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OBSEQUES

soulager les pauvres et les indigents par bals de de bienfaisance et concerts de charité.

Il arrive, mais rarement, qu'on se lamente pour un mort ; il faut être de marque pour avoir des obsèques qui comportent quelque solennité. Généralement, le cadavre est empaqueté en des lanières de peau, porté sur une colline et enfoui sur le versant exposé à l'Orient ; on espère sans doute que le soleil regardera le défunt, et le réveillera quand il en sera temps.

Quelques notions de métempsycose : certaines Ames vont animer des oiseaux ou des serpents à sonnettes.

Us possèdent le petit bagage intellectuel commun à la plupart des Peaux-Rouges : la notion d'un Grand Esprit, peut-être môme de plusieurs, la tradition d'un déluge, diverses légendes. Ils vénèrent rOurs, et ceux de son totem n'en voudraient pas manger la viande ; ils tiennent pour sacrés le hibou, les oiseaux blancs, et l'aigle en premier lieu. Un aigle immense et prodigieux lance les éclairs en clignant de Toeil, et en battant des ailes produit les éclats de la foudre. De lui sont issus les Apaches, car il s'unit à leur mère-grand Istal Naletché, laquelle donna le jour à Nahinec Gané et h Toubal Lichiné, ce dernier, l'Ancêtre, le héros qui avec ses flèches tua le serpent Python, au moment où le monstre allait le dévorer (i)... C'est ainsi que les malheureux Apaches racontent le grand mythe de l'Aigle et du Serpent, d'Ahi et d'Indra, symbole antique et grandiose, qui appartient également à l'ancien monde et

(1) Malte-Brun, Annales, 1853.

160 LES APACIIES.

au nouveau. Sujet trop vaste et compliqué pour que nous puissions l'aborder.

Des voyageurs ont refusé à ces hordes tout sentiment poétique ou religieux. Ce n'est pas étonnant. En matière de conscience, les sauvages se taisent autant qu'ils peuvent ; ils n'aiment pas à s'expliquer sur leurs choses intimes, — et les blancs nient imperturbablement tout ce qu'ils n'ont pas vu, tout ce qu'ils n'ont pas su deviner.

Des missionnaires espagnols avaient essayé de convertir ces malheureux Indiens, mais ont dû y renoncer par la raison qui fît échpuerdes tentatives analogues sur les Tasmaniens, quand il en existait encore. L'enseignement s'adressait à des intelligences bornées, dépourvues de la faculté d'abstraction qu'une longue culture a développée chez nous. Voyez donc l'embarras d'un honnête apôtre exposant la doctrine de la Résurrection, dans une langue où l'idée d'âme n'a d'autre équivalent que le mot « boyau » î Pour faire comprendre à ces sauvages qu'ils possèdent une « âme immortelle », il était obligé d'expliquer qu'ils ont dans le ventre une « tripe qui ne pourrit pas ». — 11 les faisait compter jusqu'à dix, mais ne pouvait leur inculquer le dogme de la Trinité. Comment les révérends pères auraient-ils traduit, dans une langue où le verbe êire n'existe pas, la célèbre définition de l'Éternel Jéhovah : « Je suis Celui qui suis » ?

Les Peaux-Rouges ne parlent que fort peu, et moins que tous autres les Apaches, qui préfèrent s'exprimer par gestes. On en a observé qui, accroupis autour du feu, entretenaient une longue conversation dans laquelle ils ne faisaient que remuer les lèvres( i):

(i) Coroados, Ilensel, Zeilsrhrifl fiir Ethnologie, 1869.

MOHALITK. 16Ï

méthode adoptée pour renseignement des sourdsmuets. La langue apache abonde en sons nasaux et gutturaux, en claquements de langue (i), que les étrangers ne parviennent pas toujours à imiter. L'idiome est décidément désagréable, et cependant les Mohaves, voisins immédiats, ont un parler doux et sonore, harmonieux autant que Titalien ou le japonais (2). — Notons en passant l'absence de toute salutation, de toute formule de bienvenue ou d'adieu (3).

Puisque la moralité, au moins dans ses lignes générales, se mesure au développement de l'intelligence, on ne s'étonnera pas de la trouver réduite ici à ses rudiments. Ces malheureux ne vivent guère que de rapines ; leurs maraudes se compliquent de rapt et de meurtre ; leurs combats sont moins des luttes que des assassinats. Rapines, meurtres et massacres, ils en tirent gloire ; méprisent les dégénérés, les esclaves de leurs aises, tous ceux qui ne savent pas vivre dans la sauvage indépendance des déserts. De tous les animaux, pensent-ils, les plus forts et rapides, les plus beaux, sont les féroces et les ravisseurs, et dans notre espèce, le plus noble est celui qui fait la chasse à l'homme.

On les traite de sournois et perfides, appellalions qui les flatteraient ; mais ils protesteraient contre celle de lâches, qu'on leur prodigue. Le courage et la lâcheté ne sont pas faits d'ordre simple. (Certaines lâchetés comportent certains courages. Sans doute, ces truands n'attaquent personne, tant qu'ils ne se croient pas les plus forts ; n'ayant aucun goût

(1) On essaie de les représentor par le signe lyl.

(2)Gatschet, Zeitschrifl ftir Ethnologie, 1877. Buchner, Schmilz.

^3) HelITt, Zeitschrifl fur allgemeine Erdkunde. i8r>8.

pour la haute lutte, ils préfèrent attirer Tennemi dans un piège, ou se jeter sur lui par derrière, procédé recommandé en haute stratégie, pratiqué par tous les animaux de proie ; ces chasseurs ont appris du gibier à se dissimuler. S'ils font des prisonniers, ils emmènent les filles et les femmes, et tout d'abord les jeunes garçons, dont ils ont besoin pour remplir les vides que la mort ou les aventures produisent dans leurs rangs, et que les naissances ne suffisent point à combler, car elles sont peu nombreuses. Par suite des privations et de la vie beaucoup trop rude qu'endurent les parents, les enfants naissent moins robustes qu'on le suppose ; rarement ils ont une constitution assez bien trempée pour les mener jusqu'à quarante ans (i). Plusieurs blancs qu'ils avaient capturés et dont ils avaient apprécié la force ou la valeur, furent obligés de procréer un rejeton avec une fille de la tribu, afin de conserver la bonne graine (?,)• Mais le service rendu ne les a pas toujours rachetés delà mort et des tortures ; car ces sauvages se délectont à faire subir aux prisonniers d'abominables supplices; ce que Chateaubriand avait déjà raconté dans sa Vierge des dernières amours.

Pour cruels, ils le sont. Constatons-le, sans les innocenter pour cela : les supplices qu'ils infligent, ils savent les supporter. Et ils ne trouvent pas mauvais qu'on les leur fasse subir, si par malheur ils se sont laissé [)rondre. 11 faut aussi mettre en ligne de conipte ([u'ils ont i)our distraction, à peu près unique, d'aboyer à la lune et qu'ils éprouvent le besoin de quelques représentations plus émouvantes.

(i) Fossey, Mexique, (■y.) I loin y.

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