‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 86 sur 149 · PASTEURS, AGRICULTEURS ET SYLVESTRES · texte numérisé non relu

PASTEURS, AGRICULTEURS ET SYLVESTRES

Vers la pointe de la pénisule indoue, à la rencontre des Ghâts de l'Est avec les Ghâts de TOuest, se dresse le puissant massif des Nilgherris ou Montagnes-Bleues. Les Anglais lui donnent le nom de Hills ou de collines, bien que l'arête faîtière, dont le Dodabetta est le point culminant, ait encore une hauteur de cinq à huit mille pieds au-dessus de la plaine. GrAce à cette élévation, cette région montagneuse jouit d'un climat salubre et charmant ; la température moyenne oscille autour de i5 degrés centigrades. Après la saison pluvieuse, l'atmosphère se montre d'une transparence et d'une pureté admirables ; la végétation repart, l'herbe monte, des fleurs à puissant coloris tnanchent sur les fougères, les arbres sont envahis par des plantes grimpantes.

Les montagnes abruptes se dressent en muraille coupée par de profondes entrailles. A la base, des bambousaies et jungles épaisses, retraite des tigres, ours et sangliers. Aux marécages succèdent des

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prairies, puis on entre dans la forêt. Au-dessus, de^ rochers à pic. Sur les plateaux, se déroulent de^ collines aux flancs ombreux, sillonnées de vallons étroits où courent eaux limpides. On chemine en parcs et bosquets, par sentiei*s bordés de mûriers et d'églantiers, le long de prairies où se vautrent les buffles ; tout à coup, ou se voit sur la lisière du plateau. La vaste plaine s'étend au loin, nuancée, selon les cultures et la forestation, de vert, de jaune et de violet, piquée de blanc par les villes, fourmilières humaines, limitée à Toccident par la mer d'azur ; au midi montent les Cardamones délicatement bleutées. L'œil s'emplit de suaves clartés, plane sur l'étendue, plonge dans les profondeurs éthérées, contemple l'innombrable variété des formes, des couleurs et des mouvements. Au soir, la divine splendeur qui emplissait les cieux se brise en couleurs éclatantes ; l'or et l'orangé, le cramoisi, le ponceau et le vermillon, passent par degrés aux n lances rosées et purpurines. Et quand le soleil s'est engouffré dans l'Océan, la terre fatiguée d'éclat, ivre de lumière, ramène sur ses membres voluptueux les voiles d'une ombre transparente, s'enveloppe de silence. L'atmosphère est d'une rare limpidité, les étoiles semblent plus brillantes qu'ailleurs (i); les constellations surgissent, semblables à volées de lucioles, à tourbillons de pyrosomes et mouches d'or ; l'univers infini, qu'avaient caché les éblouissements du jour, apparaît en son auguste majesté.

Sur plusieurs versants des Nilgherris, les malades

'i) R. Hurlon, Pilifrimaifc In Merruli.

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