‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 52 sur 149 · MU · texte numérisé non relu

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Les Inoïts n'ont pas, comme nous, fractionné leur ^l't en poésie, en danse et en musique ; h peine s'ils ^G distinguent de leur religion, ou de ce que nous fippelons ainsi : car leur religion, purement instinctive, ressemble peu à nos religions abstraites, fortement travaillées par la métaphysique. Les primitifs n'ont pas coupé leur être en deux tronçons : leur vie profane se pénètre et s'imprègne de vie religieuse; par contre, leur religion est indissolut>lement liée aux fortes réalités de l'existence quotidienne. Nos évêques excommuniaient naguère les danseurs et les danseuses de l'Opéra, leur refusaient la sépulture en terre sainte ; crieraient au sacrilège si un autre David (2) se mettait à danser devant le Saint Sacrement. Mais un Aléout ne comprendrait pas qu'on adorât son Tornarsouk autrement qu'avec trémoussements de jambes. Ce que la poésie est à la prose, la danse lest au geste. Mouvements rythmiques l'un et l'autre, ils émanent de l'intelligence et de la passion. Avec les yeux et le geste il est moins facile de mentir qu'avec la langue et les lèvres ; le geste, en tant qu'expression immédiate du sentiment, précède le langage articulé ; d'où l'importance de la danse et de la pantomime chez les sauvages.

La danse, geste cadencé auquel tout le corps par-

(1) RIchardson. Polar ReijUmx, (2)11 Sam.. VI. i'^.

lOG LES INOÏÏS OCCIDENTAUX.

ticipe, est l*art suprême par excellence, le langage très expressif des populations primitives. L'Aléout, plus sensitif et imaginatif que logicien et raisonneur, reproduira par des mouvements physiques les agitations de son Ame, ses joies et ses chagrins, ses craintes e\ ses espéran((»s ; il passe du sacré aa l)rofane, du patluHiquc an grotesque, du sublima au bouffon, finit par la parodie. En effet, tout artiste se plaît ù courir le cycle entier, à jouer toute la gamme du sentiment, nu^nie à railler les êtres qu'il redoute le plus, les choses qu'il aime le mieux. Une fête est donnée aux Mahlémoutes de Chaktolik par les Mahlémoutes d'Ounahlaklik :

« Tout un village avait été invité par un village, chaque famille avait ses hôtes (prelle traitait de son mieux.

« Quatorze acteurs, danseurs réputés, firent les frais de la ])remière soirée. Ils débouchèrent par un passage souterrain, se rangèrent sur deux lignes, huit hommes en face de six. Les acteurs, nus jusqu'à la ceinture, portaient un diadème fiché de grandes plumes, qui leur retombaient sur les é])aules ; drs queues de loup ou de renard leur jouaient dans le bas du dos ; gants brodés, bottes agrcnicntées de fourrures multicolores. Les dames avaient revêtu un maillot collant, en peau de renne blanc, et pai'-dcssus une tunique, soit en intestins (le phoque ayant la finesse et l'éclat du collodion, soit en membranes de poisson, jouant une soie transparente, lamée d'argent. Les belles Aléoutes n'(*n sont pas à apprendre (jue la demi-nudité montre avec avantage ce qu'on fait mine de cacher. Klles ont orné leur vêtement de broderies et verroteries en couleur, tressé dans leur chevelure des lanières blancluîs brillantées de nacre, ganté des gants blancs de neig(* en peau de faon, avec fourrures au poignet ; leur main balance une longue penne d'aigle ou de cygne.

« Atleution ! les vieillards, suivis du cluiMir, s'in-

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