‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 79 sur 149 · ÉPOUSE ÉMANCIPÉE · texte numérisé non relu

ÉPOUSE ÉMANCIPÉE

embauchés pour la besogne, marchandent leur service, débattent la rémunération ; mais s'ils tiennent trop haut les prix, on s'adresse à des Arabes et étrangers, qui, travaillant gratis et sans se faire prier, seraient préférés à tous autres, s'ils savaient s'éloigner à temps. Plus d'un voyageur bien fait et d'aspect agréable a été surpris par la proposition qu'on lui faisait d'époiiser, sur l'heure, guelque cnarmante créature; mais après le mariage, la famille lui tirait la révérence lui faisant comprendre qu'il y aurait indiscrétion à rester plus longtemps, et danger à revenir. — Cependant la mariée portera toute la vi e le précieux tali autour du cou, ne le quittant que si l'homme qui le lui avait remis vient à mourir. Alors elle prendra le deuil, se purifiera, se baignera, et tout sera dit. »

Cela ressemble peu, il faut l'avouer, aux larmoyantes histoires qu'on nous avait contées sur la « veuve du Malabar ».

Arrêtons-nous, un instant, pour constater que ces curieux mariages sont évidemment un reliquat de l'époque brahmanique, alors que les conquérants s'évertuaient à imposer leurs institutions à une peuplade qui n'en avait cure. Peut-être les habitants, chefs de famille, étaient-ils malmenés, s'ils ne pouvaient avoir satisfait aux prescriptions du mariage légal? Ils en prenaient bravement leur parti et se mariaient pour la forme, le fiancé et . la fiancée s'accordant à ne pas prendre au sérieux l'engagement contracté. L'officier d'état civil exigeait un billet de mariage ? — On lui apportait son billet. Mais aucune police ne pouvait forcer les nouveaux époux à se prendre en affection, ne pouvait contraindre le père à s'inquiéter d'enfants qui lui étaient indifférents. On avait beau le déclarer auteur authentique de sa progéniture ; il haussait les épaules. Car la paternité

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ne compte pour rien en ces pays où tous les enfants ont une mère, mais point de père. Ce n'est pas que la filiation fût toujours incertaine. Il est des princesses, hautes et puissantes dames, qui se permettent la fantaisie d'avoir un amant en titre, et même de n'en avoir qu'un seul. A Cannour, Buchanan alla présenter ses respects à la Bibi, qui l'accueillit fort bien et lui présenta le père de ses enfants. Au dîner de gala qui fut donné au voyageur, le mari de la Reine mangeait à l'office. Les princes et rois avaient des maîtresses sur la fidélité desquelles ils pouvaient compter et qu'ils gardaient la vie durant; mais les enfants, réputés de sang non royal, appartenaient à la famille de la mère et à celle-là seulement. Jusqu'ici, nous avions cru que, de toutes les joies, celles de la paternité sont les plus douces et profondes... Voici des hommes qui les ignorent. Nous avions cru la paternité un sentiment naturel... Elle n'est qu'une idée acquise.

Partout ailleurs, le mariage est ou a été la prise de possession de la femme par l'homme. La coutume malabare (i) fait exception à la règle ; les noces n'interviennent que pour émanciper la femme et l'introduire dans le monde. Pour gagner l'indépendance elle prend maître ; le contrat de servitude en main, elle acquiert la liberté de sa personne. Pourvu qu'elle porte son tali au cou, elle est affranchie du lien conjugal, (^e n'est pas la première fois qu'on a vu un symbole verser en son contraire, une institution se dénaturer et changer du tout çiu tout. Mais reprenons le fil :

L'épouse émancipée demeure chez sa mère, au

(i) Connue sous le nom de Marrou Moka laijoam.

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