‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 84 sur 149 · REVERENDS PERES · texte numérisé non relu

REVERENDS PERES

qui vont présenter leurs femmes ou leurs filles, ornées et magnifiquement velues, à un ermite dévot, riche en pénitences, pour qu'il daigne leur accorder un fils de ses œuvres. C'est, pour commencer, Tauguste Pandou, — c'est le roi Bali, — c'est Vîtchitravirya, — c'est Vipaçman, — c'est Djarâsandha, — c'est Bhima, — c'est Khounti Bhodja — et il y en a d'autres.

On croit que nous exagérons ? — Eh bien, passons la frontière, et entrons en Birmanie, où les grandes familles ont un directeur de conscience, auquel, avant la noce, elles envoient leur fille : « hommage lui est fait de la fleur virginale », suivant l'expression officielle. La première nuit de l'épousée cambodgienne appartenait ou appartient encore au prêtre, digne homme qui ne se laisse pas ainsi déranger de ses prières pour la première venue. Les nobles maisons reconnaissent le service par cadeaux généreux et présents magnifiques; en pareille matière, il n'y a pas à lésiner. Les familles bourgeoises s'y prennent à l'avance pour économiser la somme requise ; les pauvres la ramassent par souscriptions, ou de bonnes âmes l'avancent sans intérêt, sachant qu'il leur en sera tenu compte dans l'autre monde (i). Les îles Philippines possédaient naguère de ces prêtres qu'on payait assez cher pour leur complaisance (2). Les santons Yézids, qui rendent même service, passent pour des bienfaiteurs publics (3). En Egypte maint sale et vilain derviche est sollicité par des zélatrices, assailli par une troupe de dévotes (4). Et dans le Nouveau Monde, au Nica-

(1) Relation c/i/no/.sc, traduction Abel de Rémiisat. — Lasseii, IndLsche Allerlhumskande . — Atlolf Rastian.

(2) Démeunier, l'Esprit des usages.

(3) Creajifh, Armenians, Koords and Tiirks.

(^) Mémoires du chevalier d'Arvienx.

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ragua, la fille ne se mariait pas avant d'avoir passé une nuit dans le temple avec le prêtre (i). Mais arrêtons-nous sur la pente, ce sujet n'est pas de ceux qu'on épuise en une page ou deux ; rappelons seulement que, sous TEmpire, les dames romaines se jetaient dans les bras des thaumaturges, qu'elles prenaient pour des êtres semi-divins (2), donnant des plaisirs raffinés et une progéniture supérieure.

C'est ainsi que les Brahmanes dominent toujours, par la religion, un peuple qui avait pourtant réussi à s'affranchir de leur joug politique. Leurs fils sont princes et seigneurs du pays ; de génération en génération, leurs bâtards tiennent en main le sceptre du royaume.

Dans les conditions décrites ci-dessus, les enfants qui voient plusieurs hommes se succéder dans la compagnie de leur mère, paraître puis disparaître, s'attachent à leur oncle maternel, comme au vrai représentant de la famille ; ils s'attachent à lui bien plus qu'à leur propre père, quand même ce dernier les aurait élevés, rare occurrence parmi les classes élevées. — -< Dans la philoprogéniture de nos moralistes européens, tout est étrange pour un Naïr, ridée et la chose. Il est enseigné dès la plus tendre enfance que Tonclc est plus proche parent que le père ; qu'il doit affectionner son neveu davantage que son propre fils (3). »

A Ceylan, j^rand déversoir de la population ta-

(1) Bancroft, The nalive nncea of Amerirn. Andagoyn.

(:V) Lucien, Alexandre.

(3) Rich. Burlon, Uislonj of Si/ndli.

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