‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 43 sur 149 · L AUTRE FRERE. 8X · texte numérisé non relu

L AUTRE FRERE. 8X

*^ mode anglaise, une indemnité au mari ; mais s*il ^stde la famille, il lui faudra se tenir à ses ordres, ®t à ceux de Tépouse, avec laquelle l'union sera dé- ^c^rmais légitime. Le susdit Thlinket venant à mourir, ^^dit cadet épouse la veuve, et le nouveau capitaine '^^quiert pour ses menues besognes les bons offices ^Vi troisième frère (i).

Çue vous en semble ? Ne tenons-nous pas ici la ^îef du sigisbéat, institution bizarre, dont on réprou- "^"Bit rimmoralité, mais qu'on n'expliquait guère? ^e sigisbé est un « lévir ». Sa fonction est une sur- "vivance des antiques « fréries » polyandriques, dont ^es traces sont reconnaissables chez d'autres Esquimaux, et qu'on étudie sur le vif à Ladak, au Tibet, au Malabar, et en plusieurs autres cantons restés en dehors des grandes voies de communication internationale. '

Dans ces conditions matrimoniales, les querelles ne sauraient être fréquentes. Cependant les accouchements difficiles sont regardés comme le châtiment d'une conduite par trop irrégulière. Les maris d'Aléoutie, bonasses à souhait, n'ont pas sf mauvais goût que leurs voisins Korjaks, lesquels obligent, dit-on, leurs femmes à se faire plus laides et plus sales que nature (2), afin d'effaroucher les désirs illégitimes. Vertu si cher achetée, vertu obtenue au prix du dégoût, serait-ce de la vertu ?

Veufs et veuves se claquemurent dans l'obscurité pendant une quarantaine de jours. La veuve, deuil durant, est considérée comme impure, et renfermée dans une cabane particulière, où les aliments lui

(1) Venjaminof.

(2) Kraschenikof.

82 I^ES LNOÏTS OOCIDKNTAUX.

sont passés, réduits en milices fragments, car elle ne doit rien toucher de la main nue (i). On redoute évidemment que, par son intermédiaire, la mort n'ait prise sur les vivants. Le polygame lègue un deuil plus sévère à celle de ses épouses qui a vécu le plus longuement avec lui, à celle surtout près de laquelle il décédera.

Nous préférerions nous en tenir là, mais le souci de la vérité nous contraint d'ajouter que ces primitifs poussent l'ignorance du mal jusqu'à l'immoralité, que leur innocence vraiment excessive se confond avec le vice. Notez que les témoins à charge sont pour tout le reste très favorables à ce peuple, auquel ils ne marchandent pas l'admiration en plus d'une circonstance. Un garçon joli de figure se montre-t-il gracieux de maintien ? La mère ne le laisse plus frayer avec les camarades de son âge, mais le vêt et l'élève en fille ; tout étranger s'y tromperait ; et vers les quinze ans on le vend pour somme rondelette à quelque riche personnage. Les « choupan » ou adolescents de cette espèce sont très recherchés par les Konyagas (2). Par contre, on rencontre çà et là dans les populations esquimaudes, ou esquimoïdes, et notamment dans le Youkon, des filles qui se refusent au mariage et à la maternité. Changeant de sexe, pour ainsi dire, ces amazones vivent en garçon, adoptent les manières et le costume virils; courent le cerf, ne reculent à la chasse devant aucun danger, à la pêche devant aucune fatigue.

Les jolis jeunes gens dont il a été question se

(1) Venjaminof.

(2) Ross.

PRKTRESSES. 83

consacrent volontiers à la prêtrise, et, la fraîcheur passée, entrent dans les ordres, qui leur coûtent ainsi beaucoup moins à acquérir qu'à leurs confrères. De tout temps il y eut affinité marquée entre le mignon et le servant des autels, entre la prostituée et la pallacide. Dans les temples de l'antique Orient, le vaste et majestueux sanctuaire paraît avoir été flanqué de chapelles fleuries, boudoirs parfumés, où nichaient sur couches moelleuses les Altys et les Combabe, de gracieux Eliacin, de charmants Adonis, qui vaquaient aux plaisirs des dieux, c'est-à-dire de leurs ministres, en attendant que pleinement initiés aux rites sacrés, ils devinssent, à leur tour, chefs de culte, et préposés aux mystères. Le hiérophante aimait à se faire servir par les hiérodules et les bayadères. L'hétaïrisme est né à Tombre des autels. « Presque tous les hommes, dit Hérodote (i), se mêlent avec les femmes dans les édifices sacrés, hormis les Grecs et les Égyptiens, »

— * Hormis la Grèce ?... Et que se passait-il à Corinthe ? — Hormis l'Egypte? EtBubastis et Naucratés ! Et l'Aphrodite d'Abydos qui portait le vocable significatif de Pornè (2). — Aussi Juvénal se permettait de demander ; Quel est le temple où ne se prostituent pas les femmes ? »

A Jérusalem, le roi Josias détruisit dans le temple de Jéhovah les cellules qu'habitaient les efféminés (3) et les femmes qui tissaient les tentes d'Ashéra (4). On sait les prodigieux débordements qui

(i) Euterpe.

(2) Athénée. XllI, 5.

(3) Les Kedeschim. Consulter sur ce mot les Encyclopédies bibliques. Exemple : Dizionnario Ebreo : Kadessa, santa e merelrice ; Kadeschud (Kadeschoth) postribolo e sacristia.

(4) Il Rois, 23, 7. Voir Soury, la religion d'Israël.

84 LES INOITS OCCIDENTAUX.

avaient lieu dans les « verts bosquets » et les* hai^^^--^ .. lieux > de la « Grande Déesse ». La coutume ét^^^'*^ si bien enracinée que, dans la grotte de Bethlé'în^ ^ ^ ce qui s'accomplissait jadis au nom d'Adonis, s'aC^^^ complit aujourd'hui par les pèlerins chrétiens aï ^^ ^ nom de la vierge Marie; et les hadjis musulman-. ^^ . font de môme dans les sanctuaires de la Mecque (i) ^ S,^ Dans les pagodes « sentines de vice », viennent des?^^ ~^ femmes stériles, faisant vœu de s'abandonner à un^^^^ nombre déterminé de libertins ; et d'autres, pour**^^ donner à la déesse du lieu des témoignages de leur vénération, se prostituent en public, aux portes mêmes de la maison divine (2). Les prêtresses de Juidah enlèvent les filles des familles les plus distinguées, et, après éi)reuves rigoureuses, en font des courtisanes, instruites dans les arts de la volupté (3). A Bornéo, le Dayak qui se fait prêtre, prend nom et vêtements féminins, épouse simultanément un homme et une femme : le premier, pour le protéger et l'accompagner en public, la seconde, pour lui donner des distractions (4).

Revenons à nos Aléouts. Dès que l'ordination a été conférée au lévite, sit(H que le choupan a mué on angakok, la tribu hii confie les filles le mieux en point par les grâces du corps et du caractère ; il parfera leur éducation, — les perfectionnera dans la danse et autres arts d'agrément, et, enfin, les initiei'a aux plaisirs de l'amour. Si elles se montrent intelligentes, elles deviendront mires et mèges, prêtresses et propliétesses. Les kachims d'été, qui sont

(1) Sepp, Ileidenthum and Chri.slenlhum.

l'.i) Dubois, Mœurs de l'Inde.

(H) Lindoniann, Gesrhie.hte der Meinungen.

(V Bisliop of Lnbuan, Transarlions of llie Elhnological Society.

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