PREFACE. IX
la forme et le degré. Une science future classifiera les imaginations même bizarres, dira comment se forment les fantaisies déraisonnables, mettra leur date aux préjugés et superstitions, fossiles dans leur genre.
Telle a été la pensée maîtresse du livre. Expliquons-nous maintenant sur la méthode suivie et les procédés employeur.
Il s'agissait de tracer des portraits fidèles, de ne pas les pousser à la charge, de ne pas les enjoliver non plus. Néanmoins, nous sommes obligé de reconnaître qu'ils laissent une impression un peu plus favorable que celle qui résulterait de la fréquentation quotidienne des originaux. Mais il ne pouvait guère en être autrement.
A tout civilisé les non civilisés commencent par répugner. Le préjugé est très défavorable aux sauvages. Les sujets qui s'exhibent comme tels, dans nos foires, s'évertuent à représenter le type officiel, partant vulgaire. Pour s'exprimer en « langue payenne », ils crachent,toussent ou éternuent sons rêches et criards, ne disent en fran çaîs qu'inepties et grossièretés. Leurs danses ? des contorsions, des mouvements baroques et grotesques. Leurs repas? écarteler un lapin, mordre dans une poule vivante. Nul voyageur ne rencon- *tra pareils pou ssahs. A mesure que l'investigateur apprend la langue des indigènes, qu'il entre en leurs idéeî^ et manières de sentir, il cesse d'être un étranger au milieu d'étrangers. Il voit séclairer l'aspect de ces hommes tatoués, nus ou demi-