PRATIQUE MEDICALE
Toutes les initiations étant accomplies, les éducations faites et parfaites, le magicien prend le nom d'angakok qui signifie « le Grand » ou « l'Ancien », s'offre au peuple comme guide et instructeur. Dépourvu de tout pouvoir officiel, il est consulté en toute affaire importante et son conseil est toujours suivi. Chacun pourrait le braver, aurait droit à le contredire, mais personne n'ose ou ne s'en soucie. D'attribution spéciale, il n'en a point; mais il cumule toutes les influences : conseiller public, juge (le paix, expert universel, arbitre en affaires publiques et privées, artiste en tout genre, poète, comédien, bouffon. Réputé pour un génie, et pour un fou, tout au moins, son intelligence passe pour tremper aux sources divines, et communiquer avec les puissances supérieures. Il comprend tout le monde, personne ne prétend le deviner. En dernière ar.alyse, son pouvoir est celui d'un esprit supérieur sur les esprits obtus ; son secret celui de la Galigaï : l'ascendant d*une volonté forte sur une volonté faible. Il suffit qu'il soit supérieur, incontestablement supérieur, pour que son entourage lui attribue la sur-puissance. Il est médecin, parce que prêtre et thaumaturge, parce qu'il a maints flémons dans le cerveau, le cœur, le foie et les reins. A lui d'être le Grand Pourvoyeur du peuple, d'attirer à rencontre de la fourche et de l'épieu le gibier de terre et le gibier de mer; à lui de faire agir la pierre (i), don de l'Océan, grâce à laquelle la baleine, les saumons et brochets courent s'enferrer au harpon; à lui de porter une ceinture d'herbes tressées avec des nœuds, qui assurent la victoire en toute ren. contre ; à lui d'assister la Lune en travail. Lors des
1} Tchimkieh.
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éclipses totales, la pauvre Lune perd tout à fait la tète, s'égare dans les deux, erre dans les rochers et fondrières; mais alors son ami Tangakok la hèle^ lui crie la route qu'elle doit prendre pour se retrouver, lui chante des hymnes qui fortifient (i). Conb^e les méchants génies il part en guerre, cuirassé de formules^ armé de charmes, becs de corbeau, incisives de renard, griffes d'ours, et, si possible, quelque babiole du» bFic-'à-brac européen. Pour chasser le démon de la maladie, et pour tenir à distance les âmes errantes, il exécutera des mouvements violents, des contorsions, sautera à travers un vaste brasier, combattra la Mort à grands coups de massue, la mettra en fuite (2).
En Esquimaudie comme chez nous, il y a la Magie Blanche et la Magie Noire, les bons et les mauvais sorciers. Les mauvais profitent de leurs accointances avec les morts peu recommandables, avec les esprits dépourvus de délicatesse, pour servir les desseins malveillants, les rancunes particulières, (^t perpétrer des mauvaisotés.
La vile multitude, dans l'autre monde comme en celui-ci, ne l'ait ni grand bien ni grand mal, ne se manifeste que par de légers sinienients. Plus robustes, ils cornentaux oreilles pour qu'on leur donne à manger ; tout à l'ait redoutables, ils « reviennent » sous forme corporelle : les plus dangereux, fous ou insensés de leur vivant, ont exercé Tangakokat, sont morts de mort violente. Los docteurs spirites de là bas recommandent à Messieurs les Assassins, sitôt le meurtre commis, d'arracher le foie, siège de la force
(1) Vonjaminof.
2) Ilyaclulho.