DEUIL
En signe de deuil, la veuve itayenne modifie son costume, s'abstient de certains aliments, de diverses occupations. Elle se prive, par devoir rigoureux, de tout soin de propreté. Les amis se bouchent une narine avec un tampon d'herbes, qu'ils n'ôtent de plusieurs jours : naïf symbole : — « Nous ne respirons plus qu'à demi, nous sommes à demi morts de chagrin... » Ceux qui souffrent réellement se mettent en quête d aventures périlleuses, pour absorber leurs regrets dans la fatigue physique, et noyer leur douleur dans l'excitation passionnée que procure le sentiment du danger.
A la Toussaint, à nos « messes du bout de l'an » correspondent là-bas fêtes et anniversaires que, suivant les cantons, on célèbre assez diversement ; mais partout on danse, on saute, on joue des pantomimes qui ont la prétention d'être des biographies ; on festoie aux dépens de la famille qui se démunit de tout pour bien faire les choses, distribuer largement de la victuaille et des fourrures. Ceux qui ne peuvent davantage ne donnent que des bagatelles, mais personne ne s'en retourne à vide.
A propos des silhouettes découvertes sur les fossiles de Thayingen, on contestait aux peuples enfants la faculté de produire des dessins qui seraient supérieurs aux barbouillages d'écoliers.
A cette assertion aprioristique, il a été répondu par de nombreux exemples : lesBochimans, les Aus traliens, et tant d'autres. Nos Inoïts représentent assez correctement des scènes de chasse et de
(0 Dali, AlashQ.
pêche, des ours, phoques et baleines (i). Cailloux pointus, mauvais couteaux, ivoires d'une dureté extrême, cornes raboteuses, os de courbure irrégulière, combien ingrate la matière, combien rebelles les instruments ! Rink a fait illustrer son volume de Contes Inoïls par un artiste du crû, dont les dessins naïfs, mais très expressifs, pourraient passerpour de ces anciennes estampes que se disputent les amateurs. On recommande aux connaisseurs une collection de bois (i) gravés par des naturels.
Ces Esquimaux possèdent à un haut degré le sens de la forme et des proportions relatives; ils ont l'abstraction géométrique si facile, qu'ils ont dressé des cartes de leur pays assez exactes pour servir utilement aux explorateurs. Les plans de Noutchégak et autres localités, levés par Oustiakof, un de ces sauvages, ont passé longtemps pour être suffisamment corrects. Hall a orné son livre d'une planche de Besciie Harhour, œuvre de Coudjissi. Rey montra une de ses cartes marines à un indigène, qui la comprit fort bien, demanda un crayon, en traça une autre avec un plus grand nombre d'îles, — addition précieuse (2). Ces talents ne laissent pas que de rehausser les Esquimaux, et de leur donner quelque importance dans l'étude de la mentalité. Des Indous et Parsis, des Tamouls et Musulmans, fort intelligents sur d'autres points (3), ne comprennent rien à nos images, dessins et photographies, montrent sur ce point une maladresse qui étonne. Un savant brahmane, auquel on faisait voir un portrait d'un cheval, vainqueur au Derby,
{\) Kaladlil Assialiait. Imprimée à Golhneb, du Groenland, par Mœller el Bcrthelsen, 1860.
(2) Yiile, Ava.
(3) Ross, Second Voyage.