L ONCLE MATERNEL
moule, le terme d'oncle passe pour plus honorable que celui de père; on s'adresse aux sorciers et danseurs du diable en les qualifiant d'* oncles, oncles vénérés (i) », titre équivalente celui qui a cours ailleurs de Pères, Révérends Pères. — La « loi népotique i régit la succession au trône de Travancore, bien que le Maharadja se donne lui-même pour un Kchatrya (2). Même régime chez les llawar d'origine cingalaise. Les Tchanar voisins partagent souvent leur héritage par moitié entre fils et neveux. Mais nous n'allons pas énumérer les peuples et peuplades qui, dans l'Inde et hors de l'Inde, règlent la succession d'oncle à neveu, ou sous la forme plus archaïque de mère à fille. Un homme qui perdrait à la fois son fils et son neveu, — supposons qu'ils soient emportés par une épidémie, — passerait pour dénué de sentiment naturel, s'il manifestait autant de regrets pour son fils que pour son neveu, n'eût-il jamais vu ce neveu, eût-il vu naître son fils et lui eût-il prodigué ses soins. Nous avons pris un cas extrême ; mais le plus souvent, l'oncle maternel est bien le vrai protecteur des enfants, celui qui, après les avoir conseillés et dirigés sa vie durant, leur lègue son avoir. Dans le langage familier, les enfants appellent l'oncle *. « celui qui nourrit », et le père : « celui qui habille >>. Prise à la lettre, cette désignation serait souvent inexacte, car tel père subvient à la nourriture en même temps qu'à la vêture de ses enfants ; mais elle montre combien l'oncle l'emporte sur lé père. Le premier donne « apanage ». Le second fait cadeau des € épingles ». L'oncle du Malabar distribue ses objets mobiliers aux neveux et nièces par égales
(1) John Callaway, The Praclicex ofa Capaa, or Devil Priest.
(2) Hunier, Impérial Gazeiteer of ïndia. Marumakkatayom Law.
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portions. Quant à la terre, elle se transmet par les femmes ; la mère la lègue à la fille aînée, sauf à celle-ci d'en confier Texploitation au frère plus âgé, qui répartit les produits entre les membres de la famille.
Malheur pire que la mort s'il faut aliéner le mairimnine. On n'en a que de rares exemples. Lu cession est ainsi symbolisée : le vendeur verse sur les mains de Facheteur une petite cruche d'eau prise à la terre aliénée. Autant que possible ledit matrimoine reste entier à travers les âges ; on se garde de le diviser ; au lieu de provoquer un partage suivi de morcellement, les frères s'arrangent à vivre dans la « frérière », ou maison commune. — Quelques auteurs estiment que la succession va des enfants de la sœur aînée à ceux de la deuxième, puis à ceux de la troisième, et ainsi de suite ; mais il est plus probable que Tordre est réglé entre cousins par la date stricte des naissances.
Malgré tant de précautions pour prévenir l'extinction des familles, une rencontre de circonstances malheureuses peut faire tomber un héritage en vacance. Que fera l'homme qui, n'ayant ni sœur ni neveux fils de sœur, n'a pas d'héritier naturel ? — Il adoptera une sœur qui perpétuera la famille. — Et si la sœur nouvelle resle sans géniture? — Eh bien, qu'elle en adopte à son tour!
A l'enfant qu'on lui apportera., la matrone tendra ses mamelles, ne seraient-elles qu'enduites de lait. Ce lait, si l'eslomac le garde, l'adoption est définitive ; mais s'il est rejeté ou si le sein n'est pas pris, il faut se pourvoir ailleurs, chercher autre héritier, autre héritière
Ainsi constituée, la famille, pour peu qu'elle soit nombreuse, n'a guère pour chefs que des vieillards.
GERONTOCRATIE. 311
Le Zamorin était le plus ancien d'une parenté qui Comptait près d'une centaine de membres. Souvent ^^s mains aiTaiblies se fatiguaient à tenir les rênes ûu gouvernement ; et, préférant alors s'adonner à ^a dévotion, il confiait la direction des affaires à un l'égent, assisté d'un conseil d'État, toujours composé de cinq princes, héritiers présomptifs, et dont l'âge, par conséquent, se rapprochait le plus du sien. Maintes fois le vieillard appelé au pouvoir n'avait que le temps d'enterrer son prédécesseur, puis s'endormait du dernier sommeil. Ces bonshommes étaient le plus souvent de caractère pacifique ; autant de gagné pour le peuple. Sans doute, plusieurs cas d'imbécillité s'étaient présentés, depuis que les souverains ne se poignardaient plus après douze ans de règne, mais on avait oublié de s'en offusquer. Jamais un de ces princes Naïrs n'assassina qui lui barrait le chemin du trône. Ce fait, on n'a pas manqué de le remarquer dans l'Inde, où les dynasties se sont toujours entre-déchirées, donnant aux gouvernés exemples de frères égorgeant leurs frères, de fils se rebellant contre leur père, de pères empoisonnant leurs fils ou les faisant aveugler. Contraste facile à expliquer : le droit paternel soulève de terribles ambitions, crée des inégalités, des disparates extrêmes entre les plus proches. Le matriarcat, droit égalitaire, n'incite point à haines ni à jalousie, tend à la paix et à la tranquillité, fait les portions égales, sauf qu'il avantage le plus jeune en quelques endroits.
Somme toute, il y a du bon dans ce Malabar, que ses habitants, avec une ironie dont il ne faut pas être dupe, ont appelé la Terre des S olranîe- quatre Abus. Autant que la Chine, il mériterait d'être appelé le
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« Pays de la piété fîliale ». Dans Tempire du Milieu, toutes les institutions civiles et politiques dérivent du droit paternel ; ici, elles procèdent du droit maternel. Tout batailleurs, fîers et orgueilleux qu'ils sont, les Naîrs obéissent sans regret à la mère, assistée de Fonde et secondée par la sœur aînée ; le trio gère la propriété commune, à laquelle lès partîci-. pants rendent compte de leurs faits et gestes ; ils ne se croient jamais si grands garçons qu'il leurfaille se soustraire à la tutuelle de € maman » ; tant que tient € la vieille branche >, ils y restent accrochés. Que sont loin de nous ces manières d'être et de sentir ! Que de siècles nous en séparent ! Et cependant, il suffit de quelques jours pour passer do Londres ou de Paris à Calicut et Cannanore.