RACE ET PRODUITS DU SOL
Viennent en de nombreux « sanatoires » se guérir de leurs tîèvres et dysenteries. Églantiers, vignes, orangers, pêchers, pruniers, pommiers, poiriers, fraisiers, groseilliers, framboisiers, raves, choux, pommes de terre, toutes les plantes d'Europe (i) prospèrent à oôté de rindigotier et du pavot opiumifère, k côté de caféiers, théiers, et des cinchonas à la bienfaisante écorce. Tôt ou tard, ces cultures et plantations changeront le régime économique et social du I>ays, modifieront jusqu'à son apparence physique, mais sera-ce pour l'embellir ? Quoi qu'il en soit» cette l'égion ne peut manquer de grandir en importance, grâce à la salubrité du climat, la fertilité du sol, la diversité de ses produits. Déjà les routes se multiplient, aboutissant à la trouée de Goïmbatour, qui ouvre sur Pintérieur de la péninsule.
On nous décrit ainsi les monticoles :
« Race chétive. Les hautes tailles atteignent i m. 58, les moyennes i m. 62; les petites, celles de 1 m. 42, s^ont assez nombreuses. Teint foncé. La chevelure, longue et hérissée chez les femmes, tourne au laineux chez les hommes, dont la barbe grisâtre a la r'udesse des soies. Bouche petite, lèvres grosses. Poitrine plate, de faible circonférence ; épine dorsale Quelque peu concave. Longs bras, courtes jambes. Genoux tournés en dehors. Ongles impariaitement développés. « La race autochtone de l'Inde méri- ^ dionale, prononce Huxley, a une frappante ressem- ^ blance avec les indigènes de l'Australie. » Même profil, même front en surplomb, même chevelure molle et luisante. Arrachez leurs loques, meltez-les tout nus, vous ne les distingueriez. »
Ce portrait, dans ce qu'il a de peu flatteur, s'applique sans conteste aux mist'rables Iroulas et Cou-
(2) Malte-Brun, Annales, 1820.
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roumbas, aux Cotas à moindre degré, pas du tout aux Badagas, gros de la population, encore moins aux Todas. Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, le genre de vie et l'état social l'emportent sur les questions de race et d'origine. Le signalement, assez correct en ce qui concerne les sylvicoles, devient inexact pour les artisans, faux pour les agriculteurs et bergers.
Les Todas (i) habitent, au nombre d'un millier, la partie supérieure des Nilgherris, en des hameaux clairsemés. Ils se disent les premiers habitants du sol.
Ils font plaisir à voir. Couleur chocolat clair, comme les montagnards du Béloutchistan. Taille haute, bien proportionnée, dé i m. 726 le plus souvent. Membres robustes et musculeux ; les extrémités n'ayant rien de la délicatesse et de la gracilité indoues. Traits réguliers. Les yeux bruns, vifs et d'un étonnant éclat, ont une expression d'intelligence, f^ouvent douce et mélancolique, rappelant le regard du chien. Chez quelques individus, à la moindre surexcitation, les yeux étincellent comme des diamants. Physionomie juive — on n'a pas manqué de découvrir que ces figures, dissemblables à celles des voisins, appartenaient aux descendants des dix tribus perdues d'Isra(^l. — Nez aquilin, lèvres épaisses. Barbe bouclée, chevelure abondante, formant couronne (2). Le système pileux, remarquablement développé, les distingue de llndou (3) et du Dravidien. Leur longévité l'emporte de beaucoup
(1) Tàdas. Toders, Todaurs, Thaulaivers.
(2) Caldwell.
(;i) Oiialrefa^'es.
CARACTKRES DES TODAS. 217
sur celle des Européens, mais on a cru remarquer qu'à manger trop d'opium, ils perdaient de leur fécondité (i).
Leur ton de voix est calme et grave ; chez les femmes un gracieux enjouement remplace la solennité. Ils parlent une langue dravidienne, de forme archaïque, saupoudrée de sanscrit. Habitués à s'appeler et à se répondre d'nne colline à l'autre, leur voix est forte et leur prononciation sifflante. — « Le vent parle canara (2). »
On ne peut qu'être frappé du goût et de la simplicité de leur costume. Ils ont grand air quand ils se drapent dans leur façon de toge qui laisse un bras et une cuisse à nu. Grand dommage qu'ils ne se bafgnent ni ne se lavent. Les Todelles se tatouent menton, seins, bras, jambes et pieds, les enjolivent de cercles et de carrés, d'anneaux et de bâtonnets.
Le caractère répond au physique. Ils plaisent par un fond de bonne humeur, parleur franchise joviale, la liberté et l'originalité des allures, non moins que par la patience, l'affabilité, la politesse etl'agrément d'une conversation toujours aimable et polie, jamais bouffonne :
« Nous ne pouvions nous empêcher de les aimer, dit Breeks. Ils s'amusaient fort de nos idiosyncrasies britanniques, en riaient sans se gêner, ne se pensant en rien inférieurs à nous. »
Somme toute, les voyageurs ont été très favorables au Toda, au moins tant qu'il était lui-même, et que l'immigration étrangère ne l'avait pas envahi. Mais les missionnaires lui en veulent de ce qu'il n'a mis
(i)CaldvvplI.
(2) Pope, Oallincs of Tudn Grammar
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aucune complaisance à se laisser convertir, parlent de ce peuple comme de € beaux animaux, indolents et fainéants ».
« Ils ne cherchent la compagnie de personne, restent immobiles pendant des heures, les yeux perdus dans le bleu, rêvassant à la façon de leurs buffles, n'ayant en fait d'intelligence que deTinstinct. »
Si le niveau intellectuel n'est pas très élevé, au moins la sottise et la niaiserie leur sont inconnues. Tous bâtis sur le même modèle, chacun connaît par intuition les pensées et sentiments d'autrui. D'une simplicité presque innocente, il leur est, ou leur était, impossible de se dérober à une question gênante par quelque fin de non-recevoir, encore moins par un mensonge: il n*y avait qu'à les interroger pour leur faire dire, bon gré mal gré, tout ce qu'ils savaient.
« Bergers », comme dit leur nom tamil, bergers depuis siècles incomptés, bergers de cœur et d'âme, les Todas sont incapables de prendre autre chose au sérieux que le soin de leurs bêtes ; ils disparaîtront avant de s'être intéressés à l'agriculture et à l'industrie. Ils ne vivent guère que de lait, comment penseraient-ils à autre chose qu'aux vaches ? Ils ne consomment qu'une très faible quantité de farineux soutirés aux Badagas, â titre de redevance plus ou moins gracieusement consentie aux suzerains et premiers occupants du sol. Ils ont la tradition que jadis leurs ancêtres se sustentaient de racines, et encore aujourd'hui ils se montrent assez friands des bulbes de VOrchh masciila. Beconnaissants envers la vache qui les fait vivre, ils n'oseraient la tuer; ils aiment trop leurs taureaux et génisses pour les
GENS PAISIBLES. il 9
abattre, ne mangent de leur viande qu'aux banquets fppé raM rcs, Ce n*est point que la chair leur répugrne en elle-même. Qu'un étranger levr dcNuie de la venaison, ils s'en pourléchent les doigts, le festin fait date ; longtemps après ils se complaisent à en rappeler les incidents.
On s*étonne qu'ils ne se soient pas mis à élever chèvres, porcs, moutons et volailles, à Tinstar de leurs voisins. Mais ils sont pâtres de bœufs et rien que de bœufs î El que ce soit par indolence ou pour autre motif ^ ils veulent l'ester ce qu'ils sont.
Pacifique comme pas an, le Toda n'use d'aucune arme offensive ou défensive» ne recourt pas même à la lance, à un simple pieu pointu. Ses ancêtres, cependant, maniaient l'arc et la flèche. On ne le voit pas nouer de lacs« tendre de filets, dresser de traquenards pour y prendre oiseaux ou poissons, et pour chasser le gibier qui abonde aux entours ; mais il s'approprie volontiers la proie que les chiens ont forcée. Les exercices violents lui répugnent, il ne s'exerce ni aux armes, ni à la canne ou à la boxe, pas même à la lutte ni à la course.
Aucune répression judiciaire. La seule pénalité connue atteint le débiteur ; lorsqu'il tarde trop à rembourser, le créancier le charge d'une louitle pierre au cou pour qu'il porte moins aisément le poids de son obligation. Les disputes sont soumises au prètre-pâtre. Aucun appel. Contre l'invasion des tribus ennemies, contre les attaques des pilleurs et rôdeurs, ces innocents se défendent en faisant la porte de leurs maisons si basse qu'il faut y entrer à quatre pattes. Les enfants, réfléchis comme ne sont pas les nôtres, ne se battent ni ne se querellent, ne se prennent jamais aux cheveux.
Haut montés au-dessus des plaines torrides de
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rinde, les Todas occupent comme une Suisse tropi-. cale. Retranchés dans leurs pâturages,, entichés de leurs traditions, se complaisant dans leurs coutumes,, ils se sont tenus jusqu'à présent en dehors de toute influence étrangère. Ce canton montagneux forme comme une île ethnique, mieux protégée, mieux respectée que si elle émergeait des vastes mers de rOcéan.
Les Badagas (i), que les Todas saluent du titre de beaux-pères, politesse à laquelle ceux-ci répondent en leur passant la main sur la tête, sontles vrais maîtres des Nilgherris. Ils formaient, il y a une trentaine d'années, une population de vingt à vingt-cinq mille âmes distribuées en trois centaines de villages-
Jusqu'à ces derniers temps, ils ne demandaient leur existence qu'à l'agriculture, mais aujourd'hui ils multiplient leurs troupeaux, et prospèrent sous le gouvernement anglais qui ne leur fait payer que dos taxes légères.
Les Badagelles manipulent avec soin le crâne des nourrissons qu'elles tournent, frottent et pressent pour mieux l'arrondir. Petite, noirâtre, médiocre en sonmie, la race est fort inférieure à celle des Todas. Les femmes, laides et pouilleuses, imitent la Fortune (les poètes, en ce qu'elles portent longs les cheveux de devant et coupent ras ceux de derrière. Les filles signalent leur entrée dans la nubilité en se barbouillant le visage d'une boue épaisse. Les honmies ne se tatouent pas ; le principal ornement de leurs épouses consiste en pointillés sur le front,
{[) Baduff (in, Bad<l(igar^ Badacars, ou Vadacr.urs, de VadarUj le nord, apjpelés aussi Matvct\ les laboureurs.