LE RUSTRE-GENTILHOMME
dont les signes bizarres figurent parfois un masque, celui d'une divinité sans doute. La marque est obligatoire au front, facultative aux épaules, aux seins et autres parties du corps qu'on voit fréquemment illustrées de croix, — - rien de chrétien, — de soleils à huit rayons, ou de neuf ocelles en carré, représentant chacun quelques centaines de ponctions, tous stigmates en relation avec le système des castes.
L'esprit des castes n'est pas nécessairement celui de Fenvie à Fégard des classes supérieures. Ayant à peine la conscience de leur infériorité vis-à-vis de qui que ce soit, les gens sont tout entiers au sentiment de leurs énormes avantages sur les individus moins bien placés. Les Todas, qui se subdivisent en cinq castes en Ire lesquelles il n'est pas de mariage, ont pour le Badaga un mépris que le Badaga rend au Cota, le Cota au Couroumba, le Couroumba à l'Iroula, et riroula à quelque brute. Et les Badagas euxmêmes de se partager en sous-castes. Pour at'eindre à la première, il faut gravir dix-sept degrés.
Un patrice Chittré, pressé par la faim, avisa de s'asseoir à côté d'un populacier qui était à maYiger son repas. Terrible fut le scandale. Le personnage oublieux à ce point du décorum fut mis au ban de l'opinion, obligé de s'aller noyer. Ce Chittré appartenait à la caste troisième. — Jugez de l'orgueil affiché par les deux premières ! Un de la Pretintaille querellait des « espèces i>, quand il se sentit rudement secoué par un de ces manants, saisi par le collier, orné du lingam nobiliaire. Stupéfait^ muet d'horreur, le gentilhomme prit un couteau et s'ouvrit la poitrine. Depuis ce tragique événement, sa famille passa pour déchue, et ses descendants n'épousèrent plus que Badagots et Badagottes de
8SS MONTIGOLB8 DES NILGHERRIS.
bas lignage. Autre exemple : Tput ua elaa fut dégradé, parce que le fils du chef^ amoureux d*nne roturière, aTatt goûté à une viande qa!elle lui pré* seutatl.
Caste à part, lès Badagas se montrent courtois envers leurs égaux, affectueux envers les frères et amis, déCérents envers les vieillards, tendues et affectueux pbur les enfanta. — Revers dç la médaille : on 16b accuse de fausseté envers les étrangers, on leiii* reproche Tavarice et la dureté, d*agriculteur vlbes mignons. L*abus du chanvre et de i*opium les ^nd facilement paresseux, inféconds» frivoles et légers, incapables de longue attention, les énerve de corps et d*esprit.
Nous ne sabrions les dire bons ou mauvais. S'il est difficile de formuler un jugement définitif sur un individu, combien plus lorsqu'il s*agit d'organismes collectifii ! Il est aisé de louer, de blâmer les peuples, nations et tribus, tant qu'on ne les connaît pas, mais, après les avoir pratiqués, qui oserait ?
Nous serons bref sur les Cotas (i), lesquels tiennent le milieu entre les Badagas déjà laids, et les Couroumbas encore plus laids.
Au nombre de deux mille et plus, ils habitent aux entours des Badagas agriculteurs, auprès desquels ils s'emploient comme tisserands, charpentiers, forgerons, orfèvres, maçons, ouvriers généralement quelconques. Ils se livrent à petites cultures, élèvent quelques bestiaux, mais jusqu'à ces derniers temps, n'osaient les multiplier, chose que Todas et Badagas, leurs puissants voisins, ne voulaient permettre.
'i) Knlas, Kothnrs, les tueurs de? vache, Kohalurs,