MARIAGE
ci'Ounamartch, — les femmes servent de monnaie Ciourante, règlent les ventes et achats. « On a livré t:«nt de renards bleus, tant de zibelines, cela vaut tant et tant de femmes. » Bien entendu que cette nnonnaie n'est plus que conventionnelle. Pour faire marché et payer les différences, pas besoin n'est d'avoir un troupeau féminin derrière soi.
Un mot suffît pour établir contrat, un mot pour prononcer divorce, les enfants suivant la mère, ou étant recueillis par leur oncle maternel. L'institution matrimoniale n'a pas été inventée pour causer à ces tcens aucun désagrément. Entre époux, peu ou point de jalousie. Comme chez nombre de sauvages et demi-civilisés, celui-là passerait pour un malappris qui n'offrirait pas au visiteur l'hospitalité de la couche conjugale, ou la compagnie de sa fille la plus avenante. Suivant leurs convenances, les mariés troquent les mariées, se les empruntent, les louent bon marché. Au tempsoù l'administration russe n'accordait à ses employés que huit verres dç rhum dans les douze mois, un homme livrait sa femme pour quelques gouttes de la liqueur divine.
Le chef de famille donnait le nom de « Mère » à son épouse préférée, laquelle titrait de «Père» non seulement son mari, mais encore son fils aîné, et qualifiait aussi de « Mère » sa fille la plus âgée (i). Le renseignement suggère des réflexions qui pourraient mener loin... mais n'élevons pas de lourde superstructure sur une base fragile.
La monogamie est de règle, mais avec de fréquentes exceptions : les hommes meurent vite aux risques de mer. Les veuves, les orphelins, grave souci quand les temps sont durs. Le pécheur, revenant avec
(i) Venjaminof.
80 LES INOITS OC'UIDENTAUX.
barque pleine, est tenu d'avoir Foeil sur les filles qui ont perdu leur père, de prendre en pitié les veuves qui allaitent : il aura des huttes séparées, plusieurs ménages à pourvoir. C est ainsi que la polyandrie s'entend avec la polygamie. Mais cette polygamie-là est plutôt une obligation morale que la recherche d'un plaisir, et représente un ensemble de charges qu'il faut du cœur pour accepter, et du caractère pour porter jour après jour.
Du reste, ces Hyperboréens ne trouvent rien de choquant à ce qu'une Aléoute déclare qu'un seul mari ne pourrait la contenter. Autrefois, la Florentine de bonne maison faisait, par clause au contrat nuptial, reconnaître son droit à prendre un amant en titre, quand il lui plairait. De même, les filles aléoutes jouissant, pendant leur damoiselat, d'une liberté dont elles usent largement, se réservent, aux épousailles, la faculté d'avoir un sigisbé. Leur « adjudant (i) », terme officiel, assiste le patron en tous droits et devoirs, servitudes actives et passives» est tenu de contribuer à l'entretien du ménage et à la nourriture des enfants. Femmes si bien loties passent pour bien chanceuses, et jouissent d'une considération distinguée. La présence de l'adjoint est de rigueur pendant l'absence du mari, lequel à son retour patronne et protège le jeune homme, attend de lui la déférence que le cadet doit à son aîné... Le cadet et l'aîné, c'est bien cela. En effet, - chez les Thlinkets, chez les Koloches, alliés de nos Aléouts, le cavalier servant doit être frère, ou tout au moins proche parent du patron (2). Le Konyaga, surpris en adultère, est obligé de payer, à
(1) Bancrolt, Vcnjaminof .
(2) Erman.