OFFICE DES MORTS
les innombrables délits qu'on lui imputait^ mais on les énonçait en bloc pour n'en omettre aucun. D'ailleurs, tel crime non perpétré pouvait avoir existé en intention. Cette litanie rappelle la « confession des Quarante-deux Coulpes », mise par le Bituel funéraire dans la bouche du défunt^ qui se présentait devant les quarante-deux juges de TAmenli égyptien. L'âme s'y défendait aussi d'avoir commis vol, adultère ou meurtre^ d'avoir profané les choses saintes, d'avoir fait pleurer le prochain...
« Que les mille et huit péchés de" Mada retombent sur Bassava ! Sur Bassava tous les prcliés de ses parents! Sur Bassava tous les péchés de ses ancêtres ! >
Et le chœur :
€ Que toutes nos iniquités tombent aux pieds du Buffle, et qu'il les foule sous son dur sabot ! Sur Bassava tous les péchés de Mada ! Qu'ils disparaissent, qu'ils disparaissent et qu'on ne les voie plus ! »
Et tous de se jeter sur le veau qu'ils poussent, frappent et pourchassent : « Arré ! loin d'ici ! loin ! bien loin ! » et l'animal, étourdi par le bruit et les coups, détale affolé, court à la foret. Maintenant que les péchés de Mada courent la brousse, emportés par le Bassava qu'on ne reverra plus, la morte a passé sainte, et l'assistance entonne la litanie* de ses vertus :
« Mada baisait le pied de son père, le genou de sa mère. »
252 MONTICOLES DES MLGHERRIS.
Le chœur av^c conviction :
€ Ce qui est acte méritoire ! >.
« Mada se prosternait devant la lune.
« Mada ouvrait ses mains devant le soleil.
€ Mada protégea le bœuf qu'on poursuivait.
€ Mada donna asile à la vache pourchassée.
« Mada donnait du riz à sac plein.
€ Mada donnait du beurre, un beurre abondant comme la pluie. >
« Acte méritoire, acte méritoire ! »
Puis une femme se lève, célèbre les hautes qualités de la morte. Elle parle d'abondance, les commères l'interrompent, compl-ètent le panégyrique: — « Toujours bonne mère... — Oui, oui ! — Que d'aumônes elle a distribuées!... — Oui oui ! » L'émotion gagne la foule assemblée, les voix s'entrecoupent de sanglots; les vieilles se désolent, les enfants hurlent. Tout ce monde évente et émouche le visage pâli, offre à la défunte les dernières douceurs : tabac, bétel, poivre, sucre d'orge.
Mais il se fait tard, il faut en finir. Les célébrants réclament le silence, et tendant les bras vers le Septentrion :
« Ouvre-toi, grande bouche du sépulcre !
« Mada passera le lleuve qui sépare le monde des vivants et le monde des morts !
« Sur lo pont, passe, ô Mada, et que le fil ne cas.<:<» pas !
« Devant Maihi, f(u*nie, ô dragon, ton effrayante gueule !
« Que les rocs ne barrent point à Mada le séjour des bienheureux î