EXTRÊME ONCTION
possible, à un ou plusieurs confrères ; ensemble, ces médecins des âmes réconfortent le mourant ; d'une voix solennelle ils vantent les félicités du paradis, chantent en sourdine un cantique d*adieu qu'ils accompagnent délicatement sur le tambour.
Dans les Kousouinek poursuivis par la haine des Angakout, on a cru voir les prêtres d'une religion antérieure, dégradés en méchants sorciers. Toujours est-il que les angakout, eux-mêmes, sont représentés comme suppôts du noir Satanas par les missionnaires grecs, luthériens et autres, qui déclarent et afflrment de science certaine, que Tornarsouk, le dieu esquimau, n'est autre que le grand Diable d'enfer.
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L'hiver durant, on ne va pas toujours à la chasse de l'ours et du renard ; on n'est pas toujours à surprendre le pauvre phoque, quand il met son nez hors de son trou pour respirer ; on ne peut pas toujours construire des barques, fabriquer des traîneaux ou raquettes. La vie ne serait pas tenable si l'on ne se donnait quelque bon temps. Le taudis est pauvre et misérable, raison de plus pour l'égayer. L'Esquimau rit de tout : rit de l'homme blanc, avec ses cent outils et ses mille brimborions ; il rit en se dégelant le nez et les mains en danger de gangrène ; il rit en ingurgitant son huile, en se graissant la peau, en lubréfîant ses vêtements à l'intérieur et à l'extérieur ; il rit et ne demande qu'à rire. Les Inoïts n'ont guère d'autres plaisirs que ceux de la société : ils ne s'en privent point. Le climat étant hostile, la terre marâtre, ils sentent le besoin de se rapprocher, de s'entr'aider, voire de s'entr'aimer. Ce que leur
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refuse l'extérieur, ils le demandent au monde intérieur. Après tout, il n'est à l'homme meilleure compagnie que l'homme ; c'est en fréquentant ses semblables qu'il développe ses qualités originales, ses plus hautes facultés. N'était que les tribus esquimaudes sont de grandes familles solidaires les unes des autres, n'était qu'elles poussent le communisme très loin, leurs petites républiques ne tarderaient pas à périr. Au fait, elles ne comprennent rien encore au glorieux principe du « Chacun pour soi », aux éternelles vérités de l'OiYre et de la Demande, Elles n'ont pas prêté Toreille aux suaves « Harmonies » de la Rente et du Capital, modulées sur la lyre de Bastiat.
Les Aléouts commencent en novembre leurs festivités et les continuent jusqu'à la fin janvier. De village à village ils s'invitent à des festins pantagruéliques à bouche que veux-tu. Ces gens, qui se serrent le ventre souvent, ne connaissent pas félicité supérieure à celle de faire bombance, se gorger d'huile, de viandes crues et saignantes. Dans les intervalles, les jeunes font assaut de vigueur, luttent d'agilité ; les hommes faits, les vieillards jouent h divers jeux avec des figurines d'ivoire représentant canards, mouettes, pingoins et autres oiseaux ; ils apprennent facilement les échecs, les dames et les dominos. Ils discutent les événements du jour. Le tribunal de l'opinion publique connaît des infractions aux bonnes mœurs et coutumes. Rarement elle sévit, cependant on parle d(* fous et de sorciers criminels qu'on aurait frappés h nîort. 11 y a quelques exemples de meurtre ; le plus proche vengeait alors la victime. Mais si le talion suscitait uu nouveau talion, plusieurs villages évoquaient raffaire, et les notables exécutaient la sentence. Sauf rarissimes exceptions,
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ie jury permanent n'intervient que pour ajuster les
difrérends, expliquer les malentendus. Les discussions sont promptement écartées, la communauté sent parfaitement que dans sa lutte incessante contre une nature hostile, elle ne peut exister que Par le bon vouloir de tous pour chacun.
Les affaires pourtant ne s'arrangent pas toujours <l "elles-mêmes, les griefs peuvent être profonds. De pour que les dépits rentrés n'aigrissent le caractère, ^t\ convient de les produire en public, de les mettre liors. L'offensé fait savoir qu'en tel jour il servira ^* rx plat de sa façon à certain camarade : il y aura ^•-itte poétique entre les adversaires; Bertrand de ^orn prépare son sirvente et Bertrand de Vanta- ^c>ur sa canzone : ils chanteront leur pièce sati- ^*cjue, la déclameront, la mimeront, la danseront, assistés par des seconds dûment préparés, qui, au ^^soin, les remplaceraient ; ils accompagnent les ^^l*rains, font résonner le tambour aux bons endroits, ^'^ssemblée écoute avec attention, donne raison en ^ï>plaudissant, donne tort en grognant, intimement l^^rsuadéequelebon droit et le mérite artistique vont ^^ pair ; convaincue que la bonne conscience donne ^*ï^« passion, une énergie et une hauteur d'accent à ^^cjuelle la mauvaise foi ne saurait s'élever. A y ^^Sarder de près, c'est d'une ordalie qu'il s'agit» ^^trement humaine et raisonnable que ces « juge- "^^nts de Dieu » par le fer rougi, le plomb fondu, ^^^ noyades, les ingurgitations de poison ou de ^^intes hosties. Semblable coutume n'est pas incon- ^Vie dans le haut pays bavarois, où mainte fête du ^^int patron est égayée par deux coqs de village ^vii se provoquent à un fjsangl. Les Sakalaves de ^ï^adagascar ont aussi leur zibc.
L'inculpé inoït qui ne se sent pas soutenu par une
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bonne cause demande, avant la rencontre, à se réconcilier avec son adversaire, auquel il dépêche un ambassadeur vêtu de neuf, en flanelle rouge -^ avec un bâton décoré de plumes, signe du héraut ♦ pour demander quelle réparation il exige. Quell^^ qu'elle soit, TofTenseur se fait un point d*honneucr* d'offrir davantage. — « Tu avais demandé un pa — • quet de tabac ; le voici. Tiens, ce pelu, puis cette couverture, et encore cette peau de phoque » ; toutes choses que l'autre n'accepte que pour les distribuer aux témoins de la réconciliation. Les nouveaux amis échangent leurs vêtements, se prennent par la main, ouvrent une danse dans laquelle tout le monde entrera
Tous les Hyperboréens, cependant, ne passent pas leur colère en chansons, n'exhalent pas leur mauvaise humeur en vers et sauteries : alors, plus de lutte poétique, mais un duel vulgaire ; plus de troubadours, rien que de simples chevaliers. Ainsi Thlinkets et Koloches purgent leurs querelles en combat singulier; ils se rembourrent d'épaisses toisons ursines, calfeutrées do mousse par surcroît ; s'enveloppent d'une cuirasse fabriquée avec de petites bûchettes reliées ensemble ; se coiffent d'un casque en bois sur lequel ils ont adapté le blason familial. Ainsi accoutrés, ils luttent longuement à coups de couteau, et pour plus de solennité, les seconds accompagnent la passe d'armes d'une sorte de cantilène. Moins grandioses sont les tournois à coups de poing : loscham])ions sont assis, se faisant face ; l'un frappe, Tautre riposte, mettant une minute entre chaque coup, de manière à le savourer, et à jouir de tout son effet; ils jprennent leur temps, montrant ce que les Esquimaux ont de patience et d'endurance. Cela dure jusqu'à ce qu'un