‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 83 sur 149 · REGENERATION PAR LE PRETRE · texte numérisé non relu

REGENERATION PAR LE PRETRE

date et de hautes prétentions, plus elles montrent d'attachement à la coutume. Les naturalistes sYîtonnent de l'empressement dévoué que mettent les rouges-gorges, hoche-queues et autres volatiles, à élever Toiselet qu'un coucou leur glisse subrepticement dans le nid . Ici, toute une population sollicite le coucou. Après la petite noblesse, les caciques de village font valoir leurs droits, les gros propriétaires ne veulent point être oubliés, encore moins les bourgeoises enrichies. Les hommes de Dieu font ce qu'ils peuvent, c'est assez. Au moindre fretin suffisent les prêtres de moindre note; aux classes moyennes, les ecclésiastiques d'âge moyen. Encore faut-il ajouter que les dévots personnages, après avoir fait aux bonnes femmes la charité, — làbas, le don amoureux se demande et s'obtient pour l'amour du Seigneur céleste, — requièrent quelque aumône en argent. Et voyez comment la classe sacerdotale se montre de commerce plus facile que la gcntilhommerie ! Sous aucun prétexte, un Naïr « de la haute » ne nouerait de relations avec fllle ou femme du commun ; mais un prêtre se met audessus de cette faiblesse, moitié faisant la charité, moitié la recevant. Les vieux Nambouris fréquentent les paysannes et artisanes ; sans grand zèle, il est vrai, puisque les rustres et prolétaires sont le plus souvent obligés de faire la besogne eux-mêmes. Cependant, à l'arrière de la cabane une petite porte s'entr'ouvre dès que le religieux vient y frapper. Môme, on a l'attention de réserver pour son usage exclusif quelques menus ustensiles en métal, car ils ne pourraient manger, boire ni môme se laver dans des vases contaminés par le contact des espèces. Permis de toucher à la femme soudra, mais non point à la cruche qu'elle rapporte de la fontaine.

206 LES NAIRS.

Un de ces Brahmanes se plaignait au missionnaire Weitbreclît (i) de n'avoir pas moins de dix épouses sur les bras.

€ Ces Brahmes Koulinnes (2) sont des étalons pur sang auxquels il incombe d'ennoblir la race, et de cohabiter avec les vierges de caste inférieure. Le vcnérablepersonnage court villes et campagnes ; on lui fait des cadeaux en argent et en étoffes. On lui lave les pieds, on boit de cette lavasse, et on conser\'^e le reste. Après un repas servi de mets délicats, il est conduit à la couche nuptiale, où l'attend la vierge, couronnée de fleurs. »

Celles qui ne sont pas admises à tant d'honneur demandent, en toute humilité, la permission de baiser au moins l'organe de l'homme divin (3), la faveur d'avoir, par lui, le front marqué avec une goutte de vermillon (/j).

Toute rinde est imbue de la croyance que le sang sacerdotal est doué de vertus régénératrices. I.es prêtres itinérants de Siva, connus sous le nom de djaugouma.H, sont pour la plupart célibataires. Lorsque l'un d'eux fait à quelque adepte l'honneur d'entrer dans sa maison, tous les mAles qui l'habitent sont obligés de sortir et d'aller loger ailleurs ; laissant leurs femmes et leurs filles avec le saint personnage, qui pi'olongé son séjour autant qu'il lui plaît (5). Déjà VAdi Parva du Maha Bharata abonde en historiettes de grands prin(!es et puissants héros

Cl) Journal des Missions èiutngéliques, 1802.

(2) Docteur Hohoits, De Delhi à Bombay, Maulaisseur.

(3) Picart, Cérémonies religieuses.

{\) Tave^nier, Voyages, e\c.

(5) Dubois. Mccnrs île l Inde, Cf. Ilerhcrl, Voyage, H.

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