PREFACE. XI
Allons plus loin, (^es primitifs sont dos onfants, avec la mentalitc^ de l'enfant. Or, de l'enfant à Tadulte, la dislance s'exprime en années; même de la brute à l'homme, les degrés se mesurent. L'intelligence enfantine n'est pas en tout point inférieure à la raison adulte. Combien souvent les pères, combien souvent les mères, admirent la naïveté du premier âge, ces idées originales, ces boutades dont la profondeur déconcerte, cette fraîcheur de sensation, ce charme souriant et imprévu I Les peuples naissants ont aussi des lueurs soudaines, des inspirations de génie, une conception héroïque, des facultés d'invention, que depuis longtemps ont perdues les nations dans la force de l'âge. Et celles sur le déclin, les civilisations byzantines ? Ce chef branlant , cette démarche hésitante, le sceptre tourné en béquille : la règle, la tradition, le convenu, elles ne veulent en sortir. Tant pis pour celui qui ne comprend plus la jeunesse, et qui ne daigne pas se plaire aux aurores intellectuelles !
L'enfant était tout printemps, lout espérance. Mais l'homme tient-il les promesses du jeune Age? De tout ce qu'il eût pu devenir, qu'a^l-il réalisé ? — La moindre partie... Cependant il n'y a pas mis de mauvaise volonté, et, le plus souvent, il n'y a pas de sa faute. Qui reprocherait à l'arbre de n'avoir pas mené à fruit chacune de ses fleurs ? La pente même des facultés oblige à se spécialiser ; les progrès incessants de la division du travail parquent le travailleur dans un coin toujours plus étroit; les exigences de la production, de cruelles