tancer leur indécence, leur sans-gène excessif (2). Ces grands enfants n'ont pas dépassé la période de l'animalité, ont encore à apprendre que tous les besoins physiques ne doivent j)as être satisfaits en i)ublic. Ils s'excusent en montrant l'espace exigu dans lequel ils sont renfermés pendant de longs mois d'hiver : un trou sous la

(1) Riiîk, Esquimo Taies.

(2) Grundemonn, Kleine Mi.s{>ions Bibliolhek.

neige, où, toujours accroupis, ils ne peuvent même s'étendre pour dormir.

La promiscuité dans laquelle ils se vautrent excite, à bon droit, notre dégoût. Mais prenons garde d^ nous ^n prévaloir comme d'un mérite, et de nousv targuer d'une moralité due à plus de confort.

Tous les voyageurs constatent que, chez les Inoïts, le nombre des femmes l'emporte notablement sur celui des hommes, anomalie dont on n'est pas longtemps à découvrir la cause. Dans leurs expéditions si périlleuses, maints pécheurs se noient mal gré leur habileté à conduire leurs batelets par les plus grosses mers. 11 en est du kayak comme de la cruche qui tant va à la fontaine qu'elle casse. Conséquence de cette mortalité masculine : la polygamie. Les voisins se font un point d'honneur de pourvoira l'entretien de la famille qui a perdu son chef. Quelqu'un se dévoue, épouse la veuve et adopte les enfants, eût-il déjà les deux sœurs^ ou la mère avec la fille (i). Les Itayens, dépourvus de barques et disposant de moindres ressources alimentaires, sont, par contre, moins exposés aux périls de la mer. Par suite, leur population masculine équilibre la féminine. Chacun a sa chacune et pas davantage. Mais cette monogamie n'est qu'apparente. En ce lieu, toutes ont été faites pour tous, suivant la loi formulée au Roman de la Rose. La chasteté n'est point une vertu esquimale. Quand souffle certain vent du sud, mainte femme va courir le guilledou, elle sait une hutte avec compère au logis et com-

(i) Cranz.

CONJLGALITE. 39

mère eu maraude. Ainsi débute rinstitution matrimoniale, à l'endroit où commence Tespèce humaine. Les adultères sont aventures quotidiennes, et sur ce point les maris ne cherchent point querelle à leur moitié. A une condition pourtant, c'est que leur épouse n'ait cherché à se distraire qu'auprès d'un autre époux auquel on l'eût prêtée volontiers, pour peu qu'il en eût fait la demande (i). Entre les membres de l'association maritale, il y a compte courant et crédits largement ouverts. Chez les Esquimaux comme chez les Caraïbes del'Orénoque (2), pourvu que la partie se joue entre compagnons, ce qu'on perd pourra se rattraper. Mais la chose prendrait autre tournure, si la légitime s'oubliait avec un célibataire auquel la loi du talion ne serait pas applicable.

Curieux débris d'une époque primitive, que cette confraternité de maris, qui s'approprie la collectivité des femmes et la totalité des enfants. La tribu est alors une grande frérie. Passent pour frères tous les éjpoux et pour sœurs toutes les épouses ; sont frères tous les cousins, sœurs toutes les cou sines : une génération de frères succède à une génération de frères.

En nos sociétés policées, tout enfant qui voit le jour a la vie acquise, au moins s'il est bien constitué ; les parents qui tuent leur enfant sont, par les législations actuelles, punis presque aussi sévèrement que tous autres meurtriers ; et de plus l'opinion les voue à l'opprobre. Mais on se tromperait

(i) Ross, Second Voi/(i</e, (:î) Gumilla.

40 LES INOÏTS ORIENTAUX.

fort en pensant qu'on a toujours donné si grande valeur à la vie d'un petiot — la faiblesse même — qui n'est encore qu'une promesse, rien qu'une espérance lointaine. Nul fait peut-être ne mesure mieux les progrès accomplis par notre espèce depuis l'époque glaciaire, — les progrès moraux, d'une lenteur désespérante, ne deviennent sensibles que sur de vastes périodes. Nos ancêtres n'admettaient pas que le nouveau-né eût droit à l'existence. La mère l'avait laissé tomber par terre ; il devait y rester jusqu'à ce que le chef de famille — nous allions dire le père, — jusqu'à ce que le maître le ramassât ou permît de le ramasser. Avant qu'il eût fait signe, l'objet ne valait guère mieux qu'une motte, ce n'était encore qu'un peu de terre organisée. De là, ces innombrables légendes d'enfants portés au désert ou dans la forêt, exposés en un carrefour, mis sur une claie d'osier et abandonnés au fil de l'eau. Pour quelques-uns qui furent recueillis, nous dit-on, ou allaités par des biches, des louves et des ourses, combien furent dévorés, combien de déchiquetés par les corbeaux (i) ! De là (Micore, ces jours néfastes, dans lesquels l'enfant ne naissait que pour être mis à mori ; de là, ces horoscopes funestes; les lois cruelles (\m décimaient les gansons, tierçaient les filles (2) ; de là, ces pratiques odieusement bizarres [)Our décider de la légitimité ou de l'illégilimité des naissances ;... pures allégations, misérables prétextes. La pureté de la race, les arrêts des Parques, n'étaient mis en cause (jue pour les dupes. Combien plus simple la réalité! On ne pouvait nourrir qu'un petit nombre d'enfants, donc il fallait se

(1) Comme à Madagascar.

(2) RadJiiouJaiia, les Todas. etc.

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