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LE TROUPEAU DIVIN

chantait un Orphée (i) au temps qu'Homère célébrait les divins porchers (2). Ce culte pour les bovidés n'a pas disparu autour de nous, — sans parler du Veau d'or. — Un de nos « bons paysans » appellera le vétérinaire pour sa vache, avant que de s'adresser au médecin pour sa femme. Dans une école académique d'Appenzell, un inspecteur en tournée interroge un garçon de mine intelligente :

« Mon petit ami, tu sais la religion professée dans notre canton, ses doctrines et ses pratiques?

« — Oui, Monsieur l'Inspecteur, c'est l'élève des vaches et la production des fromages ! »

Chaque village toda possède son troupeau sacré, que conduit, non pas un taureau, mais la « vache à cloche ». .

Ni la taille, ni la beauté, ni la qualité du lait, ne lui ont valu cette distinction, mais la descendance en ligne femelle d'une vache illustre, venue du Paradis. C'est l'incarnation d'Hiria Deva. Même vieille, maigre ou malade, elle n'est pas dépossédée de la royauté que symbolise la cloche appendue à son cou. Si la vache maîtresse crève sans postérité, une génisse lui succède, également issue d'une étable divine — divine, disons-nous. La consécration est faite par le prêtre, qui, matin et soir, pendant trois journées successives, brandit la clochette avant de l'attacher à l'héritière. Et d'une voix grave et caressante ;

« Combien belle fut ta mère 1 Que de lait elle donna ! Ne sois pas moins généreuse ! Désormais,

(1) Fragmenta Orphei, éd. Ilcrmonn.

(2) Odyssée,

102 MONTICOLKS DKB N1LGHBRRI9.

tu seras une divinité parmi noua. Ne laisse point les étables dépérir \ Vêle mille veaux et vaches 1 »

Le principe archaïque de la- filiation maternelle a été par les Todas mieux conservé dans la famille divine que dans leur famille civile, où ellen*a laissé que traces indistinctes. Parmi les bouvillons de sang divini ceux qui se distinguent par vigueur et belle mine, sont gardés pour faire souche ; on ne les donne jamais aux Cotas en payement de services rendus ; car il serait impie de vendre si nobles êtres. Tant de soins, tant de sollicitude, ont produit une belle race ; le bétail toda, de plus forte corpulence que celui de la plaine, a meilleur lait, et son cuir est recherché. Avant de présenter le taureau reproducteur à ses futures compagnes, on lui fait passer vingt-quatre heures dans la retraite et le jeûne; on le purifié, on le sacramente. Le respect témoigné au Prince Consort n'est qu'un reflet de la majesté qui entoure ses épouses, et tout spéciale-* ment la Reine Mère, guide du troupeau. Ici, nous sommes en plein matriarcat î la préséance aux femelles.

Un petit hameau a beau faire, sa vacherie reste une petite vacherie, mais les villages importants se donnent des parcs qui font leur gloire. La tribu entière possède une bouverie centrale, sanctuaire de la nation, son joyau, le point vers lequel convergent ses souvenirs et ses espérances. Elle est fière de ses étables et fruitières, ses cathédrales à elle, ses églises métropolitaines ; plusieurs contiennent des relique*^, apportées de rAm-Nor directement, objets divins dont la curiosité sacrilège des Européens a surpris la vue : clochettes sans battant, barattes à beurre, eustaches à manche de bois, doloires et ser-

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