RIT8 FUNERAIRES
camarade veut bien lui octroyer ; mais, le plus souvent, il s'adresse à un robuste gaillard qu'il paie et aposte exprès.
Aux vieillards, aux gens affaiblis, décidément inutiles, on demande s'ils n'en ont pas assez ? Il est de leur devoir, il est de leur honneur, de répondre oui. Là-dessus on maçonne, au champ des morts, une fosse ovoïde qu'on remplit de mousse, et aux extrémités on roule des pierres grosses et pesantes qui fixent deux perches horizontales. Sur Ja pierre du chevet, on égorge un renne dont le sang se i*épand à flots sur la mousse, et sur cette couche rougie, tiède et douillette, le vieillard s'allonge. En un clin d'œil il se trouve ficelé aux perches, et on lui demande : — Es-tu prêt? Au point où en sont les choses, ce serait honte et sottise d'articuler une réponse négative, que d'ailleurs on ferait semblant de ne pas entendre. — « Bonsoir les amis! » On lui bouche les narines avec une substance stupéfiante ; on lui ouvre l'artère carotide, et au bras une grosse veine ; en un rien de temps il est saigné h blanc,
L'opération chirurgicale est accomplie par les notables, ou simplement par des femmes, selon la considération dont jouissait l'individu. Si. on tient h des obsèques particulièrement distinguées, le corps est brûlé avec celui du renne, qu'on présume servir h festins dans l'autre monde. Si le défunt appartient au vulgaire, on l'enterre purement et simplement, et les « affligés » se feront un devoir de manger h son attention le renne, dont ils briseront les os... Pourquoi? Probablement pour que l'animal ne renaisse pas sur terre et reste propriété du mort dans l'Hadès tchouktche.
Quand des mœurs pareilles se sont perpétuées
62 LES INOÏTS ORIENTAUX.
chez un peuple hardi, tant soit peu guerrier et pirate, les hommes tiendront à honneur de mourir sur le champ de bataille. Au besoin, ils prétexteront des duels pour se faire expédier par leurs intimes, à la façon des Scandinaves. Ils diront, comme les anciens Hellènes : Qui meurt jeune est aimé des dieux.
Les rits funéraires sont moins uniformes que toutesautres coutumes. La majeure partie des Esquimaux ensevelissent leurs cadavres sous un amas de pierres ou en crevasses de rochers ; des Groenlandais et Labradoriens les jettent à la mer ; leurs congénères d'Asie les brûlent, les enterrent ou les font manger aux bêtes. Chacun estime sa manière la meilleure. Mais il est de croyance générale que la mort n'est pas le terme de l'existence. Que les défunts exercent sur les vivants une action variée et généralement funeste. Qu'ils sont méchants pour la plupart, au moins à l'état de revenants. Qu'ils passent leur temps à souffrir le froid et la faim. On s'abstient autant que possible d'approcher leurs demeures, .surtout si elles sont occupées depuis peu ; mais le passant pieux dépose sur les tombes au moins une miette de nourriture. A la grande cérémonie d'adieu, les amis et connaissances apportent de la viande, dont chacun coupe deux morceaux, un pour lui, un autre pour le mort : « Tiens, mange ! » ils tailladent une couverture : « Tiens, couvre-toi ! » Le couteau dont on fait usage est dissimulé par les assistants qui rangés en cercle se le passent par derrière, comme cela se pratique dans un de nos jeux innocents : le furel du bois joli. Et pendant que la lame circule, chacun parle au mort pour distraire son attention, chacun a quelque chose de particulier à lui dire.