EAU DE TOILETTE
savon sur leur table à toilette ; mais pour ceux qui ne possèdent pas ce détersif? — Ceux et celles qui liî possèdent, ignorent peut-être que môme les gants, articles de grand luxe et de haute élégance, faits pour recouvrir blanches mains et bras dodus, sont imbibés d'un jaune d'œuf largement additionné dudit liquide ambré ; préparation indispensable, paraît-il, pour donner aux peaux la souplesse et l'élasticité requises. Longtemps cette même substance communiqua aux croûtes du hollande leurs belles «couleurs orangées, et au tabac de Virginie quelque chose de son arôme pénétrant (i). Encore aujourd'hui, dans plusieurs pays civilisés, — à Paris même, — de nombreux individus, inhabitués à la glycérine mousseuse et au lait d'amandes amères, entretiennent un préjugé en faveur de la lotion aléoute, qui nettoierait mieux qu'aucune autre substance, et même entretiendrait la santé ; assertion contestée par les médecins qui attribuent h cette eau de toilette certains cas d'empoisonnement et d'ophtalmie purulente. La coutume était universelle. — « Nettoyer ses dents avec de l'urine, mode espagnole », dit Érasme (2). Les Espagnols la tenaient de leurs ancêtres préhistoriques :
« Pour se laver et se nettoyer les dents, les Cantabres, hommes et femmes, emploient l'urine qu'ils ont laissée croupir en réservoirs (3).
« Bien que soigneux de leurs personnes et propres dans leur manière de vivre, les Celtibères se lavent tout le corps d'urine, s'en frottent même les dents,
(1) Malte-Brun, Annale.s, XlV. Description de la Guyane. ':i) De rwililale monini pnerilinn). 3. Strabon. 111, IV, lO.
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estimant cela un bon moyen pour entretenir la santf^ du corps (i).
Xunr Celtiber, in celtiberiû terra,
Quod quiaque minxit, hoc solet sibi mane
Denteni atque russani defricare gingivam (2). .
Nul ne s'étonnera que les Ouahabites(3) et les Ou — Gogos de l'Afrique orientale (4) en fassent toujours autant. Mais on a ses préférences. Ainsi Arabes et Bédouins recherchent l'urine des chamelles (5). Les Haniancs du Momba se lavent la ligure aVec de l'urine de vache, parce que, disent-ils, la vache est leur mère (6). Dite substance est aussi employée par les Silésiennes contre les taches de rousseur (7). I.es Chewsoures du Caucase la trouvent excellente pour entretenir la santé, et développer la luxuriance de la chevelure. A cette fin ils recueillent soigneusement le purin des étables, mais le liquide encore imprégné de chaleur vitale passe pour le plus énergique. Les trayeuses llattent la béte, lui siflleiil un air, chatouillent certain organe, et au momenti)récis avancent le crâne pour recevoir le flot qui s'éi)anche ; la mère industrieuse fait inonder la tête de son nourrisson en même temps que la sienne (8).
Tels furent, Ma sont les débuts de la i)ropreté du corps.
-—fit*- —
(1) Diodore, V, HA.
''A] Cjilulle. Kpignuiimes. 89.
'^) Krapf, licise in (hl Afrika.
(V Maltzan. ^\ allfahrl nnrh Mckhi.
\i)] Von Seel/.en.
<C' Krapf.
171 nodin. Eur(t]ni.
TOILBITE. 76
* L'industrie ciléoute représente exactement celle ^^o possédait Tâge du renne. » Ainsi s'exprime ^^* Cartailhac» homme eompéteftt.
^rtes, eïfe était primitive, cette industrie. Qui ^^ait besoin de colle s'appliquait un coup de poing ^^'f le nez, sachant que le sang est une matière ^STglutinante. Aujourd'hui, les gens sont mieux pourvus. Habitation, outils, mobilier, costume et '^^ligion, s'inspirèrent rapidement des modèles Qu'avaient apportés les commerçants russes et Qu'imposèrent les conquérants. Les marchandises ^G provenance américaine n'ont pas été longues à se Substituer à celles qu'envoyaient naguère Péters- ^ourg et Moscou. Les étoffes de drap, môme la linge- ^^^, envahissent les garde-robes, mais ne sauraient s<î substituer entièrement aux fourrures du pays ; les Sommes ont d'excellentes raisons pour ne pas abandonner tout à fait un costume qui leur va très bien, ^t qu'elles enjolivent de franges et verroteries. Les hommes aussi sont restés fidèles au costume ^u plumage d'oiseaux marins, sur lequel l'eau &Hsse sans mouiller. Ils font usage de souliers en P<>au de poisson, mais cette chaussure ne doit pas approcher le feu, sous peine de racornir et ramollir; ^^ï peu d'instants elle serait mise hors d'usage. On porte des bas tressés avec une herbe des marais. I^e la dépouille des esturgeons, on se confectionne ^«s manteaux très convenables. Les hommes s'affublent volontiers d'un mufle et d'une queue de Wp (i).
Naguère, les Aléouts se faisaient remarquer par lour amour de la parure et du tatouage ; mais Taffreuse oppression qu'ils ont subie leur a fait perdre
« /.ajioskinc.
«76 LES INOÏTS OCCIDENTAUX.
cette vanité (i). S'ils se barbouillent quelquefois le visage avec des couleurs ou avec du charbon, c'est moins pour s'enabellir la figure que pour la protéger contre l'embrun marin, lequel en s'évaporant dépose du sel qui* tend à irriter la peau et la faire gercer. La plupart des Esquimaudes se tatouent toujours le front, les joues et le menton ; les femmes mariées en revendiquent le privilège, et en font un « signe de haute distinction », disaient-elles à Hall. Jadis les Aléouts se gravaient sur la peau des figures d'oiseaux et de poissons (2) ; « les filles de famille riches et distinguées » s'attachaient à représenter les exploits de leurs ancêtres, au moyen de dessins et de signes variés qui exprimaient symboliquement le nombre des ennemis tués ou des animaux abattus (3). Avec un silex, on se coupait la chevelure, les femmes se rognant la partie frontale, et les hommes se ménageant une touffe superbe. Ceuxci se trouaient la lèvre inférieure et les oreilles pour y placer des petits coquillages, de minces cailloux, ou des laines rouges, indicatrices de quelque exploit ; ou bien encore, ils s'élargissaient les narines, déjà bien larges, pour y coUoquer un petit os, gros comme un tuyau de plume ; car ils n'étaient point insensibles à l'attrait du beau. Jalouses de cet agrément, leurs dignes épouses portaient au cou, ainsi qu'aux mains et aux pieds, des pierres colorées et des chapelets d'ambre — les dames d'Europe les approuvent en cela ; — mais les malheureuses s'inséraient à la lèvre inférieure une labrette ou petit cylindre de nacre ou de bois, qui, tenant la bouche constamment ouverte, leur faisait couler la salive le
(1) Langsdorf.
(2) Malte-Brun. Annales des voyages, XlV.
(8j ^ eiijaminof .