‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 75 sur 149 · FIN PROCHAINE · texte numérisé non relu

FIN PROCHAINE

« Contre les Apaches il n'y a pas plusieurs manières de procéder : il faut une campagne bien raisonnée et patiemment conduite. Dès qu'ils se montrent, qu'on les poursuive jusque dans leurs montagnes, qu'on les traque dans leurs repaires pour les y enfermer et affamer. Qu'on obtienne leur reddition, en leur montrant des drapeaux blancs ou autrement, et sitôt pris, sitôt fusillés. Contre eux tout moyen est bon, qu il vienne de Dieu, qu'il vienne de l'homme. La méthode pourra choquer un philanthrope; — pour un homme de fibre si molle j'éprouve quelque pitié, mais aucun respect. Je lui conseille de ne pas dépenser toute sa sympathie pour les Apaches, et d'en garder pour les tigres et les serpents à sonnettes (i). »

Ces conseils étaient faciles à suivre. Les blancs recoururent à toutes les trahisons, à toutes les cruautés. L'empoisonnement par la strychnine (2), la dissémination de la petite vérole, autant de hauts faits parmi nos pionniers, qui paradaient avec des brides décorées de scalps qu'ils avaient eux-mêmes levés, avec des dents enfllées qu'ils avaient arrachées à des femmes encore vivantes (3). A Denver, certain jour, un volontaire rentra portant au bout d'un bâton le cœur d'une Indienne. Après l'avoir tuée d'un coup de feu, il lui avait ouvert la poitrine, pour arracher le trophée que, dans les rues de la ville, saluèrent les acclamations des bourgeois. Un autre soir, on vit arriver Jack Dunkier, de Central City, portant à sa selle une cuisse d'Indien. Le per* sonnage prétendait n'avoir pas eu d'autre nourriture pendant deux jours. On n'en croyait pas un mot, mais cette fanfaronnade, quel symptôme ! Tel autre

(i) Sylvcster MoMry, Arizona and Sonora.

(2) « Slrychniner n, mot d'argot local, avec la significulion : « se débarrasser des Peaux-Rouges ». Europa, 1872.

(3) Puinpclly, Acro.s.s America and Asia.

se vstttait d'avoir grillé et mangé des côtelettes humaines (4).

Conclusion : En 1820, on évaluait à vingt mille les mâles adultes des Apaches-apaches ; cinquante ans après, le nombre n'était plus porté qu'à cinq mille.

Voleurs de chevaux, voleurs de moutons, il ne leur sera pardonné que lorsqu'ils auront été exterminés jusqu'au dernier. Ce que le propriétaire de brebis hait le plus, c'est le loup, môme si le loup a pris forme humaine. Race errante, affamée, altérée, race traquée et poursuivie, race endurante, rusée et passionnée, indomptable à la fatigue et à la souffrance, l'Apache, peuple loup, aura le sort du loup. Le loup périra, mangé par le mouton : le mouton n'est point ce qu'un vain peuple pense. Le mouton avance irrésistible, chassant devant lui les tigres et les lions, chassant l'homme.

— L'homme ?

— Oui, l'homme. Demandez à ces milliers d'Anglais, à ces milliers d'Écossais, à ces milliers d'Irlandais, qui ont dû se jeter à la mer, reculant devant les troupeaux de moutons que poussaient quelques no])lcs Lords, grands propriétaires fonciers.

(1) Le Monde Pilloresqne^ i883.

LES NAÏRS

ou LA NOBLESSE GUERRIÈRE

ET

LA FAMILLE MATERNELLE (i)

Un bloc erratique en plein champ de blé, au milieu d'un jardin, un menhir, dressant sa t(>te de granit au-dessus des pervenches, clématites et roses grimpantes, tels nous apparaissent les Naïrs, qui, dans un État des mieux policés, ont conservé avec une ténacité singulière la coutume de la Famille Maternelle, une des plus antiques dont nous ayons connaissance, et sans laquelle nombre de Primitifs resteraient inexplicables. ^Ces débris de préhistoire, enchâssés dans la civilisation orientale, ne sont pas la moindre merveille du Pays dea diamanh ei pierres précieuses.

Du cap Comorin à Manf?alore, entre les (ihAts et la mer des Indes, s'étend le Malabar ou Malayalani, mot tamoul signifiant une « bande de terrain au

(i) Tant pour l'idée principale que pour la majeuro parlie des documents à l'nppui, la prôscnle élude est tirée de la inonojfraphie que Bachofen. un savant et un penseur, a publié dans les Anliqnarisrhe Briefc : In Famille MnlorncUe rhe: les y<iïrs.

172 LES NAÏRS.

pied des montagnes ». Peu de plaines, sol très accidenté. Le paysage ressemble fort à eefui qu'on admire tant aux Sandwich et autres îles de TOcéanic (i). Des pluies abondantes donnent au «jardin de la Péninsule » une végétation vigoureuse. De la moindre motte sort une fleur* même le sable verdoie. Les vagues de la mer baignent les pieds des cocotiers ; au-desus des rizières, sur chaque butte, sur chaque éminence, s'élèvent des bosquets d'arbres : mangotiers, bambous, bananiers gigantesques, catchousà fleurs rouges, pipoulas au frémissant feuillage, papayers à grandes feuilles palmées, disposées en verticilles.

Au milieu de cette verdure, des pagodes et des maisonnettes blanches, au-dessus desquelles Tarécâ (2), le plus gracieux des palmiers, balance ses palmes plumulées à tout souffle de vent. Entre ks rizières et les champs de cannes on traverse des allées d'ananas et d*aloès ; on entre dans le plus petit village par de magnifiques avenues d'arbres au bienfaisant ombrage. La nature se montre belle, le ciel clément et la terre généreuse. Pour parler comme Firdousi, « la chaleur est fraîche, tiède la froidure >. Nulle part l'homme n'aurait moins do droits h se dire et à se sentir malheureux.

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