‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 47 sur 149 · RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION

:^Z3ar une tignasse qui lui ravalait les yeux et le vi- ^^^►age, il fouillait dans le garde-manger. N'y trouvant J^z»as ce qu'il cherchait, il tourna t^te sur queue, se ^^etira sans desserrer les dents. Je demandai :

« — Et s'il avait trouvé un couteau?

« — Un couteau ? il s'en serait donné quelque :i:j*art. Ils ont de ces idées-là. Ça les prend de temps ^^n temps. »

Quand le novice a tout à fait dépouillé le vieil

Viomme, fait de son corps le temple d'un esprit (i),

^::^u de plusieurs, car il en peut héberger légion, il

^^ppelle par son nom le génie de son choix, le somme

cîe prendre chez lui domicile. Si par dix fois il le

^^ionjurait inutilement, il renoncerait au métier, car

^ans îornac il n'y a ni prophétie ni miracle. Ce n'est

V>as à dire qu'il eût perdu tout son temps et sa peine.

Les études, la forte discipline par lesquelles il a

passé, lui vaudront toujours respect et influence.

Comment s'obtient l'inspiration ?

L*esprit invoqué fait rencontrer à son protégé un animal démonique : fouine, loutre ou blaireau (2), pour qu'il le tue, l'écorche et revête sa dépouille, grâce à laquelle il obtient la faculté de « courir », à l'instar de nos garous et versipelles. Il s'appropriera, comme un trésor, la langue de la bête, en fera sa « médecine », son grigri personnel. Évidemment, le choix de cet organe est symbolique ; on a deviné ou l'on s'est souvenu qu'il est l'instrument du Verbe, manifestation de la Raison... sans que nous voulions insinuer que ces pauvres angakout aient fréquenté l'école d'Alexandrie.

;i) Inoe, Torenac.

(2) Du blaireau, les contes japonais disent aussi merveille. Milford, Taies of Japon.

94 LES INOlTS OCCIDENTAUX.

Autres procédés :

Sur ravis que lui eh dounent ses anciens, le lévite visite la caverne d'une île inhabitée, dans laquelle furent cachés les os d'un magicien illustre. Le prophète dort du sommeil de la mort, mais ne fait que dormir. 11 est assis, raide et glacé, la tête masquée. Vêtu dans la magnificence de l'appareil ' sacerdotal, les ailes d'une chouette ou d'un hibou s'éploient au-dessus du bonnet ; à la robe pendent marmousets en ivoire, grelots et sonnettes, chaînettes et anneaux, tout un capharnaûm, grâce auquel il est mis en raj)port avec les rois des animaux et les Génies dos Éléments : serres d'aigle, dents de serpent, écailles de poisson, morceaux de cuir cru, et divers petits objets qui s'entrechoquent avec bruit aux mouvements du corps. Entre les genoux est placé le tambour, l'mdispensable tambour (i), — un monde en raccourci — sur lequel sont dessinés le cercle de l'univers, la Croix des Quatre- Vents, figures magiques d'hommes et d'animaux ; rintéricur abrite de petites poupées — autant d'esprits qui répondent rliacun à coups frappés d'une façon spéciale. L'adepte fait résonner l'instrument, s'a(lress(» au Voyant lui-mémo, interpelle l'auguste prophète. Au bruit, lo cadavre soubresaute, les plumes s'agitent, le masque frissonne. Ce masque du mort, le vivant a le courage de l'ôter : il découvre la momie. Elle est noire et grimaçanto, hérissée et hideuse. 11 la contemple et en est contemplé, les orbites profondes lui lancent jets de ténèbres. Le vivant saluo en frottant son nez contre l'épine nasale du cadavre, puis se i)asso la main sur le ventre comme pour (lire :« (^harinnnt, délicieux î» Surcroît do poli-

' 1) lionhi-iw. (.'le.

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