PB ETRE MEDECIN
et de la vie, de le manger patpitant encore : moyen d'échapper aux représailles de la victime, qui autrement se démènerait en furie, entrerait dans le corps du meurtrier, le ferait tourner en démon. Cela s'explique assez bien.
GnoMl Iruc pratiqué pmr tous les maléficiants du riionde : s'emparer d'une viande qu'entama la personne à qui l'on veut nuire ; la mettre à pourrir dans une tombe^ pour que le mort, en la rongeant à son tour, soit mis en communication avec l'individu trahi et dévore sa substance. De là le nom donné au jeteur de sorts : « Celui qui fait dépérir (i). t» Cet artisan de malheur entre aussi en relation avec la Lune mauvaise, la Lune en son décours, qui a la spécialité de tirer à elle les entrailles des rieurs immodérés. Les victimes d'Hécate vampirisent les vivants, sucent les viscères et organes vitaux; se transforment en une araignée, visible à l'angakok, laquelle exhale son haleine empoisonnée dans les intestins, y plonge de longues pattes noires et crochues.
L'ensorcelé, s'il en a la force, se présente à la porte du mire et sorcier, et crie : — « Hé ! hé ! on a besoin de toi ! » L'homme de l'art ne répond pas tout d'abord, se fait répéter l'appel : à la voix, à l'accent du malade, il devine la maladie et môme qui l'a envoyée. Car il n'est indisposition qui ne soit provoquée par la haine de quelque vivant, ou le souffle pestilentiel d'un mort dépiteux; même la fracture d'un membre est attribuée à un esprit malveillant. L'angakok, sorcier pour le bon motif, défend son peuple contre les multiples incursions des démons, qui affectent la forme de cancers,
(j) KoKsouinnk. Ilisilsniil, pluriel (VlUsilsok,
ICO LES INOÏTS OCCIDENTAUX.
rhumatismes, paralysies, et surtout de maladies cutanées que des civilisés attribueraient à la malpropreté. Il disperse la maudite engeance, pourchasse l'ignoble tourbe, exorcise le malade, le goupillonne avec de vieilles urines, à l'instar desdocieiirs àpoison bochimans (i). Les Cambodgiens aspergent également le démon de la petite vérole avec de Turine, mais cette urine est celle d'un cheval blanc (2). Et sans aller si loin que l'Extrême-Orient, les rustres slaves secouaient sur leur bétail pour le préserver des mauvais sorts, des herbes de la Saint-Jean, bouillies en viblat. Nos paysannes de France se lavaient les mains dans leur urine, ou dans celle de leurs maris ou de leurs enfants, pour détourner les maléfices ou en empêcher l'efTet. Le juge Paschase fit arroser de ce liquide la bienheureuse sainte Luce, qu'il prenait pour une sorcière (3). L'angakok, que le diagnostic embarrasse, a recours à un procédé vraiment ingénieux: il attache à la tête du malade une ficelle, la fixe par l'autre bout à un bâton qu'il lève, tate, soupèse, tourne en tous sens. Suivent diverses opérations ayant pour objet d'arracher à l'araignée de malheur les chairs qu'elle dévore ; il les nettoiera, les raccommodera autant que faire se peut — d'où son nom : Ravaudeur des Ames.
Une méchante sorcière, invisible mais présente, peut déjouer les efforts du conjureur, et même lui communiquer la maladie elle rendre victime de son dévouement ; la magie noire peut se montrer plus j)uissante que la magie blanche. Dès qu'il voit le cas désespéré, l'honnête angakok fait appel, si
(1) Th. Ua\m, (ilohns, XVITI.
(2) Landns, Saperslilions anihimiles (^3; Thicrs, Des supersliliona.